Le Collaborateur – Aragon

Bonjour à toutes et à tous ! C’est un article très court que je vous propose ce dimanche, la faute à d’autres projets d’écritures qui m’ont retenue loin de la sphère internet mais quand tout patauge, autant revenir aux basiques et écrire un petit article.

L(es) Histoire(s) :

Tout d’abord, nous avons un homme, Julep, journaliste de son état, et un autre, Emile, communiste et ouvrier (nous sommes avant la guerre froide, le communisme ne faisait pas peur et dire « je suis communiste » était aussi courant que de dire « je suis au PS »). Le journaliste méprise un peu son bonhomme, ne comprend pas très bien pour quelles raisons obscures ce dernier fait la grève et prend des risques…Il se pourrait bien cependant qu’au fil des Rencontres (le titre de la nouvelle), notre journaliste révise un peu sa copie…Nous sommes en guerre, les alliances évoluent, des hommes tombent, d’autres sont déportés, bouleversant ainsi des milliers de destins…

Notre seconde nouvelle nous présente un réparateur de petit électroménager mais pas très sympathique tout de même qui semblent pris d’une passion pour l’occupant, passion bien sûr peu partagée par ses voisins…Question de logique dura-t-il à sa femme. Grégoire Picot a aussi un gamin qui n’est pas le sien mais qu’il chérit comme la prunelle de ses yeux. Que reste-t-il de la logique lorsque ceux que nous aimons sont menacés ? Est-il possible qu’un événement inattendu pousse notre ami Picot à ouvrir les yeux sur l’occupant ?

Dernière nouvelle, Le Droit romain n’existe plus met en scène une jeune fille un peu (beaucoup) nunuche. Allemande, elle est venue en France avec la Wehrmacht pour travailler dans un ancien tribunal romain dans la ville de Nîmes. Elle folâtre un peu avec les officiers, va s’amuser par ci par là parce que Lotte, elle s’ennuie ferme. Il n’y a pas de musique, pas de cafés, pas de bals populaires, aucun lieu de débauche où faire la fête (dans une ville occupée, c’est vrai que c’est drôlement étonnant…). Lotte cède aux avances d’un officier allemand par pur ennui. Ce dernier lui promet de l’emmener en week-end dans la montagne sauf que la montagne, c’est le fief des maquisards…Qui étaient ces officiers zélés qui condamnaient les résistants ? Jusqu’à quel point étaient-il fidèles au parti nazi ? Aragon vous dresse dans cet ultime nouvelle un portrait à la fois de l’officier allemand et du résistant.

Ce que j’en ai pensé :

Ces trois nouvelles, brèves mais percutantes, donnent la parole à ceux qui étaient pour Aragon l’autre versant de la montagne. Elles tentent de comprendre les détracteurs, les collaborateurs et les ennemis, de leur donner un peu d’humanité.

Aragon maîtrise parfaitement l’art de la nouvelle et toutes sont finement ciselées, bien écrites, prenantes, toujours fascinantes…La chute, quelques fois prévisible, comme dans la seconde nouvelle, d’autres fois insoupçonné comme dans la première donne tout leur sens à ces récits (c’est l’intérêt d’une nouvelle me direz-vous…). Elles permettent de décrire une atmosphère, une époque aujourd’hui heureusement révolue, celle ou l’héroïsme côtoyait la bassesse, où la paresse, la peur, et l’égoïsme paralysaient toute la France qui tentait vainement de tenir comme en apnée sous le joug de son impérialiste voisin.

En bref, j’ai apprécié ce petit recueil de nouvelles très mince issu de Servitude et Grandeur des Français. Je n’ai pas grand chose d’autre à vous en dire si ce n’est que je vous le conseille.

La Prochaine fois :

Dans un lointain futur, une chroniqueuse littéraire, publiera sur ce blog un nouvel article. Je ne puis vous dire quand ni même si ce jour arrivera, je peux seulement vous dire qu’elle l’a à peine entamé et que c’est encore un truc de derrière les fagots du genre compliqué à lire, vieux, chiant et bien long. Cherchez littérature anglophone, auteur et poète anglais, époque victorienne et romance pastorale récemment adaptée en film, c’est là bas que vous me trouverez…Un jour.

Mrs Dalloway – Virginia Woolf

Bonjour à toutes et à tous et très bon dimanche ! Je suis ENFIN parvenue à terminer cette abominable roman long de 160 pages -ça c’est les pages réelles – parce qu’en pages ressenties ça fait bien du 2000 pages. Je vous en ai parlé, je vous ai dit que ce roman avait réellement le don d’aspirer mon âme, et c’est vrai, lire quelques pages de ce livre suffit à recouvrir votre journée d’un épais voile de grisaille et à vous faire ressentir l’ennui et la blasitude comme jamais auparavant. La première fois que je l’ai ouvert, je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait et j’ai mis, réellement, 3 heures pour lire 20 pages. Durant tout le reste de la journée, je me suis sentie lourde et démotivée comme si ce roman avait littéralement aspiré toute mon énergie. Quel est me demanderez-vous ce livre maléfique et dangereux qui se repaît de vos forces vitales ? Il s’appelle Mrs Dalloway et a été publiée en 1925 par Virginia Woolf que vous connaissez peut-être.

Considéré comme beaucoup comme un chef d’oeuvre de la littérature, il n’en demeure pas moins un roman incroyablement terne et pénible et à tous ceux qui sont là en train de dire « Ouais, bah je l’ai lu, c’était pas si dur que ça » je vous signale que moi je l’ai lu en ANGLAIS ! Et là, je vous jure que c’est la MORT ! Fort heureusement, les commentaires font plus souvent état d’un livre âpre, ardu, difficile à lire et vont bien souvent dans mon sens. Je suis tout de même, à force d’acharnement, de motivation et d’énergie (et une bonne dose de masochisme aussi, il faut le dire…) parvenue à en tourner la dernière page ! Clarissa Dalloway me regarde aller et venir dans l’unique pièce de mon appartement car le livre est resté sur ma table, elle me scrute de son oeil mort comme une araignée à l’affût et elle attend le bon moment je crois pour aspirer ce qu’il reste de mon âme, tel un mélange contemporain entre une succube et un détraqueur. Je n’irai pas par quatre chemins, pour ceux qui connaissent la série des jeux vidéos des Elder Scrolls, ce livre c’est le Mysterium Xarxes, ni plus ni moins. Pourquoi est-il si chiant ? A-t-il malgré tout des qualités rédemptrices ? La suite en dessous ↓

Mrs Dalloway

L’Intrigue (Spoiler : il n’y en a pas…) :

Ce livre a la particularité de ne pas posséder d’intrigues à proprement parler. Il n’a pas vraiment de début, d’élément perturbateur, de résolution ou de péripéties, il raconte simplement une journée dans la vie d’une grande bourgeoise de Londres durant l’Epoque Victorienne. Elle se lève, ouvre ses volets, on ne sait pas qui elle est ni quel âge elle a, seulement qu’elle s’appelle Clarissa Dalloway et vit à Londres. On apprend qu’elle s’apprête à donner une réception et elle se rend en ville pour aller acheter des fleurs, considérant que sa domestique à déjà suffisamment à faire. En chemin, elle rencontre des personnes, discute, s’arrête un peu pour flâner mais la plupart du temps, elle marche et réfléchit à elle-même, à son passé, à sa vie actuelle, aux choix qui l’ont menée jusqu’ici…Le tout sans aucune indication. On se contente de suivre un cheminement de pensée pas toujours bien structuré par ailleurs et elle laisse ses pensées divaguer.

En allant chercher des fleurs, elle entend un bruit dans la rue et c’est en fait la voiture de quelqu’un d’important. Le bruit surprend d’autres personnes également et la narration va des pensées de l’un à celle des autres, souvent sans aucune transition : un passant par exemple ou une marchande, puis de nouveau Clarissa en passant par un personnage qui prendra de l’importance : il s’agit de Septimus. Septimus est un soldat revenu du front brisé émotionnellement et suicidaire. Auparavant homme de lettres et poète, il ne ressent plus rien, ni envers la littérature, ni envers sa femme qui pourtant s’occupe de lui bien comme il le faut en suivant les recommandations des médecins. Son histoire évoluera parallèlement à celle de Clarissa permettant d’explorer son intériorité et ses pensées jusqu’à une brève accalmie…Et enfin une fin aussi tragique que précipitée.

Clarissa de son côté nous parle à travers ses rencontres et ses monologues intérieurs des différentes personnes qui composent sa vie : Peter Walsh tout particulièrement pour lequel elle a brièvement nourri une passion amoureuse mais a choisi d’épouser le très conventionnel (et fortuné) Mr Dalloway parce que Peter s’est moqué de façon assez blessante de son côté hôtesse de maison parfaite, superficiel et mondain. On suivra également les pensées de Peter Walsh lorsqu’il remonte les rues de Londres et suis une jolie jeune femme dans la rue, simplement pour tromper l’ennui. Il se répète qu’il n’aime plus Clarissa et pense à ses projets de mariage, à l’avocat qu’il doit rencontrer mais on a l’impression que cette union prochaine ne l’enchante pas plus que cela. On suivra également un peu Mr Dalloway, un homme bon mais incapable d’exprimer son ressenti, tellement empêtré dans les conventions et les traditions qu’il ne parvient même pas à dire à sa femme qu’il l’aime alors qu’il se répète son texte tout le long du chemin. Il y a également la fille de Clarissa, Elizabeth qui explore les différentes possibilités de carrières qui s’ouvrent à elle, encouragée en cela par Mrs Kiellman, gouvernante cultivée et pieuse mais pauvre que Clarissa déteste tout particulièrement. Enfermée dans sa solitude, elle apprécie sincèrement Elizabeth et voit le fait de la soustraire à l’influence de sa mère comme une façon de dominer Clarissa et ainsi de se venger de son extraction modeste. Enfin, il y a Sally, une vieille amie de Clarissa pour qui elle a brièvement éprouvé une tendresse amoureuse et qu’elle a embrassé fugitivement. Sally est libre, bien plus que Clarissa mais contre toutes attentes, a fini par se marier et faire cinq enfants. Elle dit qu’elle habite Londres et a envoyé plusieurs invitations à Clarissa mais que cette dernière n’a jamais daigné lui répondre, probablement parce qu’elle aurait trop honte de sa vieille amie…

Le roman s’achève sur la fête de Clarissa et la triste nouvelle qui viendra la troubler mais rien ne se passe réellement, il n’y a pas de réelles évolutions psychologiques et on ne fait qu’explorer le quotidien de ces personnages.

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

Sans surprises, il n’y en a pas, c’est le simple récit d’une journée de la vie d’une bourgeoise mais de façon extrêmement chaotique et désorganisée. Donc c’est du rien, mais en mal, ce qui est un petit miracle en soit.

Profondeur :

On explore beaucoup, beaucoup de sujets, de la guerre et de ses séquelles en passant par l’exercice de la modernité, le suicide et la maladie mentale (thèmes chers à l’auteur qui était elle-même bipolaire et n’a, hélas, pas trouvé d’autres issues à ses souffrances que de bourrer ses poches de pierre avant de se jeter dans une rivière). On s’attarde sur les relations entre les êtres, complexes et changeantes, parfois immuables, sur la dualité entre personne publique et personne privée, les différences de classe sociale également…C’est un récit éclaté mais assez fidèle et exhaustif de la société de l’époque et en cela, c’est plutôt intéressant en ce que cela sert réellement à recréer une ambiance générale, l’ambiance de Londres dans les années 20 qui n’étaient pas si folichonnes que ça…

C’est indéniablement un roman profond qui soulève beaucoup de questions pour peu qu’on les laisse décanter et nous permet de réfléchir à propos de plein de sujets. Les introspections de Clarisse sont autant d’encouragements à nous interroger nous-même.

Personnages :

J’ai déjà un peu parlé des divers personnages qui prennent part à l’intrigue. Tous ne sont pas creusés de la même façon et Clarissa est bien sûr la plus développée. Cette façon d’aller des pensées de l’un à celles de l’autre en cherchant à coller au mieux à l’exercice naturel de la réflexion permet de découvrir en profondeur les personnages. Tous ne sont pas sympathiques : Clarisse apparaît comme assez superficielle, mondaine et ridicule parfois comme dans sa confrontation avec Kiellman à qui elle crie « N’oubliez pas ma réception » où l’on voit son inaptitude à formuler une critique ou une argumentation intelligente et cet appel par dessus la rambarde de l’escalier, cela montre à quel point c’est un refuge pour elle, la façon par laquelle elle parvient à se donner de l’importance car elle excelle à ce genre de jeu.

Ces personnages sont souvent tragiques parce qu’ils sont humains et le fait d’avoir accès à ce flot de pensées incessants montre paradoxalement la difficulté qu’il ont tous à communiquer : Clarissa à avouer ce qu’elle ressent vis à vis de Peter, de se rapprocher de sa fille, son hypocrisie cruelle par rapport à Sally qu’elle a délaissée sans vergogne simplement parce qu’elle souhait conserver les apparences ; Mr Dalloway veut dire à sa femme qu’il l’aime mais il en est incapable ; Peter se répète qu’il n’est plus amoureux et pourtant, la toute dernière ligne du roman indique clairement le contraire car il est assis dans un fauteuil et soudain, il ressent un inexplicable bien-être, une excitation sans comprendre pourquoi et lorsqu’il se retourne, il voit que Clarissa vient d’entrer dans la pièce, son cœur a parlé ; Septimus enfin essaie d’exprimer à tous ces médecins que son problème, c’est son incapacité à ressentir quoi que ce soit mais il n’est pas écouté, par personne et se retrouve à parler aux morts et à lui-même…

Mrs Dalloway est donc avant tout un roman de personnages je crois où chacun, plus vrai que nature a un message à nous transmettre et nous parle. J’ai peut-être eu tort mais je vois dans Clarissa la femme que Woolf redoutait elle-même de devenir : passer d’une femme libre qui explore les relations lesbiennes, sa propre intériorité, sa complexité et finit dans le bête rôle traditionnel de la maîtresse de maison, figée dans ce rôle conventionnel que la société souhaite lui attribuer et auquel elle n’a peut-être pas la force d’échapper…

En tout cas, le tout dégage un sentiment général sur la nature humaine, une impression que nous transmet Woolf de tragique, d’espoirs brisés, de vies qui devaient être grandioses, exceptionnelles, mais qui ont fini par devenir affreusement conventionnelles. Elle nous parle de l’être humain déchiré par les mutations de la modernité entre un ancien monde et un nouveau, la guerre et l’après guerre, c’est à dire la paix, les traditions et les bouleversements.

Style :

Je suis assez mitigée sur le style de l’auteur. Je n’ai pas eu l’impression d’être face à une romancière mais plutôt à une poétesse qui s’exprime en prose. Elle utilise fréquemment de la métaphore, de la reformulation et des symboles. Il y a quelque chose dans son écriture d’élégant et léger, de très féminin, très sensible dans sa façon d’appréhender les problématiques de chacun. C’est bien écrit, ça c’est un fait, très bien écrit même, mais c’est très indigeste de la prose sur tout un roman, surtout en anglais quand le vocabulaire utilisé est tout sauf usuel (je ne sais pas ce que ça donne en français). Les métaphores perdent parfois et on ne sait pas où veut en venir l’auteur. Le style est volontairement tranquille, loin de l’ironie de Dickens ou des envolées lyriques d’un poète, on sent un côté très posé, très objectif sur les faits décrits.

Accessibilité :

C’est sur ce point que je vais vraiment allumer ce roman car il n’est pas du tout, mais alors PAS DU TOUT accessible. Rien n’est fait pour faciliter la tâche au lecteur, pas même un chapitrage intelligent, une façon de préciser qui parle, rien, que dalle. C’est très, très difficile à lire parce que le niveau de langage est élevé, les techniques littéraires utilisées perdent le lecteur (le fameux « stream of consciousness »), il n’y aucune balise, rien. Woolf se fout complètement de rendre son roman accessible et je n’ai jamais autant eu l’impression d’être face à un roman de l’intelligentsia embourgeoisée. C’est un roman d’intellectuels qui n’aura sans doute d’intérêt que pour les mordus de littérature et de littérature un peu…Expérimentale dirons-nous. De mon côté, j’ai l’impression d’être un peu à cheval entre deux tendances car j’ai eu un parcours littéraire et plus particulièrement anglophone donc je vois en quoi ce roman est un chef d’oeuvre, je vois toute son ingéniosité, toute sa particularité et ses qualités, je suis sensible à la prose délicate de l’auteure, mais je suis aussi et une madame tout le monde qui a quitté depuis bien longtemps déjà le milieu universitaire et je n’ai plus l’habitude de lire des romans aussi complexes donc je suis aussi dans la peau du quidam qui ouvre ce livre et s’emmerde suprêmement car il n’y a pas d’autres termes. Ce livre m’emmerde souverainement.

Et si je ne vous ai pas convaincu, si vous souhaitez vraiment acheter ce roman, ne tentez pas en anglais, sauf si vous aimez souffrir, mais vraiment, parce qu’en anglais, c’est une poignée de lames de rasoir rouillées à avaler avec un grand verre d’acide chlorhydrique.

Sexismomètre :

Bon, Virginia Woolf avait une qualité au moins : elle était féministe et ses romans témoignent de son regard unique et très progressiste, surtout sur l’époque, sur la condition féminine. Elle nous parle des suffragettes, de l’indépendant financière et de la nécessité pour les femmes d’avoir une occupation autre que la maison. Elle porte sur les institutions patriarcales un regard bien sûr féministe, militant et remet beaucoup en question des notions comme la domesticité, le rôle de la femme, le mariage etc…Il y a dans son féminisme quelque chose de remarquablement novateur pour l’époque et de très pur je trouve, complètement inaltéré par les conceptions de l’époque. Je ne saurais pas vraiment expliquer mais cet aspect est assez saillant dans le texte, cela passe par des adjectifs, des petites piques, des remarques…Il y en germe des tas de théories intéressantes comme lorsque Sally milite pour le droit de vote des femmes et que Hugh, selon ses dires, l’embrasse de force dans le fumoir pour la punir. Cette notion de l’agression sexuelle perçue non plus comme l’incapacité d’un homme à contrôler ses pulsions mais comme une punition sciemment administrée à la femme qui ose s’affranchir comme une façon, par l’humiliation et le fait de bafouer son intégrité et son droit à disposer de son corps, est particulièrement intéressante. Cela rejoint tout un tas de théories sur l’histoire et la fonction du viol en particulier et nous fait repenser, pour peu qu’on y soit sensible, beaucoup de choses dans nos sociétés actuelles.

En Général :

Oui, Mrs Dalloway est un chef d’oeuvre littéraire, une oeuvre de génie et Oui, c’est extrêmement chiant. C’est beau, c’est bien écrit mais c’est une oeuvre très difficile à réserver aux mordus de la littérature. Si ce n’est pas votre cas, je vous conseille de passer votre chemin. Vous me croirez si vous voudrez, mais je vous jure sur tous les livres que j’ai lus, le simple fait d’écrire cette chronique m’est pénible parce que cela fait remonter en moi tous les sentiments de souffrance et d’ennui que j’ai eus en le lisant.

Lecteur qui pose innocemment la main sur ce mince volume à la couverture inoffensive, ne te laisse pas piéger par le doux regard que Clarissa te jette sur la couverture, détourne le tien. Ne perds pas ton temps à déchiffrer ce roman, tu n’y gagneras rien. Te voilà prévenu : abandonne ou persévère à tes risques et périls…

Je vais personnellement mettre la main sur le cœur et jurer bien fort que plus jamais je ne lirai de romans de Virginia Woolf, ou peut-être plus tard, mais celui-ci, je crois qu’il demeurera scellé dans ma bibliothèque avec un panneau danger. Ce livre c’est le jardin des tortures, la Carte de Tendre mais version ennui suprême à travers les collines de l’indifférence et le flot de l’oubli, la descente aux enfers de Dante mais avec une tasse de thé. C’est une douleur mentale et presque physique parfois de lire ce livre, ce livre fait souffrir, vraiment et je crois que je préfère sauter à la corde sur un tapis clouté que de le relire ou m’écorcher vive et me rouler dans du gros sel, au choix.

La prochaine fois :

Pour la prochaine, et je pense être en mesure de vous le présenter dès la semaine prochaine car j’ai plusieurs chroniques d’avance et mon billet sur Ori n’est même pas officiellement publié au moment où j’écris ces lignes, je vais vous parler d’un recueil de nouvelles très bref sur la résistance que j’ai lu parallèlement à Mrs Dalloway pour me donner du courage.

Le Petit mot de la fin :

Pour finir, n’oubliez pas d’aller voir cette excellente adaptation vraiment géniale (et si vous le croyez quand je vous dis que Woolf c’est chiant, croyez-moi d’autant plus quand je vous dis que ces deux mecs sont des purs génies). Je ne saurais trop vous recommander de vous abonner, de partager les contenus, bref, partagez des good vibes et de la littérature dans ce pays de déculturés !

Parenthèse vidéo-ludique : Ori et la forêt aveugle

Bonjour à toutes et à tous ! Je sais que ce genre d’articles est très rarement lu et plébiscité par mes lecteurs habituels, on me connait davantage en chroniqueuse littéraire et pourtant, s’il y a bien un vice qui occupe une bonne partie de mes soirées, c’est les jeux vidéos.

J’achète très rarement des nouveaux jeux, je suis attachée aux jeux vidéos comme à une partie de mon enfance mais confinement oblige, je ne pouvais indéfiniment refaire les mêmes jeux…Je me suis donc interrogée sur le type de jeu que j’aimais et la réponse est très simple : j’aime les jeux mignons, avec une identité forte, je suis très attachée aux graphismes et au scénario que j’aime riche et complexe, j’aime également les jeux difficiles qui représentent du challenge. Ori semblait à la croisée de tout cela.

Ce dimanche donc, petite parenthèse sur un jeu vidéo que j’ai récemment découvert et que j’ai envie de vous faire découvrir : il s’agit du très acclamé Ori et la forêt aveugle. Derrière ce titre que vous connaissez peut-être, se cache un très joli jeu vidéo, une petite perle qui a un seul gros défaut : il est très court. Je l’ai fini en une dizaine d’heures à peine et il m’en a fallu à peine autant pour le refaire en mode difficile…

Ori

Le Scénario :

Parlons-en…Je ne vais pas vous dévoiler l’ensemble du scénario, cela vous gâcherait complètement l’envie d’y jouer, je vais simplement vous raconter une petite partie, un tout petit bout et c’est l’histoire d’une petite bestiole blanche agile, pourvue d’une queue et de petites pattes façon Stitch un peu…Cette petite boule de poils débarque dans la forêt de Nibel, tombée du ciel comme un météore, poussée par le vent car il faisait grand vent ce jour là…Une tempête terrible s’est levée, arrachant aux branches de l’arbre céleste, à la fois gardien et protecteur de la forêt (vous reconnaîtrez peut-être l’inspiration mythologique de l’arbre nordique, Yggdrasil), ses enfants, celui que l’Arbre, le narrateur de ce récit, appelle sa lumière.

Ori est recueilli par une bébête, une autre, à mi chemin entre Totoro et un Sans-visage (et les inspirations de l’univers de Miyazaki ne s’arrête pas là) du nom de Naru qui l’emmène dans sa petite maison sylvicole perdue au milieu des bois et ensemble, ils profitent des plaisirs simples de la vie : manger des fruits jusqu’à plus faim, se balader sans s’arrêter, se faire des câlins (c’est pas érotique, je précise…Les deux bébêtes ont une relation mère-fils), construire des ponts par dessus la rivière pour pouvoir manger ENCORE plus de fruits.

Malheureusement, vous vous doutez bien que cela ne pouvait pas durer…L’Arbre Céleste est toujours à la recherche de son enfant perdu et un soir qu’il fait briller ses lumières à travers toute la forêt, Naru aperçoit de loin ce petit spectacle son et lumière et elle prend peur : elle emmène Ori au fond de sa grotte et l’y cache. Sauf que voilà : privée de son protecteur, la forêt dépérit et bientôt, les arbres jaunissent, se flétrissent et meurent, perdant une à une leurs feuilles…Il n’y a plus aucun fruit, plus aucun arbre, plus aucune fleur ni aucun animal : la forêt est à bout de forces et elle rentre en quelques sortes en hibernation en attendant le retour de Ori, un peu comme Démeter laisserait la Nature mourir tandis que Perséphone passe six mois de l’année aux enfers en compagnie de son ténébreux époux…Naru cherche et cherche, elle fait tous les arbres, farfouille dans les feuilles et essaie d’atteindre les plus hautes branches où il reste encore quelques fruits mais elle retombe pesamment au sol…Ne lui reste plus qu’à offrir son unique et dernier fruit, une minuscule pêche fripée et rabougrie, à Ori. Ce dernier, bien plus leste, parvint à récupérer quelques fruits que Naru ne pouvait atteindre mais il est trop tard : la pauvre Naru vient de passer de vie à trépas…Voici venir le moment le plus triste de votre existence et je vous invite à vous munir d’une boite de mouchoirs ou éventuellement d’une citerne pour récupérer vos larmes car je vous le dis, vous allez chialer votre race.

Ori part tout seul dans le forêt devenue inhospitalière…Il marche, abattu par le chagrin, terrassé par la fatigue, la faim et la douleur…Il erre sans savoir où il va…Il y a un passage horrible où il passe même un buisson de ronces et comme vous contrôlez le personnage, vous sentez la résistance opposée par les épines qui s’accrochent à votre pelage, vous sentez le pauvre Ori meurtri et déchiré qui continue d’avancer…Avant de s’écrouler quelques mètres plus loin, juste devant une percée dans les arbres d’où l’on peut voir l’Arbre Céleste, ce qu’il en reste, utiliser ses dernières flammes blanches pour raviver Ori et lui commander, grâce à Sein, une petite boule de lumière, de ramener les éléments de l’Eau, du Vent et de la Chaleur qui autrefois permettaient la survie de la forêt à leur juste place. Alors peut-être la forêt retrouvera-t-elle un semblant de vie et pourra prospérer comme avant…

La Jouabilité :

Ori est un jeu à mi-chemin entre l’aventure et la plateforme où vous parcourrez les différents recoins de la forêt à la recherche des éléments. Se dresseront contre vous divers petites bestioles assez casse-couilles parfois, on va pas se mentir, surtout en niveau difficile où j’ai souvent pesté contre ces putains de crapauds qui vous ôtent quatre points de vie (vous n’en possédez que trois au départ…) en un seul coup. Autant les éviter donc parce que même si vous pouvez mourir à l’infini et réapparaître à votre dernier point de sauvegarde (que vous pouvez créer à votre guise, pas de façon illimitée car ils coûtent des points d’énergie, mais vous pouvez les placer où vous le souhaitez), c’est tout de mère rageant, car je rage beaucoup et j’entends à chaque fois la voix de ma mère qui me disait enfant quand je pétais des crises : « si ça t’énerve de perdre, il faut pas jouer » #Sagessematernelle.

Vous gagnez de nouveaux pouvoirs tout au long de votre périple grâce aux arbres ancestraux qui vous prêtent un peu de leur force. les arbres ce sont des esprits, comme vous, disséminés un peu partout dans la forêt et qui ont fui le jour où l’Arbre a appelé Ori, poursuivis par la terrible chouette Kuro. Ces nouveaux pouvoirs vous permettent d’accéder à de nouvelles parties de la forêt et il vous faudra revenir (souvent) sur vos pas pour revenir à telle corniche ou tel vide accessible uniquement grâce à un pouvoir bien spécifique. Cela vous permettra de débloquer des bonus : points de vie supplémentaires ou points d’énergie, et c’est toujours bon à prendre.

A part cela, vous gagnez en vainquant des ennemis et en récupérant des bonus dans des endroits parfois difficiles d’accès des points d’expérience. Ces points d’expérience permettent d’acquérir des points de compétences que vous pouvez dépenser dans un arbre de compétences divisé en trois branches : un pour l’attaque, un pour la défense, un autre pour tout ce qui est perception des passages secrets. Les premiers talents ne requiert qu’un seul point et ne sont pas très puissants : il s’agit de raviver gratuitement (sans dépenser un point d’énergie) un point de sauvegarde ou permettre d’attaque plus rapidement, ce genre de choses, mais il vous faudra acquérir ces talents pour progresser jusqu’au bout de l’arbre et débloquer des talents vraiment chouettes : triple-saut ou capacité à faire apparaître sur la carte les divers bonus par exemple…

La prise en main est très agréable, Ori, particulièrement agile, tourne et virevolte en cabrioles pour sauter, s’accrocher, grimper, planer même…J’ai regretté de petits temps de latence tout de même récurrents, des ralentissements qui ont par moment ruiné mes sauts. J’ignore s’ils sont dûs au jeu où à mon vénérable ordinateur qui commence à vieillir…Je regrette peut-être une commande qui permettrait de se protéger des dégâts car on ne peut qu’attaquer : grâce à la flamme spirituelle qui est une sorte de boule de lumière téléguidée qui atteint automatiquement vos ennemis et plus tard aux pouvoirs que vous débloquerez (que je ne connais qu’en Anglais car j’ai mis le jeu en anglais comme décidément chez moi c’est une manie…).

Difficulté :

Ori and kuro

J’ai apprécie la difficulté du titre, certains passages sont relativement ardus et vous avez intérêt à être patient(e) (coucou l’arbre de Ginso où j’ai du perdre une centaine de vies…), patient, et dextre. Faut pas avoir les deux mains dans la même moufle et faut être réactif car certains passages s’enchaînent très vite et si vous n’appuyez pile au bon moment, vous êtes Dead.

J’ai trouvé tout de même qu’il y avait un trop grand écart entre le niveau normal et le niveau difficile où les dégâts sont multipliés par deux et ça, bah c’est bien chiant parce que pour beaucoup de passages, cela veut dire que vous n’aurez pas le droit à l’erreur. La difficulté devient, non pas infaisable car je l’ai terminé même ainsi, mais vraiment pénible par passages. Je ne l’ai pas encore fini en mode extrême où nous ne disposons que d’une seule vie pour terminer tout le jeu, je ne suis pas non plus maso.

Graphismes :

Sans doute un des meilleurs points du jeu car ce jeu – est – juste – MAGIQUE ! Splendide, incroyablement beau, riche, détaillé, coloré, fouillé sont autant d’adjectifs que vous voudrez appliquer aux graphismes qui donnent à ce titre cette petite touche si particulière : une ambiance onirique, une touche personnelle, une identité, quelque chose…J’aime bien aller et revenir sur mes pas juste pour changer d’univers, passer des ruines où on se les pèle à la forêt en passant par la grotte…Chaque passage, chaque endroit a ses particularités, son décor et son arrière-plan. Mon préféré reste le bosquet perdu accessible uniquement à travers le Terrier de Noiracine, encore un passage bien relou qui se déroule dans l’obscurité. Cet emplacement n’existe que dans la « Definite Edition » et même s’ils sont difficiles d’accès et pas obligatoires pour terminer le jeu, je vous les conseille car ils facilitent vraiment le reste du jeu.

Bande-Son :

De très jolis titres qui collent parfaitement à l’univers du jeu. Vous pouvez les trouver sur You tube pour vous faire une idée. Rien que de les écouter en ce moment me colle des frissons dans le dos. Il y en a pour tous les univers : gai, méditatif, triste, mélancolique…

En Général :

En dépit de la durée de vie bien trop courte, je ne peux que chaudement vous recommander ce magnifique titre. Avant de rédiger cette critique, j’ai lu des témoignages de joueurs qui disaient que ce jeu avait changé leur vie, leur avait appris à persévérer et les avait sans doute mené là où ils en sont aujourd’hui…Je n’irais pas jusque là mais c’est tout de même un jeu très agréable. J’ai vraiment l’impression d’avoir entre les mains un petit bijou finement ciselé et sorti de l’atelier d’un orfèvre. Je sens dans ce titre beaucoup de travail et d’application, une envie de faire un truc beau et pas juste de créer un jeu pour le pognon, et cela, ça fait plaisir. J’y rejouerai avec beaucoup de plaisir, tenter peut-être l’aventure en mode une seule vie…Full marks pour ce jeu en tout cas, si vous trouvez une promo sur Steam > Foncez ! Je ne peux rien vous conseiller de mieux !

La fois prochaine :

Depuis le temps que je vous le promets, je vais peut-être vous le présenter mon Virginia Woolf ! Vous allez voir ce que c’est qu’un livre vraiment démoniaque !

L’hiver du Mécontentement – Thomas B. Reverdy

Bonjour à toutes et tous, pour la lecture de ce dimanche, j’ai finalement opté pour un roman très bref (un peu plus de 200 pages) qui prend place à Londres à la fin des années 80. Il s’agit de L’hiver du mécontentement, écrit par Thomas B. Reverdy, dont je ne sais rien, excepté qu’il est prof de français en ZEP et que certains de ses romans ont déjà été sélectionnés pour des prix aussi prestigieux que le Goncourt. De cet auteur, j’avais lu Les évaporés qui se passe au Japon et dont j’ai très peu de souvenirs si ce n’est un homme vaguement attiré par une nénette japonaise et un homme qui disparaît dans une fourgonnette. il a rejoint cette place dans mon esprit où je relègue inconsciemment par je ne sais quel processus tous ces romans qui n’ont pas réussi à me marquer, un peu comme un vêtement qu’on a acheté sans jamais vraiment le porter et qu’on oublie dans un coin de l’armoire.

J’ignore si celui-ci connaîtra où nom le même sort, mais autant vous en parler tant que c’est encore frais dans ma tête. Voici donc sans plus attendre la critique :

L’Intrigue :

DISCLAIMER : On va parler politique et vous le savez, j’aime pas la droite (j’espère n’offenser personne, je n’ai pas dit « je n’aime pas les gens de droite mais bien je n’aime pas les idées de la droite ») et encore moins Margaret Thatcher donc laisse-moi écrire en grosse lettres que cette femme est une pure cold-hearted bitch. Voilà, maintenant que c’est fait, passons à la suite ⇓

L’hiver du mécontentement entremêle l’histoire Thatcher et celle de Richard III, décrit pat Shakespeare comme un petit bossu avide de pouvoir qui a intrigué et assassiné pour parvenir à ses fins : parvenir à la place vacante de Roi d’Angleterre après l’appel d’air laissé par la War of Roses. Je précise pour ceux et celles que cela intéresserait que les historiens ont depuis réhabilité le personnage de Richard III qui n’a été ni mieux ni pire que beaucoup et s’est, en dépit des procédés très contestables par lequel il s’est hissé au pouvoir (mais qui sommes- nous pour critiquer, nous qui avons tout de même élu un Président en 2007 qui a fait sa campagne avec l’argent souillé des Dictateurs ?) comporté en bon souverain.

Nous suivons donc Candice, jeune femme très libre, fille d’une mère soumise et d’un père violent mais surtout, héritière d’un mouvement Punk qui consiste à se raser la tête et à oser des coiffures un peu improbables en gueulant « No future ! ». Candice est coursière à vélo pour une société essentiellement masculine qui livre des recommandés en mains propres aux clients. Le soir, par peur de la solitude, par envie de chaleur humaine, elle fait la fête avec ses copains, elle se laisse entraîner dans les bars enfumés et dans les concerts. Le matin, elle répète avec ses copines les Shakespearettes, groupe de théâtre amateur intégralement féminine (clin d’œil peut-être à l’époque où les acteurs étaient exclusivement masculins ? Les temps changent, les mentalités aussi…) pour la représentation de Richard III dont elle a le rôle principal. Une fois chez elle, elle note dans un journal ses réflexions sur la pièce et sur le personnage de Richard, tissant des correspondances entre L’Angleterre de Richard III et celle de Callaghan, le député travailliste qui patauge avec la grève et peine à satisfaire les ouvriers, ajoutant par petites touches son histoire personnelle.

Affiche Thatcher
Campagne pour la présidentielle de Thatcher

L’hiver 79 en Angleterre, c’est froid, glacial même, et ça a un petit parfum de chaos guère engageant pour l’honnête citoyen : pas de travail, des mouvements ouvriers présentés comme violents, virulents, et les promesses du gouvernement qui peinent à convaincre qui que ce soit tant Callaghan s’embourbe dans la défaite…Cette défaite, c’est une femme ambitieuse et peu scrupuleuse que Candice rencontre à l’occasion d’une répétition car Madame cherche à faire du théâtre pour faire oublier son accent très working-class, cette femme, une politicienne froide et sans pitié, grande amie de Ronald Reagan, partisane des privatisations en masse, de la loi du marché et petite voix qui serine aux pauvres « Do it yourself » ou « There is no alternative » car si vous êtes pauvre…Eh bah venez pas vous en prendre à moi, c’est de votre faute ! Vous n’aviez qu’à y réfléchir avant de faire pauvre – Cette femme, vous l’aurez deviné, c’est le bourreau des Irlandais, la terreur des ouvriers, la broyeuse des syndicats, la fossoyeur de la justice sociale, la Dame de fer, celle qui a précipité son pays dans la guerre des Falklands en Argentine, Margaret Thatcher, et non, elle n’aura pas ma pitié parce que c’est une femme seule dans un monde d’hommes.

Hate and Power Can be a Terrible Thing 2004 by Tracey Emin born 1963
Hate and Power can be a terrible thing – Tracey Emin

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

On comprend l’intention de l’auteur qui est de dresser un parallèle entre la soif de pouvoir de Richard III qui est parvenu à s’emparer du trône alors que l’Angleterre était en plein chaos et Margaret Thatcher qui est parvenu, dans des conditions similaires, à imposer sa vision inhumaine de la société et du travail à travers un capitalisme débridé. L’histoire se répète, un bel hommage aux œuvres atemporelles et à la littérature en général qui toujours aura quelque chose à vous dire et à vous apprendre, peu importe l’époque.

A part cela, le scénario avance très peu, il ne se passe que peu de choses et rien de bien extraordinaire, l’histoire est plutôt convenue je trouve. L’histoire de Candice, si elle fait du bien car elle est sans doute la triste histoire de nombreuses femmes, au moins en partie. On rencontrera également dans une moindre mesure le personnages de Jones lui aussi jeté par cette société impitoyable et si l’histoire se clôt sur son point de vue, il n’apparaît que dans quelques chapitres. L’idée de relier chaque chapitre à une chanson de l’époque est une excellente idée qui rappelle que la culture -musicale ou littéraire- se vit aussi à travers l’histoire.

Personnages :

Le personnage de Candice apparaît d’emblée comme sympathique dans sa soif de liberté et d’indépendance qui sont demeurées des préoccupations très actuelles. Candice est l’emblème de cette jeunesse malmenée : issu d’un milieu populaire, elle enchaîne les petits boulots, écoute du Punk, boit de la bière et sort jusqu’à pas d’heures. Elle fait ce qu’elle veut et se fout de la bonne Angleterre conservatrice incarnée par sa soeur qui a choisi un mariage sans passion, raisonnable et rangée la frangine mais un tantinet chiante. Elle est également un beau symbole d’espoir dans cette période troublée car c’est un personnage qui demeure fort, libre, se questionne et se politise jusqu’à un certain point. Elle refuse la tyrannie et les abus comme vous le verrez au cours du roman si vous décidez de le lire et c’est pour cela que c’est au personnage de Tatcher qu’elle dédie à la fin la première tirade de Richard III « Now is the winter of our discontent !« .

Le personnage de Jones quant à lui et un petit plus fataliste et il choisit la fuite pour échapper à cette ambiance anxiogène, et peut-être est-ce cela qu’il faut faire dans ces conditions ? Partir…

Style :

J’ai un peu de mal avec le style de Thomas B. Reverdy qui pourtant écrit bien, objectivement, mais il a une façon de raconter les événements qui me déplait un peu et que j’avais déjà trouvé dans Les Evaporés. La lecture demeure fluide, facile et agréable. On trouve de belles envolées dans le dernier chapitre quand Jones regarde la mer. ll maîtrise également le discours indirect libre et les passages dans lesquels Candice écrit son journal. On y retrouve la voix de la jeune fille, ses mots, son histoire, et s’efface alors le narrateur qui est parfois un peu trop présent.

Profondeur :

J’aime beaucoup l’idée de tisser comme un réseau de sens entre les différents éléments culturels nommés : la littérature et la musique. L’histoire se répète, l’amour, la rencontre, la recherche du pouvoir, de la reconnaissance et du statut social, la résistance à l’oppression, c’est toujours la même, que ce soit sous Richard III ou dans les années 80.

L’art est le produit d’une époque et c’est assez intéressant de voir le mouvement punk en contexte avec des personnages aussi « sympathique » que Sid Vicious. Le mouvement est montré dans tout ce qu’il a de dynamique mais aussi de ridicule parfois.

Accessibilité :

C’est un roman très court écrit de façon claire et compréhensible qui fera que n’importe qui pourra s’atteler à sa lecture. Je pense que ça intéressera surtout les jeunes adultes qui se retrouveront sans nul doute dans les problématiques de Candice.

Sexismomètre :

Candice est un personnage fort, c’est le personnage principal du roman et sa compagnie de théâtre exclusivement féminine est un renversement assez ironique de l’époque où les femmes étaient jouées par des acteurs masculins. Elle vit les problèmes liés à son sexe (harcèlement sexuel, c’est la seul meuf de son taf…). Je suis un peu mitigée sur l’attitude assez culpabilisante qu’elle a vis à vis de sa mère en l’accusant d’être restée avec un homme alcoolique et violent car nous savons tous que ce n’est pas si simple de partir quand l’affect s’en mêle et surtout pas dans les années 80 mais vous allez me dire que je trouve toujours quelque chose à redire 🙂 (Et c’est vrai !). En bref, on ne peut pas même en chipotant, accuser ce roman de sexisme ou alors j’y ai été aveugle.

En Général :

Une lecture sympathique : un roman qui se lit vite doté de personnages forts et attachants, bien construits, un parallèle bienvenu entre l’Angleterre de Thatcher et celle de Richard III, une bande originale bien trouvée et une fin convaincante, ce roman a de nombreux atouts et pourtant, il ne m’a pas vraiment marqué à cause de ce scénario très faible voire inexistant car si on résume l’action, il se passe bien peu de choses…Je n’ai pas l’impression d’une progression pour les personnages, de quelque chose qui me ferait vraiment vivre le roman, un moment fort, une émotion, une rencontre…J’ai trouvé le roman assez aseptisé, très neutre et plat comme si le but était davantage de présenter une ambiance que de raconter une histoire.

Au terme de deux lectures, je crois pouvoir dire que je n’accroche pas avec cet auteur. Sans doute a-t-il beaucoup de qualités littéraires mais j’y suis assez insensible et je ne pense pas renouveler l’expérience car je reste plutôt tiède sur mon bilan.

La prochaine fois :

Je me vois déjà vous parler du livre que je suis en train de lire en ce moment pour vous conseiller de ne JAMAIS ne serait-ce que poser les yeux dessus pour ne pas qu’il vole votre âme. Je pense à une célèbre auteur du Bloomsbury Group, une écrivaine bipolaire connue pour ses troubles dépressifs et son suicide dans les années 40. Elle a écrit entre autre une oeuvre majeure qui a la particularité…De ne rien raconter.

Comme c’est très chiant, vous ne m’en voudrez pas j’espère si je bouffe un peu à tous les râteliers et j’ai également une tragédie grecque d’un auteur majeur (le meilleur, genre Pokemon légendaire en plus ouf et plus balèze), un recueil de nouvelles d’un célébrissime auteur français connu pour ses tendances très à gauche et sa célèbre muse en cinq lettres…Et peut-être, un petit jeu vidéo parce que ça fait très longtemps et ce ne sera pas du rétro-gaming cette fois ! Un jeu d’un petit studio sorti en 2015 sur PC où l’on voyage aux côtés d’une adorable bestiole blanche, sorte de feu follet bénéfique, pour régénérer la forêt. Je vous en ai tellement dit que vous n’aurez plus de mérite à deviner !

La République Secrète – Philip Pullman

Bonjour à toutes et à tous ! Après deux semaines d’absence, me revoici avec un nouveau roman qui nous vient de l’autre côté de la manche, et c’est en avant-première que je vous le propose puisqu’il sortira en septembre 2020 dans l’Hexagone dans sa version. Pour les petits veinards qui peuvent se le procurer (et le lire optionnellement) en VO, il est sorti en octobre de l’année dernière.

Le Premier tome de cette nouvelle trilogie « Le Livre de la Poussière » par l’auteur anglophone Philip Pullman m’avait laissé un sentiment plutôt mitigé. Difficile, comme je l’avais noté à l’époque, de reprendre la suite d’une trilogie comme « His Dark Materials » ou dans sa version française « A la Croisée des Mondes » qui a bercé notre enfance, d’autant que la Trilogie était parvenue à toucher une très large communauté de fans. Cela n’a pas suffi pour me décourager et je me suis attelée à la lecture de ce petit pavé de 700 pages (mais vous verrez, ça passe comme une lettre à la poste).

L’Intrigue :

Plusieurs années après son retour du Nord, Lyra poursuit ses études dans une université réputée d’Oxford. Elle a vingt ans et on pourrait croire que tout va pour le mieux pour elle mais il n’en est rien bien sûr sans quoi il n’y aurait pas d’histoire (c’est dur la vie d’une héroïne…Tuer Dieu ne suffit pas pour avoir la paix). Lyra est depuis quelques années en froid avec son Daemon, Pantalaimon (pour rappel, les Daemons sont des créatures animales constituant une partie de chaque être humain, aucun ne pouvant vivre sans l’autre). Cela paraît impensable tant la relation Daemon/humain nous a été représentée comme fusionnelle et pourtant…Lyra et Pantalaimon sont en constant désaccord, se crêpe le chignon pour un oui ou pour un non et ne peuvent même plus se supporter l’un l’autre…La Pomme de Discorde, ce sont ces philosophes Talbot et un Allemand dont j’ai oublié le nom qui prônent un rationalisme extrêmement dur et rejettent les Daemons comme de simples projections de l’esprit. Lyra, comme beaucoup de jeunes étudiants de sa génération, est séduite par cette nouvelle approche qui place la logique et la raison au dessus de tout. Pantalaimon en revanche, son Daemon qui a pris la forme d’une Martre des Pins (sorte de belette rousse), l’accuse de fermer son esprit à l’imagination et au fantastique.

Pour couronner le tout, le Magisterium (qui rassemble l’Eglise de façon générale, simples bonnes sœurs et fanatiques assoiffés de pouvoir) affermit son influence sur l’Angleterre et plus largement sur l’Europe toute entière. Un homme appelé Delamare cherche à mettre la main sur Lyra par tous les moyens et la jeune fille pourrait bien voir sa vie basculer du tout au tout car il dispose de puissants soutiens et notamment d’un lecteur très expérimenté de l’Aléthiomètre, fort d’une nouvelle méthode se basant non plus sur les symboles mais sur une sorte de vision. Ce Lecteur, c’est le fils de Gérard Bonneville, le méchant extrêmement flippant de La Belle Sauvage, Olivier Bonneville. Fort heureusement, elle a également des protecteurs, Malcolm Polstead, le jeune homme qui l’a sauvé des eaux dans La Belle Sauvage et que je pensais vieux avant de lire qu’il avait mon âge, Alice Londale, Hannah Relf et plus largement, tout Oakley Street, organisation vieillissante financée par le gouvernement et charger de contrer la puissance du Magisterium pour que soient préservées la Liberté et la Connaissance.

L’histoire commence par quelques remous qui viennent troubler la vie tranquille de la jeune femme : une amie dont les parents ont fait fortune dans le commerce de l’huile de Rose et qui se sont trouvés ruinés, un nouveau maître à Jordan College qui lui retire la chambre dont elle avait jusqu’ici l’usage et la relègue dans un cagibi et lui demande de ne plus prendre ses repas qu’avec les Domestiques, et enfin, un botaniste assassiné par deux voyous qui a laissé derrière lui de mystérieux restes : des échantillons, un carnet répertoriant le nom et l’adresses de divers personnages à travers l’Europe, et surtout, un journal relatant une épopée hors du commun dans le fin fond du désert, où poussent les Roses gardées jalousement par de féroces sentinelles…Un jour, le Daemon de Lyra prend la fuite après une discussion particulièrement houleuse, et c’est le début d’un très long voyages entre dangers et rencontres, menaces et mains tendues, à la recherche de son Daemon avec toujours en toile de fond ce qu’on appelle pudiquement les « Troubles à l’Orient » et ces histoires de jardins de roses saccagés…A mi-chemin entre la quête et la voyage initiatique d’une jeune femme à la recherche de la Vérité et la course-poursuite de deux hommes, l’un bien décidé à l’attraper pour la tuer, Gérard Bonneville, l’autre essayant par tous les moyens de la protéger, Malcolm Polstead qui semblerait-il en pince légèrement pour la jeune aventurière, La République Secrète déroule le fil d’une histoire fantastique qui alterne entre Monde Tangible et Monde des Esprits. Inqualifiable, mouvementée, sidérante parfois, emplie de violence mais aussi de bonté, mettant en scène des situations qui rappellent dangereusement notre monde et proposent autant de réflexions, La République Secrète est la digne successeur de La Belle Sauvage.

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

Le Scénario est à la fois riche, fouillé, mouvementé et dynamique. Il alterne entre le périple de Lyra, celui de Malcolm, celui de Pantalaimon et l’auteur nous propose également d’aller faire un tour du côté du Magisterium, découvrir les luttes intestines et dissensions qui agitant cette organisation tentaculaire. C’est à la fois la quête personnelle de Lyra pour renouer avec une partie d’elle-même, découvrir les secrets du Monde des Esprits, trouver une voie moyenne entre sa raison et la part d’inexplicable qui existe dans le monde, et la quête de Malcolm qui, obéissant aux instructions d’Okley Street st chargé d’aller enquêter sur ce mystérieux jardin de roses loin à L’Est. On trouve également un Oliver Bonneville jeune et présomptueux résolu à trouver le meurtrier de son père.

Au final, les différents éléments s’imbriquent et se recoupent de façon à former un tout cohérent, comme le jeu de carte offert par le vieil homme dans le train. Il est à la fois la suite de ce qui a été entamé, approfondissant les motivations du Magisterium, explorant la relation entre les êtres humains et leurs daemons et le début d’une nouvelle aventure portée par des grands bouleversements politiques dans le Monde Arabe. Les parallèles avec notre propre monde sont faciles tant les références au Printemps Arabes, aux Chocs Pétroliers mais aussi au fanatisme religieux et aux flux de réfugiés cherchant par tous les moyens à mettre leur famille en sécurité (et soyez honnêtes deux secondes, peu importe ce que vous pensez de l’immigration : si un gouvernement autocratique fanatique qui commence à vous imposer de règles aussi sévères qu’absurdes, saccageaient votre maison et mettait en danger vos proches, ne seriez-vous pas les premiers à chercher fortune ailleurs ?) sont nombreux. D’ailleurs, le périple de Lyra est en ce sens très intéressant car il nous met dans la peau de ces gens qui voyagent dans des pays inconnus sans en connaître la langue, les usages ou la culture.

Le Scénario m’a séduite en dépit de ces passages un peu sortis de nulle part dont on ne sait pas trop ce qu’ils viennent faire dans l’intrigue. C’est un roman touchant, plein d’humanisme et de valeurs qui proposent une réflexion plus que jamais nécessaire dans l’époque complexe que nous vivons. Lyra découvre à travers les rencontres, les multiples visages de l’humanité et peut-être que plutôt que d’étudier reclus(e) dans un collège l’économie et la géopolitique, il est parfois nécessaire d’aller voir sur le terrain, de vivre et de sentir dans sa chair le mystère d’une rencontre, l’appréhension de l’Autre et l’extrême fragilité de l’être humain lorsqu’il est coupé de tous ses repères, contraint de placer son existence entre les mains d’un autre, suspendu dans cet intervalle où notre sort peut basculer d’un côté ou de l’autre…(Pardon, je m’emballe un peu :)). Je n’aurais pas imaginé d’emblée accrocher autant à un scénario aussi décousu et pourtant, il y a comme un charme qui opère…

Personnages :

On retrouve tous les Personnages croisés auparavant et quelques nouveaux protagonistes, notamment Delamare et Bonneville Junior, ma foi tout aussi abjecte que son père (lorsque Malcolm lui demande comment il connait unetelle, il insère et ressort son index à l’intérieur de son poing fermé pour mimer la pénétration…Tout en charme et en poésie, voilà un homme que j’adorerais).

L’évolution des personnages est assez intéressante, étonnante tout en étant crédible, que ce soit Malcolm devenu un super agent secret moitié chercheur moitié aventurier et Lyra devenue une thésarde sérieuse et rationnelle. Aucune nouvelle de Will mais on retrouve avec plaisir Alice et Hannah Relf.

Je ne mentionne pas la foule d’adjuvants que rencontrera Lyra au cours de ses pérégrinations, des rencontres éphémères, fugitives mais toute en intensité, chacune apprenant une leçon sur la générosité, l’hospitalité ou la tolérance. Certaines nous apprennent à quel point il est dangereux d’être une femme seul et à quel point l’opportunisme, la bêtise et l’égoïsme sont partout (et à cela, on répond à Lyra, si tu ne veux pas te faire violer, porte le voile…Cool, et si je suis ta logique, pour ne pas te faire tuer, porte en permanence un gilet en Kevlar ? Ou pour ne pas te faire détrousser tu mets des pièges à souris dans tes poches ? Sympa ce monde dans lequel vous semblez vivre où la victime devient coupable de négligence quand le prédateur n’est qu’une innocente créature qui obéit à ses instincts…).

Profondeur :

J’en ai déjà dis un petit peu sur ce sujet, La République Secrète est un roman de rencontres. C’est une sorte de voyage initiatique qui comporte toujours une double lecture. la quête de Lyra qui cherche à retrouver son Daemon est en fait le voyage intellectuel de l’érudit cherchant à concilier sa connaissance des faits naturels et son intuition des choses que rien ne peut expliquer : le hasard, les coïncidences, les mystères du rêve et de l’imagination, le surnaturel, les esprits…Les jalons d’une réflexion sur la politique et la façon dont la soif de pouvoir de certains influe durablement la vie de millions de personnes sont posés. On retrouve la critique de l’Eglise Romaine et son ambition démesurée.

Style :

Pullman charme comme toujours par sa maîtrise du récit et ses talents de conteur. C’est une plume fluide et claire (un peu moins sur les descriptions est on est parfois perdu dans la situation dans l’espace) toujours juste, émaillée parfois de métaphores tout à fait à propos et les métaphores sont plus souvent dans le récit que dans la forme. Les dialogues ne sont pas en reste et Pullman alterne joutes verbales pleines d’esprit entre jeunes gens prometteurs, récits transmis dans la façon de parler des Gitans, confrontation entre ennemis jurés. Les dialogues sont justes et témoignent d’une compréhension fine des enjeux psychologique.

Accessibilité :

700 pages cela vous fait peut-être part et pourtant, cela avance plutôt bien. La langue ne présente pas de difficultés particulières pour peu que vous ne puissiez attendre septembre 2020 et choisissez de tenter l’aventure en VO. Certains y trouveront peut-être des inégalités, des longueurs mais pour ma part, le roman a su me tenir en haleine. Pour tout vous dire, j’étais tellement dégoûtée à la fin d’avoir refermé le livre que je me suis lancée dans un calcul savant sur la probabilité que l’auteur meure avant d’écrire la suite basé sur l’espérance de vie moyenne des Britanniques, l’âge de l’auteur et le temps moyen qu’il mettait à produire un roman. Autant vous dire que j’attends impatiemment la suite.

A la question « Est-ce de la littérature jeunesse ? » en revanche, je répondrais oui et non. Je pense qu’il n’a pas été écrit pour les enfants mais plutôt pour des jeunes adultes ou des adolescents (ou même des adultes tout court). Les thématiques explorées (sexualité, désir, violence, violence sexuelle) en font un roman très adulte par rapport au reste de l’univers. Lyra est présentée comme un personnage sexualisé qui suscite l’intérêt des hommes et a elle-même des désirs. C’est assez marquant par rapport à la première trilogie où le thème de la sexualité était très peu abordé. Je pense que c’est une bonne chose car on ne devrait pas en faire un tabou mais je pense qu’un enfant de moins de douze dans ne comprendre peut-être pas de quoi il retourne.

Sexismomètre :

Il y a une raison qui fait que j’adore cet auteur et c’est essentiellement parce que les femmes sont bien représentées. Pullman nous prouve qu’on peut écrire un récit dans lequel les femmes sont présentes (y compris dans des postes à responsabilité) et agissent, s’impliquent, se battent elle aussi. Elles sont parfois de pures connasses (parce que la méchanceté et la bêtise s’accordent aussi bien au masculin qu’au féminin, ne l’oublions jamais), parfois des personnages exemplaires mais toutes sont actrices et plus seulement figurantes comme dans la majeure partie des romans écrits par des hommes (et y compris parfois par des femmes…). Que dire du trio Hannah Relf, Alice Londale et la mère de Malcolm qui se battent contre des hommes du Magisterium ou de la façon dont Lyra, pour échapper à une tentative de viol assène des coups de matraque et casse des nez, des bras, tout ce qu’elle peut atteindre ? De surcroît, ce roman s’intéresse réellement à la condition féminine et aux problèmes strictement féminins : voyager seule et supporter les regards salaces des hommes sur notre corps, avoir ses règles à dos de chameau…

En Général :

J’ai eu comme qui dirait un coup de coeur pour La République Secrète que j’ai même trouvé mieux que son prédécesseur La Belle Sauvage. Difficile à dire s’il sera du goût de tout de monde et si d’autres partageront cet avis car le roman a tout de même quelques défauts, quelques partis pris qui déplairont à certains (je pense que certains hommes grinceront des dents devant l’échange entre l’officier et Lyra dans le train sur le port du voile ou viendront chouiner que c’est abusé parce qu’il y a trop de femmes fortes mais j’ose espérer que la majorité sera suffisamment intelligent ne pas tomber dans ce piège). Ce fut en tout cas 700 pages que j’ai dévorée avec plaisir et j’attends la suite !

Au passage, je fais cette lecture dans le cadre du challenge Pavévasion qui était ma foi bienvenue en cette période de confinement ! Retrouvez toutes les inscriptions ICI et le récapitulatif ICI.

Pavévasion

La Prochaine fois :

J’espère vous présenter dès la semaine prochaine le fruit de mes lectures multiples et je ne peux à l’avance vous dire si ce sera une tragédie de mon dramaturge préféré ou un roman récent sur l’Angleterre des années 70 en pleines mutations sociales…Les paris sont ouverts !

L’Amour aux temps du Choléra – Gabriel Garcia Marquez

Bonjour à toutes et à tous ! C’est encore tout frais dans ma tête puisque je viens tout juste de reposer à ma droite le livre qui a accompagné ma dernière semaine de confinement (enfin, un des livres…), je vais donc pouvoir de suite passer à la critique !

Les temps perturbés que nous vivons m’ont incité à lire ce roman bien connu de l’auteur colombin dont j’avais déjà lu Cent ans de Solitude tout en étant assez déçue par le côté assez fouillis de l’oeuvre. J’avais déjà lu La Peste qui figure d’ailleurs parmi mes livres préférés, il me fallait donc un autre livre qui rappelle par son histoire la période un peu folle que nous vivons…J’aurais pu lire Le Journal d’Anne Frank, mais je l’ai déjà lu et je trouve personnellement le parallèle avec la seconde guerre mondiale assez douteux (même si j’utilise moi-même le terme d’Ausweis en lieu et place d’Attestation d’autorisation de déplacement dérogatoire » que tout le monde appelle, « le papier là » ou « le machin pour sortir »…). Le seul parallèle qui me semble convenir, c’est celui de la Grippe Espagnole qui aura quand même emporté deux artistes : Apollinaire et Ergon Schiele…Reste peut-être à me rabattre sur Huis-Clos…Dans tous les cas, je disposais de ce livre précis sur ma pile, c’était donc l’occasion rêvée pour en entamer la lecture.

Je ne vous imposerai pas non plus le jeu de mots mille fois usé « l’Amour aux temps du Corona« …Sans plus attendre, voici donc l’intrigue :

L'amour aux temps du choléra

L’Intrigue :

Les Temps du choléra, c’est en réalité le milieu du XIX siècle dans les Caraïbes et s’il est vrai que le choléra faisait des ravages à cette époque (causé notamment par un manque d’hygiène, un accès restreint à l’eau potable et autres problématiques, le choléra dont les symptômes rappellent ceux de la gastro en dix fois plus coriace est une maladie extrêmement contagieuse) le livre n’en fait que très peu mention.

C’est avant tout l’histoire d’un amour fou et impossible entre deux jeunes gens, un jeune homme pauvre, un peu poète, un peu rêveur, violoniste à ses heures, et la jeune fille d’un père richissime qui après avoir fait fortune grâce à toutes sortes de filouteries (on ne l’apprendra qu’à la fin mais ce n’est pas réellement important) est bien décidé à élever sa fille comme une demoiselle du monde dans le collège de la Très Sainte Vierge ou quelque chose dans ce goût là…Vous imaginez comme moi la vie passionnante de cette jeune écolière gardée par deux Cerbères : le Père et la vieille Tante, une vie qu’elle doit partager entre études et prières…Ce n’est donc pas bien surprenant si elle se laisse troubler par les charmes extrêmement assidus du jeune Florentino Aziza. Fermina Daza est une jeune femme fière, bornée et chaste qui ne peut sans trahir son éducation morale et religieuse, accepter comme cela la lettre d’un prétendant. Il lui faudra donc ruser, jouer de télégrammes, de lettres d’amour et de sérénades au violon, d’heures solitaires passées en triste vigile sur le banc du parc voisin à surveiller ses fenêtres. Le pauvre Florentino, littéralement malade d’amour, l’estomac tordu par le souvenir des charmes de la belle parviendra finalement à ses fins et s’ensuivra une relation sage entre les deux jeunes gens avec la complicité de la Tante, une relation faite de lettres échangées, de camélias et de poèmes et de promesses de mariage…Ces fiançailles ne seront malheureusement pas du goût de son père qui avait entrevu un meilleur parti pour sa fille et il emmènera sa fille loin dans les Terres dans une sorte de périple inconfortable pour rejoindre la cousine Hildebranda.

A son retour, elle comprendra d’un seul coup en revoyant ce petit homme triste, pauvre et mal habillé que leur amour n’était qu’une chimère et leurs vies prendront des chemins séparés : tandis qu’elle choisira la respectabilité au bras d’un éminent et brillant médecin, Florentino passera sa vie à tenter d’oublier sans y parvenir dans les bras d’amantes interchangeables son amour de jeunesse qu’il se jurera de reconquérir lorsque le gênant médecin sera passé de vie à trépas. Il se met à accumuler gloire, richesse et expérience en matière de l’art délicat de la séduction et du sexe (jusqu’à écrire un précis sur le sujet et à se faire écrivain public…) en enchaînant à un rythme effréné les maîtresses de tous âges et de toutes conditions mais de façon discrète pour pouvoir servir plus tard à sa promise un odieux mensonge du style « je me suis gardé vierge » auquel on a envie de répondre après avoir assisté à sa vie de joyeuses débauches « Et mon cul, c’est du poulet ? ».

Ce roman de 440 pages aborde des thèmes extrêmement divers tels que l’Europe, le statut, les femmes, la religion et bien sûr, l’Amour étudié sous toutes ses facettes qu’il soit passager ou éternel, pur et innocent ou purement charnel.

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

Ce roman réussit l’exploit de décrire un scénario qui se tient, sans invraisemblances, et relativement linéaire tout en étant extrêmement riche. Il se passe beaucoup beaucoup de choses en 50 ans et Gabriel Garcia Marquez (qui me pardonnera j’espère de ne pas ajouter d’accents au « i » de Garcia et au « a » de Marquez) sait les raconter de façon assez succincte, sans jamais s’attarder un peu comme s’il survolait la trame narrative plus que de l’explorer. On passe subtilement de l’un à l’autre des amants de façon à décrire leurs vies si différentes et qui pourtant n’en finissent pas de se croiser. Les événements de la vie de ces jeunes gens sont souvent assez peu ordinaires, entre les perroquets fugueurs, les amantes folles furieuses échappées de l’asile et le soutien providentiel, pour l’un de sa mère et de son oncle, pour l’autre de sa cousine et on reconnait tout de même les goûts assez farfelus de l’auteur pour le loufoque et l’excès.

Les Personnages :

Il existe trois réels personnages et ce sont ceux du Triangle Amoureux : l’amoureux éconduit, l’époux légitime et la femme tant convoitée.

Florentino Aziza est un personnage un peu lunaire qui porte sur ses vêtements peu conventionnels, son parapluie noir et ses cols empesés, sa moustache gominée et son petit foulard de poète, à la fois sa pauvreté et ses aspirations littéraires. Il est discret, effacé et rêveur mais très ardent prétendant, tenace et persistant comme seuls le sont les héros de roman d’amour. Sa soif de tendresse et son désir de soulager, même temporairement sa douleur d’être éconduit, le conduira auprès de toutes les Dames des Caraïbes, les veuves, les écrivaines ratées, les écolières, une courtisane une fois…Certaines aventures compteront plus que d’autres qui feront davantage office de papier peint et à la fin du roman il comptera plus d’une centaine de maîtresses disséminées (à défaut d’être inséminées) dans toute la ville.

Fermina quant à elle est une femme fière et assez rigide, respectueuse des vertus inculquées par son père, cherchant à échapper à sa poigne autoritaire seulement pour mieux obéir à ses attentes puisqu’elle convolera en justes noces avec un excellent parti. C’est une maîtresse de maison idéale, une bonne épouse également, fidèle et respectable, une superbe femme mondaine qui emplira à merveille son rôle de femme de personnage illustre. Elle est versatile, caractérielle et assez changeante, une ode à l’inconstance des femmes dont les hommes ne cessent de se plaindre sans doute…

Le Docteur Juvenal Urbino est un médecin novateur, grand voyageur, très cultivé puisqu’il parle couramment plusieurs langues. Il bénéficiera d’une Education Européenne à Paris et il rentrera tout de même plein de préjugés un peu farfelus sur les mauvaises habitudes, le café, les animaux et autres bizarreries (comme le fait qu’il n’est pas foutu d’aller se chercher un pain de savon dans l’armoire puisqu’il engueule sa femme comme poisson pourri et menace même de divorcer parce qu’il n’y a plus de savon…). Ses horaires sont réglés comme du papier à musique mais il se permet pourtant des écarts que vous découvrirez dans le roman. Il est respectable mais pesant en gros.

Les personnages sont plutôt sympathiques même si Fermina agace par sa versatilité et Florentino lasse par son côté chien battu sous la pluie. On s’intéresse aux démêlés de leurs affaires et on s’y attache tout de même sans vraiment s’y reconnaître. Certaines des nombreuses maîtresses de Florentino sont détaillées selon une caractéristique, souvent assez drôle et elles parviennent à se détacher même lorsqu’elle n’apparaissent que sur quelques pages.

Profondeur :

Il ne faut pas je crois chercher de réel message dans les romans de cet auteur sous peine de rester sur sa faim mais plus le prendre comme une vaste fresque dans laquelle chacun se reconnaîtra ou non. L’auteur je pense tente davantage de surprendre le lecteur par la richesse de son imagination et il est vrai qu’on ne sait jamais ce qu’il va tirer de son chapeau. Il y a tout de même une réflexion assez générale et assez romantique je crois sur l’amour, le vrai, qui n’est pas forcément charnel mais surprend comme une mauvaise maladie, fait souffrir le martyre avant de s’achever sur une apothéose qui justifiera aux yeux de l’amant satisfait tous les sacrifices et toutes les souffrances endurées. Il ne dénigre pourtant ni l’amour conjugal, long, routinier, fait de mensonges, de chicaneries un peu mesquines et de prises de bec mais au final riche sur le long terme, et l’amour du séducteur impénitent pour reprendre les mots du résumé, fait de rencontres inattendues, durables pour certaines, très éphémères pour d’autres mais toujours sans dédain et sans mépris pour toutes ces femmes qui passent au creux de sa vie comme des figurantes.

Style :

C’est vraiment le point que je préfère chez cet auteur, le seul qui réellement m’enchante, c’est sa plume. Son style est incomparable, fertile, foisonnant, riche, excessif parfois et souvent complètement farfelu. Il écrit bien, très bien même, et c’est une évidence. Rares sont les auteurs au style aussi marqué et aussi personnel. Il décrit parfaitement les choses de l’amour, et c’est un compliment que je ne fais pas volontiers, il peut vous écrire une page entière à décrire un pénis sans jamais tomber dans le vulgaire ni dans la pudibonderie.

Le seul point négatif qui en rebutera plus d’un je pense, c’est le fait qu’il décrit de façon assez globale sans s’attarder sur les personnages, sur ce qu’ils ressentent. C’est un survol très large de la vie des protagonistes qu’on a l’impression de regarder un peu d’en haut sans jamais pénétrer dans leur intimité, s’attacher à eux ou vraiment compatir à leurs misères.

Accessibilité :

440 pages, ce n’est pas excessivement long et pourtant, souvent, j’avais vraiment l’impression que c’était une éternité. Cet auteur ne sait pas aller droit au but sans tergiverser et il perd beaucoup le lecteur dans des digressions sans fin et des longueurs superflues. J’ai trouvé ça trop long et le souffle retombe souvent sans que ce soit difficile à lire ou pénible. Les événements s’enchaînent de façon assez saccadée, sans réelle pause symbolique comme un chapitre, un astérisque ou une séparation quelconque et ça lasse à la lecture, surtout quand on lit petit bout par petit bout.

Sexismomètre :

Cet auteur a vraiment, mais alors vraiment le don de me foutre en pétard alors je vais tâcher de rester calme et succincte. Je ne sais même pas par où commencer tellement il manque à cet auteur quelques points essentiels d’éducation.

Déjà, contrairement à ce qu’on peut voir p.241 de l’édition Livre de Poche quand une femme dit non, c’est NON. C’est un peu technique, mais à force de se le répéter, on l’intègre.

Deuxièmement, je vais l’écrire bien fort, en lettres capitales pour bien que ça rentre une bonne fois pour toutes dans la tête de nœud des débiles qui n’aurait pas pigé ça : UN VIOL CE N’EST PAS SEXY BORDEL DE MERDE, C’EST UN CRIME, C – R – I – M – E, C’EST TOUT DE MEME PAS COMPLIQUE A COMPRENDRE PUTAIN !!!! C’est un acte MALVEILLANT, source de TRAUMATISMES PSYCHOLOGIQUES, qui ne donnera jamais envie à sa victime de revoir son violeur et encore moins de se le refaire, et c’est valable pour les victimes hommes ou femmes !

Enfin UNE JEUNE FILLE A 14 C’EST DE LA PEDOPHILIE ! UNE GAMINE QUI MANGE DES GLACES ET JOUE AUX POUPEES NE PEUT PAS FORMULER DE CONSENTEMENT ECLAIRE !!!

Passé ces trois points essentiels, je ne sais même pas s’il faut parler du débile de médecin infoutu de se trouver du savon et capable d’engueuler sa femme pour si peu alors que lui la trompe allègrement…Elle s’en va en voyage faire un petit tour et quand monsieur revient, avec un sacré toupet tout de même car aucune excuse rien, il vient juste chercher sa femme convaincu que ça assez duré ses conneries de bonne femme hystérique, elle s’essuie les mains sur le tablier et accoure, ravi manifestement qu’il ne vienne la chercher. Fermina ne sait pas prendre une décision, elle est inconstante comme toutes les femmes bien sûr. Ai-je également mentionné le fait que toutes les femmes étaient vénales et se laissaient acheter ? Bref, ce livre est insupportable de misogynie, gravissime même dans l’érotisation de certains abus qui sont clairement à ranger dans la catégorie des crimes.

Est-ce que cela vous viendrait à l’esprit de traiter avec une fascination bienveillante les crimes de la Shoah, les massacres des populations, les crimes de guerre, l’esclavage ou tout acte amoral de torture ou de sévices psychologiques ? Alors pourquoi vous le faites quand on parle d’abus sexuels qui sont le lot commun des femmes encore aujourd’hui malheureusement ?

A tous les hommes qui pensent que tous les comportements décrits plus hauts sont normaux et même excitants, je vous souhaite de vous prendre un bon coup de matraque dans le rectum au moment où vous vous y attendrez le moins par une personne en qui vous croyiez pouvoir avoir confiance, j’espère que vous vivrez le parcours du combattant que vivent les femmes quand elles veulent porter plainte (alimenté par des clichés comme ce roman par exemple…), j’espère qu’on se moquera de vous, qu’on vous traitera de menteur et qu’on vous dira que tout ce qui vous intéresse, c’est l’argent ou la vengeance, j’espère sincèrement qu’au terme de tout ça, vous comprendrez ce qui signifie viol et pourquoi l’érotiser est très grave.

En Général :

Bref, j’attendais le moment de ma chronique où je pourrais enfin lâcher ce que j’ai sur le cœur à propos de la misogynie écœurante de ce livre, une colère et un dégoût qui m’ont par moment empêché de continuer ma lecture. Dommage, car ce livre demeure un roman classique incontournable de la littérature sentimentale, un roman bien écrit, bien mené et agréable quoiqu’un peu long. Le fait que Marquez était militant extrême gauche suffit à peine à la rattraper à mes yeux…

La fois prochaine :

Je ne vous dis pas à la semaine prochaine car je ne suis pas certaine à 100% de revenir avec un nouveau roman à vous présenter car je m’attaque à un pavé de 700 pages, je vous donne trois indices : littérature pour enfants / un auteur anglophone régulièrement censuré qui compte parmi mes préférés/ la suite d’une premier tome qui faisait lui-même suite à une trilogie mythique.

Le Premier Homme – Albert Camus

Bonjour à toutes et à tous ! Je vous entends venir de loin, ce livre a traumatisé des générations de lycéens qui se plaignent de lire le très grand Albert Camus, et pourtant, c’est un lecture relativement accessibles aux thèmes qui devraient toucher beaucoup de jeunes à savoir l’enfance et le questionnement identitaire.

Ce livre, comme vous le savez peut-être, c’est à la fois l’auto-biographie et le testament d’Albert Camus puisque retrouvé dans sa sacoche alors qu’il a eu la bonne idée de rouler à plus de 160km/h sur l’autoroute. Hélas, il a été tué sur le coup sans avoir le temps de remanier son manuscrit et ses proches, notamment sa fille, Catherine, a remis les feuillets en ordre, déchiffré l’écriture de son père (et vu le nombres de blancs laissés entre crochets car illisible sur le manuscrit, il devait écrire très mal) et publié à titre posthume le premier tome de ce qui aurait sans doute été une suite. La suite dans mon article :

Le Premier homme
La photo du jeune Albert Camus en gardien de foot (c’est le seul qui porte un béret)

L’Intrigue :

Le premier homme nous raconte l’histoire de Jacques Comery, aler ego de l’auteur lui-même, fils de Henry et Lucie Comery. Algérien d’origine Européenne vivant à Alger dans une famille très pauvre, le jeune Jacques nous ouvre les portes de sa vie secrète d’enfant : ses jeux, ses premières réussites scolaires, ses amitiés et son parcours plus largement dans une Algérie déchirée par une violence qui monte entre Arabes et Européens.

La première partie se focalise sur le parcours de Jacques devenu adulte qui tente de reconstituer l’identité morcelée de son père : la tombe du jeune Henry Comery, mort à 28 ans seulement alors qu’il venait tout juste de s’installer à Solferino avec sa femme et ses deux enfants, engagé dans la Grande Guerre et tué presque aussitôt, les restes de sa maison, les rares personnes qui pourraient se souvenir de lui…C’est peine perdue nous dit l’ancien instituteur de Comery mais lui s’obstine malgré tout. Ce n’est pas son père qu’il trouvera dans cette quête mais lui-même. Dès son arrivée à Alger par bateau, il nous livrera ses souvenirs d’enfance, les senteurs orientales, la chaleur épouvantable, les pluies diluviennes, les jeux qu’il inventait avec les autres garçons de sa rue, l’extrême dénuement dans lequel vivait sa famille : lui-même, son frère et sa mère qui dormaient dans la même pièce, la grand-mère dans une autre et l’oncle sur le canapé. L’enfance est marquée par les deux figures tutélaires de la grand-mère, véritable monstre, tyrannique et brutale qui régnait d’une main de fer sur tout ce petit monde, et la mère, enfermée dans sa demi-surdité, assommée par son travail de ménagère, analphabète ayant pour seule distraction le petit monde qui se déroule comme la bande d’un film sous ses fenêtres. Jacques aimait sa mère d’adoration, une pauvre femme écrasée par sa propre mère, sa vie contrôlée par l’Oncle Ernest qui se croit manifestement en droit de lui dicter qui elle a droit ou pas le droit de côtoyer (#Y-en-a-encore-qui-disent-que-le-patriarcat-n’existe-pas). Sa mère est une sorte d’ange-gardien qui plane sur l’intrigue car elle n’a guère plus de consistances qu’un fantôme, se contentant de regarder les cahiers de son fils et de lui dire vaguement dans un sourire oublieux mais plein d’amour « c’est bien, tu es intelligent ».

Ce livre est aussi un roman de rencontres, comme celle avec son instituteur qui le pousse à demander une bourse pour aller au lycée, lui ouvrant ainsi les portes d’un nouveau monde. On y croise toute une galerie de personnages chers à Albert Camus, ses amis, ses proches, les adultes, les professeurs…C’est essentiellement le récit d’un jeune garçon innocent qui dans les limites qui sont les siennes, limites dictées par sa pauvreté, parvient à faire de chaque jour et de chaque heure une fête, une véritable semaine de quatre jeudis ou il aurait toute latitude pour se consacrer aux jeux de son enfance…

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

Le scénario n’est pas dénué d’intérêt, il est même cohérent et on ne se perd pas dans les flash-backs, les retours sur son enfance sont habilement signalés par les moments où Comery adulte s’endort. On suit de façon assez linéaire le parcours du jeune garçon de l’enfance jusqu’à l’adolescence et ses premiers petits boulots. J’aurais aimé voir d’autres éléments inclus à la narration, comme par exemple, il raconte dans les dernières pages qu’il a embrassé une fille la veille sur la plage et personnellement, cela m’aurait beaucoup intéressée de voir comment le jeune garçon abordait la relation à l’autre sexe mais l’auteur a pris le parti de ne pas se focaliser là dessus.

Personnages :

Encore une fois, difficile de juger de la bonne construction de personnages qui sont inspirés de la réalité. En fait, si ces personnages avaient été une fiction, je me serais dit que l’auteur a un peu forcé le trait parce qu’entre un père décédé, une mère sourde et un oncle à demi-idiot, le jeune garçon ne part pas sous les meilleurs auspices. Pourtant, il parvient à donner vie et humanité à ces personnages qui sont complets et travaillés dans leurs contraires, par exemple la grand-mère qui est tyrannique mais qui a une faiblesse : elle est plus tendre avec l’oncle parce qu’elle est en quelques sortes attirée au moins physiquement par lui, par ce que le corps d’un homme décrété comme joli garçon peut évoquer à une femme. Le personnage le plus travaillé, c’est bien sûr le héros, Jacques, qui apparaît comme un avatar fictif de l’enfant qu’Albert Camus devait être et ce roman a pour intérêt de montrer la genèse de l’auteur, les premières pierres de ce qu’il est devenu.

Style :

J’aime beaucoup la plume d’Albert Camus. On lui a souvent reproché un langage trop simple mais j’aime justement ce langage accessible à tous qui reste beau et fluide. Tout dans son écriture est fluidité et naturel tout en demeurant élégant. L’auteur sait, en décrivant les senteurs, les couleurs, et la chaleur, faire renaître l’Algérie de ses souvenirs et j’ai trouvé dans ce roman qui m’a manqué dans l’Art de Perdre : une vision réelle d’un pays et pas seulement un décor carton-pâte.

Profondeur :

C’est un livre que j’ai eu du mal à terminer, non parce qu’il était difficile ou inutilement long mais parce l’auteur ne fait que nous raconter des événements sans réellement en faire un récit. C’est plus un témoignage qu’un roman, et cela tient peut-être au caractère inachevé de l’oeuvre…Les témoignages de vie m’ont toujours gonflé comme vous le savez et j’ai besoin de ce souffle romanesque, de ce fil rouge qui vient lier chaque péripétie vers un tout final.

J’ai trouvé dommage qu’Albert Camus n’aborde pas plus en détail la question de la guerre d’indépendance d’Algérie, du terrorisme et des tortures atroces qui ont été commises par les Français. Son témoignage aurait été vital dans le débat public, parce qu’il était contemporain d’une part, mais également parce qu’étant d’origine française mais né en Algérie, sa double-origine lui aurait donné un point de vue unique.

Il y a un point en revanche qui l’a beaucoup plu parce que j’y suis sensible, c’est le fait qu’Albert Camus nous montre, et qui mieux placé que lui pour nous en faire part ?, qu’on peut avoir une enfance pauvre voire vraiment misérable et pourtant heureuse. La vision de la pauvreté est réaliste et non plus misérabiliste et l’auteur parvient à faire en sorte que cela ne détermine pas son personnage entièrement. C’est un enfant qui se trouve, entre autres choses, être pauvre et non pas, un enfant pauvre. Cette frontière invisible qui le sépare de ses autres camarades plus fortuné devient plus présente au lycée et j’aimerais qu’il développe un peu plus ce point car je l’ai trouvé intéressant.

Accessibilité :

Si c’est lu au lycée, c’est avant tout je pense parce que c’est relativement simple et accessible. Ce n’est pas très long et les thématiques abordés devraient toucher les adolescents. Je peux comprendre qu’Albert Camus ne soit pas la littérature privilégiée de certains jeunes et pourtant, je trouve que c’est un des classiques les plus accessibles, plus que la Peste qui est son génialissime chef d’oeuvre, un livre absolument incroyable et tristement d’actualité qui figure au Top 5 de mes livres préférés, et infiniment plus que l’Etranger qui nécessite quelques billes sur la philosophie de Camus.

Sexismomètre :

Bon, lorsque De Beauvoir a publié « Le Deuxième sexe« , Camus a dit qu’il s’agissait d’une « insulte envers le mâle latin« , ça annonce la couleur, autant dire qu’il était pas féministe pour un sou le pépère, décidément plus clairvoyant pour juger les erreurs des peuples colonisateurs que celles du patriarcat qu’il contribuait malgré lui -je veux le croire- à véhiculer.

On ne peut pas réellement juger du sexisme d’un livre qui a une telle valeur autobiographique, mais il y a un point qui me chiffonne : à aucun moment l’auteur n’a un regard un tant soit peu critique sur ce que vivait sa mère qu’il prétendait aimer d’adoration mais préférait manifestement enchaînée. Elle aura le malheur de se faire couper les cheveux pour faire plus jeune et sa grand-mère la traitera de « salope » et la pauvre ira pleurer sur son lit. Après plusieurs années de veuvage, vient un homme qui lui fait la cour et qui l’aurait peut-être rendue heureuse mais son oncle descend lui démolir la tronche car c’est lui qui décide qui approche sa soeur. Pourtant, Camus est comme frappé de cécité et prétend que ce sont justes des pratiques normales dans la pauvreté ou les membres d’un même foyer se fond du mal les uns aux autres en vertu de quelque théorème obscur…J’ai une très forte envie de rentrer dans le roman, déjà pour aller dire à sa mère qu’elle est fantastique et merveilleuse, qu’elle élève seule ses deux enfants et se tue chaque jour au travail pour eux et cela mérite plus que des mercis, ensuite qu’elle a le droit de se coiffer comme elle le veut et que PERSONNE n’a le droit de la rabaisser, de la dénigrer ou de lui dire ce qu’elle vaut. Ensuite, j’irais bien expliquer au jeune Comery qu’il lui appartient, jeunesse montante, de dépasser ces préjugés et de faire souffler un vent nouveau sur le monde, un monde où peut-être, un jour, à force d’y croire, on ne sera plus jugé(e) sur le fait que nos organes sexuels sont internes ou externes mais bien sur des actes.

En Général :

En résumé, c’est une lecture qui ne m’a pas enthousiasmé à cause de son caractère trop auto-biographique et pas suffisamment romancée mais elle demeure intéressante pour éclairer l’oeuvre d’Albert Camus. Cet aspect aurait d’ailleurs peut-être disparu dans l’oeuvre finale car rappelons-le encore une fois, il ne s’agit que d’une ébauche, en premier jet. Cela ne figurera pas parmi mes lectures préférés, mais c’est tout de même Albert Camus, et je ne peux pas parler d’Albert Camus en mal parce que dans la vie, y a deux trucs auxquels on touche pas sans peine de se faire péter la gueule par moi : ma mère, et Albert Camus (et mon chat).

La prochaine fois :

La prochaine fois je vous propose de changer de continent pour vous faire découvrir un roman d’actualité hélas…Cela parle d’amendes amères, des Caraïbes…Et je ne vous en dis pas plus 🙂

Des Souris et des Hommes – John Steinbeck

Bonjour et bon dimanche à tous, je suis confinée, comme vous je suppose et je peux donc écrire plein d’articles, voyons le bon côté ! Je lis également, même si curieusement je ne lis pas autant qu’on pourrait le supposer, la faute peut-être à des classiques moins prenants que l’ont été « Les Chouans » ou « Germinal« . Cette semaine, vous l’aviez deviné grâce à ma petite devinette, c’est Des Souris et des Hommes que je présente, célébrissime nouvelle de l’auteur américain Steinbeck. Steinbeck c’est un peu le Albert Camus américain en ce qu’il a pris le parti de tous les invisibles, ces marginaux qu’auparavant personne n’écoutait mais heureusement, il y a les écrivains pour prêter une voix à ces gens et leur redonner un peu d’humanité. C’est le cas dans cette nouvelle où l’on se penche sur deux voyageurs auquels personne ne prêterait d’ordinaire attention.

Des souris et des hommes

L’Intrigue :

Nos deux personnages principaux sont Georges et Lenny. Vous savez sans doute que George est un petit homme nerveux et intelligent. Lenny quant à lui est un grand gaillard un peu simplet mais extrêmement fort et pas méchant pour un sou. Ces deux hommes voyagent ensemble. Les saisonniers comme eux habituellement voyagent seul, ce sont des hommes sans consistance ni même existence car ils parcourent les routes au gré du travail et le week-end venu, dépensent tout leur argent dans les maisons de passe avant de repartir aussi vite qu’ils sont venus mais eux nous dit George, eux sont différents car ils sont deux et ils peuvent compter l’un sur l’autre.

Ils arrivent à la ferme de Carlson et travaillent à charrier des sacs de blé. Ils couchent la nuit dans une grange attenante avec les autres travailleurs. George se lie d’amitié avec Slim, un ouvrier compétent et respecté et avec Candy, un vieil homme accompagné de son chien. Il y a également Crooks, le palefrenier noir qui reste seul toute la journée, isolé des autres en raison de sa couleur de peau, la femme de Curley montrée comme une créature solitaire mais manipulatrice qui cherche désespérément à s’évader de son ennui en recherchant le contact avec les ouvriers, et enfin Curley lui-même, un petit homme complexé par sa taille qui s’en prend à tous les grands comme Lenny. Il est champion de boxe et il est aussi le fils du patron. Querelleur, agressif et dénué de tendresse pour sa femme, il cherche des ennuis à Lenny sitôt qu’il l’aperçoit.

Dans un petit monde aussi renfermé sur lui-même avec autant de mauvaises passions à l’oeuvre, la cruauté, l’exclusion, la solitude, la jalousie, rien de bon ne pouvait arriver et les ennuis arriveront, vous imaginez sans doute comment. Lenny, bon géant innocent se les attirera par sa force dénuée d’intelligence, des ennuis terribles que George cette fois ne pourra peut-être pas lui éviter. Je vous laisse le lire pour vous en faire votre propre idée…

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

L’intrigue est solide, bien ficelée, et tous les éléments pourtant condensés dans une période relativement courte ont leur importance : le cache-cache entre Curley et sa femme, la blessure de Curley, le chien de Slim abattu d’une balle dans la nuque…Tous ces petits riens vont conduire à la tragédie finale qui apparaît comme inéluctable. C’est une intrigue sobre et efficace, ni trop longue ni trop courte, chaque ligne a sa place et ça, c’est beau.

Personnages :

Lenny est devenu une sorte d’archétype, celui du bon colosse grand et épais mais pas méchant pour un sou (vous avez tous connu un homme démesuré qui sous ses dehors de gros ours ne demandait que quelque paroles gentilles pour qu’il vous mange dans la main). Sa faille, c’est bien évidemment son retard mental car Lenny, comme un enfant, ne contrôle ni sa force (qui est immense) ni les implications de ses actes et cela aura bien sûr des conséquences sur la suite.

George est un personnage plein de bon sens. Il est responsable, bon et raisonnable, ce qui en fait la parfaite nounou pour Lenny. Son rôle de protecteur, envers et contre tout prendra un tournant inattendu à la fin et l’on voit bien que l’amitié peut prendre différentes formes.

Profondeur :

Du grand Steinbeck : un cadre idyllique, la vallée Californienne, et des hommes tantôt bons tantôt cruels. On retrouve le thème du voyage, du déracinement et de la quête de l’identité, du soi dans une Amérique impitoyable envers tous ceux qui sont différents. la solitude est extrêmement présente, on la croit vaincue l’espace de quelques pages par un instant de fraternité, mais elle revient toujours. Cette nouvelle est profondément humaine comme toute l’oeuvre de Steinbeck. C’est l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur et de pire, ses rêves envolés, ses espoirs brisés, ce sentiment de solitude qui macère et se change en aigreur…

Style :

On remarquera l’effort de Steinbeck pour coller au parler des ruraux du début du XIXème. La narration quant à elle est tour à tour poétique puis dure. Steinbeck sait mieux que quiconque décrire l’humanité dans ses atermoiements et ses déchirements comme l’action finale, atroce et nécessaire à la fois…

Accessibilité :

C’est très accessible, j’ai lu cette nouvelle en VO lorsque j’étais en Terminale et c’est plutôt simple. Vous ne comprendrez peut-être pas tout à 100% selon votre niveau mais le faut-il vraiment ? C’est court et plutôt simple, l’action est logique, ce qui en fait une petite nouvelle facile à lire.

Sexismomètre :

J’ai regretté le fait que Steinbeck n’ait pas suffisamment insisté sur la solitude de cette femme laissée seule avec ses rêves brisés. Elle est perçue comme une femme manipulatrice qui use de son avantage et de sa beauté alors que je la vois davantage, tout comme Lenny, comme une femme victime d’un trait de caractère (sa beauté en l’occurrence) et d’une faille (sa solitude). Cela reste nuancé et le lecteur y voit ce qu’il choisit d’y voir à condition de ne pas se laisser influencer par les paroles des personnages qui disent qu’elle cherche les ennuis, qu’elle allume tout le monde…

En Général :

Une petite nouvelle bien sympathique. Elle ne détonne pas avec le reste de l’univers de Steinbeck et en cela, elle est une bonne entrée en matière pour découvrir l’oeuvre de cet auteur. Je la recommande en VO. La fin est touchante, extrêmement poignante (j’ai bien sûr chialé comme une madeleine, est-il besoin de le préciser…).

La semaine prochaine :

Je vous présente un livre d’un auteur que j’ai déjà présenté encore une fois, un auteur français extrêmement connu, le plus grand peut-être. C’est l’un de mes auteurs préférés et je l’ai d’ailleurs cité dans cet article. Je vous ferai (peut-être) découvrir ou redécouvrir son oeuvre inachevée trouvée dans sa sacoche peu avant sa mort.

Les Chouans – Honoré de Balzac

Bonjour à tous ! Ce dimanche, je vais vous parler de Balzac, un auteur dont je n’ai jamais parlé ici et que je n’avais jamais lu à vrai dire, j’a beau essayer d’y remédier, l’étendue de  mon inculture me parait parfois abyssale…Je vais vous parler plus précisément d’un de ses romans de jeunesse, Les Chouans, un roman que je veux lire depuis trèèèèèèès longtemps puisque je l’ai découvert par extraits en feuilletant mon manuel scolaire en 5ème alors que je n’écoutais pas ce que me disait le prof, comme d’habitude…Je suis désolée si je brise un mythe, j’ai beau adorer la littérature, j’ai beau l’aimer toujours, j’ai beau l’aimer d’amour, les cours de français m’emmerdaient prodigieusement au collège. Je suis tombée sur le passage du bal dans lequel le marquis de Montauran pour forcer Marie de Verneuil à l’écouter saisit un morceau de braise dans le poêle en lui demandant de l’écouter au moins le temps qu’il peut tenir avec ce charbon ardent dans la main. Je crois que l’image a dû frapper dur mon imaginaire un peu trop porté sur le romantisme mélodramatique parce que j’ai eu envie de le lire…Avant de voir qu’il faisait 400 pages et je me suis dis c’est MORT ! Je suis revenu vers ce roman grâce à ce même passage que je chercher à retrouver dans mes instants nostalgie. Je l’ai bouffé tout cru, flingué en quelques jours seulement.

 

 

L’Intrigue :

Asseyez-vous bien confortablement pour cette remontée dans les derniers soubresauts du XVIIIème siècle…Nous sommes en 1799. Vous n’avez pas séché les cours d’histoire, vous savez donc que nous sommes juste après la Révolution et comme moi, vous êtes né(e) en Vendée et vous savez qu’après la Révolution s’est déroulé un véritable génocide (oui, quand on veut éradiquer un peuple tout entier, femmes et enfants, qu’on tue par tous les moyens, le feu, les balles, la noyade ou l’exode forcée et qu’on vous considère comme une race à part qu’il faut éliminer, cela s’appelle un génocide). Les Républicains, les Bleus, tentent d’éliminer les dernières poches de résistance et surtout de pacifier l’Ouest tenu par les royalistes, les Blancs.

Vous comprenez donc tout de suite que le Marquis de Montauran cherche à restaurer la monarchie et à conquérir la Bretagne grâce à ses Chouans, les Bretons insurgés appelés ainsi parce qu’ils hululaient comme la chouette Hulotte (appelée aussi chat-huant…Oui, parce que je suis aussi ornithophyle à mes heures perdues…). Ils attaquent des convois, ils pillent parfois, même si lui qui est un peu noble sur le bord quand même n’aime pas trop beaucoup cela…Ils s’attaquent aux Républicains dès le premier chapitre et on rencontre notamment le Capitaine Hulot et sa clique « Beau-Pied », « Clef-des-Coeurs » et compagnie…Côté Chouan on aime aussi les petits surnoms rigolos puisque c’est « Mène-à-bien », « Marche-à-terre » ou « Le Gars » pour le Marquis…Les Bleus s’en tirent in extremis grâce au soutien de la garde nationale et les Blancs doivent se replier. Fouché, le chef de la police nationale se dit que ça ne va plus tout cela et il dépêche une femme d’une grande beauté, sorte de cadeau empoisonné puisqu’elle a pour mission de séduire et de livrer le Marquis (qui est est un amateur de chair fraîche…). Tout cela, on ne le sait pas encore lorsque Hulot est sommé d’escorter une jeune et jolie Républicaine, Marie de Verneuil, et sa femme de chambre, Francine, et même lui à qui les femmes ne sont pas son truc, il est tout de même un peu tourneboulé par le charme de Marie.

Les deux personnages se rencontrent dans une auberge sur le chemin et là, vous vous en doutez bien, leur destin est scellé. Ils tombent sous le charme l’un de l’autre, lui le chef Blanc (qui voyage incognito sous l’identité d’un Républicain) elle, l’espionne Bleue. Il n’est pas bon de mêler sentiments personnels et politique et encore plus dans la fiction où toutes les passions sont exaltées et amplifiées. Ce qui commence comme une simple attirance devient vite une pente glissante, un penchant impossible à combattre qui entraînera les protagonistes…Vers leur chute ou vers des hauteurs inégalées, seule la fin le dira. Du fin fond de la Mayenne jusqu’à Fougères, vous suivrez l’avancée du Front royaliste, leurs tentatives désespérées d’enfoncer les lignes Républicaines pour empêcher l’avènement du très ambitieux premier consul (Coucou le petit caporal…). Grande histoire d’amour, passions déchaînées, rivalités et jalousie, stratégie militaire, accès désespérés d’héroïsme, tromperies, bassesses et intrigues, vous trouverez tout cela et bien plus dans ce roman historique qui se place dans la tradition de James Fenimore Cooper et Walter Scott.

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

Le scénario entremêle habilement deux histoires : la romance entre les deux personnages faites de désillusions, de grandes espérances, de bonheur et de souffrance, et de l’autre côté, l’histoire de la lutte des Chouans contre les Républicains. Impossible de dissocier l’une de l’autre tant elles s’influencent. On commence bien sûr par une description assez chiante des Chouans, de comment ils sont habillés, de comment ils parlent, de l’étymologie de tel mot…On commence déjà à regretter d’avoir ouvert ce livre jusqu’au moment de l’action à proprement parler : un convoi de voyageurs qui se fait attaquer. L’histoire décolle réellement selon moi avec l’entrée en scène de Marie, même si le premier chapitre était essentiel pour bien planter le décor. Pour ce qui est du reste, c’est une histoire assez typique des romans d’amour : une attirance qui se mue en passion, une crise puis une réconciliation avec à la fin, une résolution. On trouve quelques passages assez invraisemblables comme le moment où les convives mangent tous ensemble à la bien mal nommée Vivetière et Bleus et Blancs ripaillent dans la joie et la bonne humeur. Alors mec, comment te dire que la haine était tellement ancrée entre ces deux factions que c’était juste NO WAY ! On parle d’un épisode qui se déroule après les Guerres de Vendée, les terribles « colonnes infernales », les massacres et les pillages un peu plus au Sud alors je doute fort que tout ce petit monde puisse s’entendre autour d’un verre de cidre.

Au final, c’est surtout l’histoire d’amour qui donne corps au récit et je crois que Balzac a appelé son roman Les Chouans uniquement parce qu’il n’assumait pas d’écrire un roman d’amour…

Personnages :

Ah, comment parler des Chouans sans aborder ces deux superbes personnages que sont Marie, duchesse de Verneuil et Alphonse, Marquis de Montauran ? Ce sont eux les réels moteurs de cette histoire et je vous le dis, ce seront vos deux meilleurs amis pour les 440 prochaines pages parce que vous n’entendrez parler que d’eux.

On a d’un côté un beau jeune homme, marquis de son état, un peu séducteur, galant et aimant les histoires de coeur comme seuls le pouvaient les nobles issus de l’Ancien Régime. Il est rieur, plutôt gai et léger mais un tantinet inconstant parfois. On le décrit également comme un homme d’une grande bravoure et un grand chef militaire.

Marie de l’autre côté est un personnage assez particulier, une magnifique femme à l’esprit libre et indépendant. Elle se bat au même titre que Montauran mais ses armes sont toutes autres : elles sont les intrigues, son charme et ses toilettes car elle sait le pouvoir qu’elle exerce sur le sexe moche. Elle est extrême, passionnée, emportée et tumultueuse, elle accepte cette mission qui pourtant la répugne uniquement pour quitter la misère et apporter un peu d’exaltation dans une vie qu’elle trouve décidément bien plate….Elle nous le dit, elle n’éprouve aucun intérêt pour la famille et autres valeurs matrimoniales, elle ce qu’elle veut c’est du frisson de ouf, du danger, de la passion, de la vengeance et du mouvement, ce en quoi elle sera servie. On regrette uniquement son côté versatile un peu un jour oui et le lendemain non mais comme le disait François Ier « Souvent femme varie, bien fol est celui qui s’y fie« .

Deux jeunes gens qui ne pouvaient que se rencontrer et s’aimer même s’il eut fallu qu’ils le fassent dans des circonstances moins troublées…

Style :

Balzac, c’est un peu Zola, mais en pire. C’est encore plus descriptif, encore plus chiant, et un peu moins élégant, surtout dans ce roman de jeunesse ou sa plume n’était peut-être pas encore tout à fait acérée. Alors pourquoi le lit-on jusqu’au bout ? Parce qu’il écrit des putains d’histoire d’amour de ouf, des machins avec des tourbillons de passion et de sentiments ou on se dit à chaque page que c’est complètement démesurée et en même temps, c’est un sentiment tellement noble se dit-on qu’il insuffle à ses deux personnages que la démesure ne peut pas être un défaut. Je ne suis pas certaine de relire du Balzac à l’avenir, son style ne m’a pas vraiment donné envie de creuser plus loin.

Profondeur :

Voilà peut-être un point sur lequel le roman pêche car ce n’est très juste historiquement (les éditions annotées se feront une joie de vous relever toutes les incohérences et les anachronismes) cela ne nous apprend rien de différent sur les passions (à part peut-être qu’il vaut mieux faire payer les hommes et les femmes comptant si l’on ne veut pas qu’ils nous entourloupent…) et ce n’est pas non plus une révélation littéraire. Les Chouans retranscrit au final plus une atmosphère qu’il ne cherche à donner un compte-rendu fidèle. C’est un roman historique mais revisité à la sauce roman avec des tas d’intrigues toutes plus dingues les unes que les autres.

Accessibilité :

Est-ce un roman abordable ? C’est difficile à dire. A priori, le style est vieilli, un compliqué et parfois maladroit je trouve, moins élégant que la Princese de Clèves et moins littéraire que Zola, cela fait quand même 440 pages dont des pages que, je vous dis tout de suite, vous risquez de survoler (parce que me décrire des peaux de biquettes sur 20 pages, j’ai un peu envie de dire OSEF !). Il y a tout de même une histoire rythmée qui accusent relativement peu de temps morts une fois l’intrigue décollée.

Sexismomètre :

Sitôt que j’ai ouvert le livre, j’ai pris le parti de Marie de Verneuil parce que ce personnage qui pourtant accuse l’oppression patriarcale de son époque tire finalement joliment son épingle du jeu. Je me suis retrouvée dans nombre de ses idées et elle est un personnage intéressant, plutôt bien construit et remarquablement fort et indépendant. Il y a un point qui par contre me gonfle, c’est quand Balzac dit toujours « Les femmes font ceci… » ou « Elles font systématiquement cela… ». Mec, t’as peut-être pas percuté, mais t’as pas d’utérus alors cesse de me dire ce que font ou ne font pas les meufs en mode c’est une espèce curieuse endémique d’une contrée inexplorée que tu t’efforces de décrire en mode Buffon. J’ai pas de testicules (je crois pas du moins, même si le doute est permis quand je vois certains mecs) donc je ne vous dirai pas Messieurs vous êtes comme ceci ou comme cela. Déjà parce que j’en sais rien, et en plus parce que les hommes sont tous différents.

En Général :

Que dire donc de ce roman en dépit de tous les mauvais points que j’ai relevés ? Vais-je vous conseiller de le lire ? Avant de vous répondre, je vais vous dire un truc, c’est que ce roman, sans m’avoir jamais touchée au point de me faire pleurer m’a habité et continuera de m’habiter pour encore longtemps. Je ne saurais pas l’expliquer mais c’est à la fois une partie de mon enfance et quelque chose que je ne pouvais comprendre qu’avec la maturité (toute relative) de l’âge adulte. Je n’ai pas su le quitter et je suis restée avec Marie et Alphonse, avec lesquels je suis on a first-name basis, quelques part sur les hauteurs de Fougères. Peut-être est-ce dû à la fin si abrupte, peut-être est-ce dû à la fougue de ces deux jeunes gens, à leur emportement touchant qui nous rappelle, nous autres vieillards cyniques, que l’amour existe parfois – quelques fois- rarement…En fait, j’ai trouvé ça génial cette passion complètement excessive, même si c’est totalement irréel, ce truc qui vous chope comme une grippe, une espèce de lien fatidique comme une attaque de Pokemon (Prèlevement destin, l’attaque qui permet au lanceur de mettre l’adversaire KO si lui-même est au tapis). Je ne sais pas si le livre plaira à tout le monde, il faut avoir un penchant, une sorte de pente favorable pour aimer ce genre de livre mais moi en tout cas je l’ai adoré et une partie de moi n’a toujours pas accepté le fait que je l’ai fermé. Il est resté sur ma table de chevet et je n’ai presque pas envie de le reléguer sur ma bibliothèque, j’ai envie de le relire, même si c’est pas raisonnable. Bref, ce livre ne m’a pas quitté, ce n’est pas « Envoûtement à la Renardière » (qui est un poème de René Char, Loué soit son Nom) c’est « Envoûtement à la Vivetière ».

La Prochaine fois :

On va redescendre d’un étage, je vous fais découvrir la semaine prochaine un auteur que j’ai déjà abordé par le passé, un auteur que j’aime beaucoup dans un format beaucoup plus court cette fois. C’est l’histoire de deux hommes : un grand abruti et un petit futé, deux bonhommes en quête de travail et de fraternité dans les grands espaces de Californie, je ne vous dirais pas que l’un d’eux aiment un peu trop les souris parce que cela vous mettrait aussitôt sur la voie 😉

La Princesse de Clèves – Mme de Lafayette

Bonjour à tous ! Vous l’avez deviné, vous l’attendiez, voici la Princesse de Clèves, adoré par certains, détesté par d’autres, certains présidents se permettent même des commentaires sur ce chef d’œuvre considéré comme obscur voire inutile…Je ne l’ai pas lu par plaisir, non, à vrai dire sa couverture austère et les quelques retours que j’ai pu en avoir ne m’ont pas vraiment mis l’eau à la bouche. J’ai entendu préciosité, Mme de Lafayette, danger des passions, XVIIème et j’avoue, j’ai comme qui dirait l’autre grave flippé ma race. Je me suis imaginé une histoire bien mièvre, bien gnangnan et longue en plus de cela…En vérité…Eh bien c’était un peu ça, mais pas que. La suite dans mon billet :

Intrigue (La Princesse de Clèves pour les Nuls) :

En gros, c’est l’histoire d’une meuve grave bonne que tout le monde veut choper. Elle est belle, elle cause bien, elle est bien éduquée, elle a même eu son bac (ah j’oubliais, les femmes ne pouvaient pas passer le bac avant 1919…). Sa mère lui a dit de pas faire n’imp de son corps et de faire super gaffe à tous les boloss qui voudrait la serrer. Elle fait son entrée en société et là, elle croise un mec grave thuné qui s’appelle le Prince de Clèves et il lui dit qu’elle est charmante et après lui avoir proposé une glace à la menthe, il lui dit « Rappelle-toi que c’est moi que je t’ai vue le premier ! ». Après quelques intrigues à la té-ci Henry II (j’ai nommé ‘la cour du Roi de Navarre Henry II’), elle épouse le Prince de Clèves mais en fait, bah elle a pas les papillons quoi. Le mec lui est trop à fond, mais elle, elle elle n’a d’yeux que pour le roi de la cité : le Duc de Neymours. Le Duc de Neymours, c’est le tout grand, le tout beau, tout le monde le voit, tout le monde le connait parce qu’il est mieux que tout le monde même si c’est un peu un dalleu (en gros un chaud lapin quoi…). Là, on lui dit que c’est elle qu’il aime vachement beaucoup, même qu’il a plaqué toutes ses autres meufs alors mine de rien, bah elle se fait quand même des espoirs la Princesse. Sa mère meurt après une mauvaise fièvre, un grand méchant coronavirus avant l’heure et avant de casser sa pipe, elle lui dit qu’elle a pas intérêt à se compromettre avec n’importe qui parce qu’elle sent bien qu’elle fait les yeux doux au Duc et qu’en gros elle préfère crever maintenant que de la voir perdre sa réput’ plus tard. Et là qui c’est qui vient la consoler ? Le Duc de Neymours. Le Prince de Clèves voit un peu que dalle tant il est persuadé que sa femme c’est la Vierge Marie. Arrive l’histoire d’un sexto malencontreusement envoyé…(une lettre quoi…). Tout le monde croit que c’est le Duc de Neymours qui l’a écrit alors là la Princesse de Clèves elle est bien dégoûtée parce qu’elle pensait que lui il l’aimait pour de vrai et pour la vie quoi, comme dans les films et qu’il allait l’emmener au Do Mac manger un Mac Fleury aux cacahuètes avec vla le coulis…Mais en fait, et bah c’est même pas lui qui l’a écrit, c’est son pote le Vidame de Chartres. Le Vidame de Chartres il s’est grave embrouillé avec ses meufs et il a écrit un sexto à une nana alors qu’il en draguait une autre (et ça, c’est contre l’étiquette du parfait boloss de la cour) et il lui demande de dire à tout le monde que c’est lui qui l’a écrit ! Alors là, le Duc lui dit « t’es bien gentil mec, mais je suis en train d’essayer de choper une meuf alors si tu me crames avec tes conneries, j’aurais bien le seum, donc tu fais ton bonhomme et tu portes tes couilles ». Vient une histoire un peu compliqué avec la lettre dont je ne me rappelle pas tous les détails (et la Princesse de Clèves fourmille de petits détails dans ce genre tant ces gens se faisaient chier à la cour…) et le Duc de Neymours et sa Princesse se mettent d’accord pour la réécrire selon leurs souvenirs pour la remettre à une des intéressées, la Reine je crois ou sa soeur…Les intrigues continuent un peu, tranquille quoi , et à un moment, la Princesse elle se dit qu’elle est tellement trop à fond sur le Duc qu’il faut qu’elle se barre parce que sinon, bah elle va faire une bêtise genre lui rouler un patin derrière un camion-poubelle. Elle prétexte des maladies, des indispositions, et quand elle arrive à court d’excuses, elle se retire dans la campagne. Là, elle déballe tout à son mari, sans savoir que le Duc de Neymours, qui en plus de pousser à mort le truc est un voyeur parce qu’il s’introduit chez elle pour l’espionner, observe tout la scène. Elle lui dit qu’elle est tombée sous le charme d’un mec mais elle lui dit pas qui (mais il finira par deviner de qui il s’agit). Au début, le Prince est trop dans le mal mais après il se dit qu’après tout, elle a été honnête, elle lui a tout dit et aucune faute n’a été commise. Il laisse donc sa meuf à la campagne et lui retourne à la cour. Un peu plus tard, le Roi Henry II meurt après avoir reçu un tir de flash-ball des keufs (un éclat de lance pendant un tournoi) et les hommes doivent accompagner le nouveau roi se faire sacrer. Le Duc de Neymours il est tellement à fond qu’il se dit qu’il va rentrer avant l’heure et faire un petit détour par chez la Princesse, sauf que le Prince décide de le faire suivre. V’la le Duc parti, il mate la Princesse chez elle dans sa chambre et elle lui a chouré sa canne sur laquelle elle enroule des rubans…Si vous voyez pas l’IMMENSE symbole phallique, c’est que vous le faites exprès et je peux plus rien pour vous. Le Duc est tout content mais la Princesse, croyant l’entrapercevoir (ce qui est vrai d’ailleurs…) se cloître dans sa chambre et n’en sort plus. Le Duc revient donc à Paname, suivi du copain du Prince. Le brave type raconte tout à son pote le Prince sauf qu’il lui raconte une version incomplète (que le Prince ne le laisse pas finir en fait…) et le Prince est persuadé de l’infidélité de sa femme. Il tombe malade lui aussi et meurt…De chagrin en gros. Et là, quand on croit que ENFIN elle va pouvoir serrer le Duc de Neymours et se marier avec lui, elle le rencontre et lui dit « Y a pas moyen gros, mon mec il est mort à cause de nos conneries et pis moi, bah j’ai pas envie d’aller cramer en enfer donc que dalle, je me retire dans un couvent et j’y finis ma vie ». Le Duc force et force, mais rien à faire, elle y reste dans son couvent et elle montre bien à tout le monde que c’est elle la belle colombe bien vertueuse et bien honnête (mais un peu mal *%@# tout de même, parce qu’elle a grave le bec dans l’eau maintenant). Il continue de l’aimer pendant un temps…Avant de voguer vers d’autres aventures et c’est la fin de notre histoire.

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

C’est une intrigue assez classique des romans sentimentaux : une passion secrète qui se noue entre deux jeunes gens de façon irréversible, un obstacle, une sorte de joute amoureuse, jeu de course-poursuite en mode « Fuis-moi, je te suis – Suis moi, je te fuis »…On retrouve des passages certes un peu convenus comme la fausse lettre qui fait croire à l’infidélité du Duc de Neymours, seulement pour le retrouver plus fidèle et plus ardent prétendant encore…On regrettera peut-être les digressions qui sont une espèce de tentative de Mme de La Fayette pour inscrire son roman dans un contexte historique, on retrouvera donc Diane de Poitiers (qui se faisait des élixirs de beauté avec des pigeons broyés…Si, si…), Elizabeth Ist, Reine d’Angleterre, la célèbre « Virgin Queen », Henry II…Mme de La Fayette avait au moins le mérite d’avoir crée une sorte d’oeuvre unique en son genre puisqu’il s’agissait du tout premier roman, vous le savez sans doute.

Profondeur :

La façon de traiter cette passion quant à elle est assez inattendue puisqu’elle vise à divertir (c’est certain, sinon pourquoi d’aussi jeunes et jolis gens promis l’un comme l’autre au meilleur, autant de retournements de situation destinés à les rapprocher uniquement pour les séparer un peu plus loin, au grand émoi du lecteur…?) autant qu’à instruire. Mme de Lafayette use de son roman pour prôner sa morale religieuse et l’idée qu’elle se fait de ce que doit être le bon goût et la bonne conduite d’une jeune fille. On retrouve les thèmes récurrents de l’apparence, du paraître et de l’intrigue, comme si tout à la cour n’était que faux-semblants et cancans. D’ailleurs, vous noterez que la Princesse de Clèves se réfugie à la campagne, comme pour y retrouver un peu de pureté et de naturel, loin de la cour…Ne vous étonnez donc pas si vous trouvez la Princesse excessivement austère dans sa conduite, c’est un parti pris de l’auteure et si on s’attend à ce qu’elle se fasse le Neymours à la fin…Eh bien non ! Elle se retire dans un couvent et lui demande de ne plus jamais lui rendre visite. Je me souviendrais longtemps je crois de ce passage un peu ridicule dans lequel la Princesse bichonne une canne qu’elle a autrefois volé à Neymours en lui attachant des rubans en chantonnant alors qu’elle est elle-même vêtue légèrement et vient de passer la journée à contempler un tableau d’une scène historique qu’elle a acheté à grand frais uniquement parce que son cher et tendre y apparaît. J’ai failli m’étouffer de rire, ce que je n’aurais pas cru possible à priori en entamant la lecture d’un tel livre !

Style :

Vous vous en doutez, c’est beau, c’est très beau même, c’est bien écrit c’est très fin et la délicatesse ainsi que la pertinence avec laquelle Mme de La Fayette décrit les transports amoureux de sa Princesse font vite oublier que c’est long et dur d’abord. Le style est évidemment daté mais pour peu que vous ayez l’habitude des classiques, vous vous y ferez très vite car il reste très élégant.

Personnages :

la Princesse est un personnage assez fascinant et plutôt attachant même si elle perd un peu ma sympathie dans les dernières pages par sa dureté morale qui confine l’absurde. Elle est droite et vertueuse, ne cède pas à sa passion et préfère rester fidèle à son époux qu’elle respecte, même si elle ne l’aime pas, c’est tout à son honneur. Son esprit, la beauté de son langage et sa pudeur en font un personnage sympathique aux yeux du lecteur, modèle de pureté et parangon de vertu. Le Duc quant à lui est assez stéréotypé et on sens bien que ce n’est pas le héros du roman, il sert davantage d’obstacle destiné à éprouver la morale et la vertu de la belle. C’est un ancien coureur de jupons invétéré repenti sur le tard et devenu transi d’amour (on te croit vachement !), preuve selon Mme La Fayette que la passion peut vraiment nous faire tourner la tête. Evidemment, comme dirait le camarade Brassens « Le ciel l’avait pourv[u] de mille appâts qui vous font prendre feu dès qu’on y touche« .  Il est beau, il est charmeur, il cause bien et il lui fait une putain de cour comme jamais sans doute vous n’avez été courtisé(e) (ou alors vous avez bien de la chance !). Une cour que je ne sais plus qui qualifiait d’aussi ardente que respectueuse.

Accessibilité :

Pour tout vous dire, le jeune que j’accompagne pour la lecture de ce roman a poussé un profond soupir de découragement et de dépit mêlés lorsque je lui ai montré la couverture et l’épaisseur du roman. Pourtant, c’est un roman relativement court et plutôt facile j’ai trouvé, mais peut-être est-ce parce que j’ai l’habitude donc mon idée du facile n’est sans doute pas celle d’un lycéen lambda (si tant est qu’une telle chose existe) un peu rétif à la littérature.

Sexismomètre :

Une des raisons pour laquelle ce classique est beaucoup lu dans les établissements je crois, c’est parce qu’il a été écrit par une femme, chose rare. De ce fait, elle parle des choses qu’elle connaît : la cour et ses intrigues et la cour, c’est un milieu curieusement très féminin ou même les hommes sont un peu féminisés. Tout se joue sur l’élégance, sur l’apparence et sur les histoires de fesses des hommes et femmes de la cour, un milieu qu’on peut considérer comme féminin donc avec tout ce que cela comporte de péjoratif et de mélioratif.

Général :

Curieusement, et malgré tout ce que j’en ai dit…J’ai beaucoup aimé. Mme de Lafayette est un peu à la littérature ce que le macaron est à la pâtisserie : j’en boufferais pas cinquante parce que c’est lourd, c’es sucré et écœurant, mais juste un ou deux…Putain que c’est bon. C’est fin, c’est délicat, c’est beau, c’est raffiné, élégant. J’ai lu le livre d’une traite presque en quelques après-midis. Je ne pouvais plus m’arrêter tellement je voulais savoir si elle le chopait le Neymours à la fin (et en fait déception : NON !). En plus c’est remarquablement bien écrit donc ça passe d’autant mieux. J’ai frémi avec la princesse de la lucidité avec laquelle elle se voyait submergée par la force de cette passion qui frappe en plein cœur cette âme trop jeune pour être endurcie, trop impressionnable. J’ai été émue un peu, charmée beaucoup. J’ai été transportée l’espace d’un dimanche après-midi dans les intrigues futiles de la cour, dans un espace qui a pour seul géographie la Carte de Tendre…Lisez-le au moins une fois dans votre vie, mais pas en 6ème, cela va vous dégoûter. Lisez ça quand vous aurez un peu vieilli, car ce lire doit se goûter et s’apprécier à la lumière de vos propres expériences. Désormais, je vous le dis fièrement ⇓

JelislaprincessedeClèves

La Semaine Prochaine :

Ce qui est cool quand on est confiné chez soi parce que l’établissement est fermé pour cause de pandémie, c’est qu’on peut en écrire des chroniques ! La semaine prochaine donc, restons dans la corde historico-sentimentale avec un autre roman du début du XIXème. Je vous dis Père du réalisme, je vous dis guerre civile meurtrière entre royalistes et républicains et enfin, je vous dis, intrigues politiques et amoureuses vous me répondez…?