Le Plus étrange des anniversaires : Birthday Girl, Haruki Murakami

Ce dimanche, nous nous retrouvons autour d’une nouvelle très courte, à peine plus de cinquante pages dans sa version illustrée. Je suis en train de terminer la lecture d’un gros pavé particulièrement chiant (je prépare d’ores et déjà une critique assassine…) et je n’ai guère le temps pour autre chose que des histoires courtes et des jeux vidéos en ce moment…Je vous présente Birthday Girl de l’écrivain japonnais Haruki Murakami.

Une superbe édition cartonné comme je les aime pour cette nouvelle histoire de Murakami, le maître de l’étrange souvent décrit comme le plus occidental des auteurs japonnais. On retrouve encore une fois les talents de traductrice de Hélène Morita ainsi que les magnifiques illustrations de l’illustratrice allemande Kat Menschik. Un super trio.

Les Illustrations :

Comme pour l’Etrange Biliothèque, les illustrations sont encore une fois magnifiquement travaillées, toujours soignées, toujours à propos. Ces feuillets de couleur rouges et blancs accompagnent à merveille la nouvelle, un peu comme le bon vin et le fromage. On ne retrouve pas les reflets impressionnant que l’on pouvait observer dans l’Etrange Bibliothèque mais l’illustratrice travaille encore une fois par juxtaposition d’images les unes sur les autres. On admirera cette fois-ci le rendu de la lumière et des ombres, une petite tâche blanche sur les ongles, une bande blanche sur la jambe et c’est tout le dessin qui s’anime. J’aime beaucoup personnellement le côté très simple, très épuré des illustrations qui colle bien au style de Murakami. Les images donnent une dimension supplémentaire au texte en insistant sur certains passages, certains descriptions…

L’Intrigue :

Murakami vous propose de revenir sur les meilleurs années de votre vie et en particulier votre vingtième anniversaire, un jour semblable à aucun autre selon l’un des personnages. Par le truchement d’une narration à la première personne très discrète, le maître vous invite à la réflexion et à l’introspection en vous posant la question suivante : si vous pouviez demander une chose, n’importe laquelle, faire un vœu, que désiriez-vous ? Voudriez-vous changer d’apparence, être plus intelligent(e) ? Croiriez-vous un inconnu qui vous affirme pouvoir réaliser votre souhait le plus cher ? Accepteriez-vous seulement de vous prêter au jeu ou repousseriez-vous l’inconnu avec un sourire en le traitant d’enfant ? Regretteriez-vous de ne pas avoir souhaité autre chose ? Autant de questions auxquelles Murakami s’intéresse avec son goût habituel pour l’étrange et le fantastique…

C’est l’histoire d’une jeune femme qui travaille à mi-temps dans un restaurant italien d’un quartier chic de la ville. Elle a la vie devant elle, elle est étudiante, elle est jeune, elle est belle et elle est actuellement dans une sorte de creux, un passage à vide comme nous en connaissons-tous à un moment ou à un autre. Elle est loin de ses parents et elle d’est disputée avec son petit ami, c’est son anniversaire mais personne ne l’attend et elle s’apprête à vivre une journée ordinaire comme elle l’explique à sa collègue souffrante qu’elle doit remplacer ce jour là.

Nous avons donc à première vue un personnage très terre à terre, travailleuse et raisonnable solidement ancrée dans sa routine. Elle décrit avec beaucoup de précisions ses collègues dont la femme chargée des encaissements et des appels téléphoniques vissée depuis des temps immémoriaux à son bureau, toujours égale à elle-même, réglée comme du papier à musique, aucune parole, aucun sourire, rien, une sorte de robot…Il y aussi son directeur qui se plie tous les soirs au même rituel : à huit heures précises, tous les soirs, il apporte son dîner au propriétaire du restaurant qui habite l’immeuble. Personne d’autre que lui n’a le droit de le faire, il est donc le seul à savoir à quoi ressemble le propriétaire. Ce dernier mange toujours la même chose : du poulet, peu importe sa provenance, peu importe la cuisson ou l’assaisonnement…Il renvoie systématiquement son plateau sans le moindre commentaire quoi qu’on fasse.

Un événement va venir bousculer cette routine comme souvent dans l’univers de Murakami, une sorte de fausse note dans cette partition, et comme souvent elle est annoncée par une sorte d’événement extérieur qui signale le décrochage du réel, le glissement subtil vers un univers parallèle où tout est possible…Cette fois-ci ce sera la pluie, des pluies diluviennes, torrentielles, qui viennent battre contre le carreau, effarouchant tous les clients qui préfèrent rester au chaud chez eux.  Ensuite, ce sera le Directeur, un homme à la santé des fers qui sera pris d’une douleur a ventre et filera à l’hôpital en demandant à la serveuse de porter son repas au propriétaire à la chambre 604 selon un rituel bien précis.

La jeune femme fait ce qu’on lui demande. Elle porte son repas au propriétaire à huit précises et celui-ci lui propose de passer cinq minutes à sa compagnie. Affable, il la fait asseoir, lui propose de trinquer. Elle essaie de s’esquiver à plusieurs reprises, insistent, invoquant son travail au restaurant mais le propriétaire, un vieil homme élégant, très chic, très poli, la convainc de rester à chaque fois, un peu comme ci un destin plus fort qu’elle la garder dans cette chambre 604. Enfin, il lui fera une proposition tout à fait extraordinaire…Pour fêter son vingtième anniversaire, il lui propose d’exaucer un voeu, un seul, n’importe lequel…

Ma note :

Illustrations : B

De très belles illustrations, un magnifique travail de Kat Menschik qui et malheureusement un peu en dessous des superbes planches de l’Etrange Bibliothèque. Je regrette un peu le monochrome rouge et blanc qui toutefois collent assez bien comme je le disais au style dépouillé de Murakami.

Scénario : C

Un scénario à la fois classique et bien rodé : routine bien installée puis élément perturbateur et enfin réflexion sur ce que cela apporte à notre vie, en quoi elle s’en trouve changée ou non. C’est un peu simpliste, sans surprises mais cela fonctionne. Tout s’enchaîne avec cohérence et les événements mis bout à bout révèle la portée du roman.

Portée : B

Toute la magie de Murakami qui opère : des personnages pour le moins discrets, une intrigue classique, on ne sait pas ce qu’on a aimé dans ce roman et pourtant il laisse toujours en bouche une saveur particulière, la saveur douce-amère des réflexions sur l’existence peut-être…On apprécie la portée philosophique d’une nouvelle écrite à demi-mots comme une oeuvre abstraite qu’il nous reste à interpréter…

Personnages : D

Des personnages à peine visibles qui se sont au service du roman et non l’inverse. Les personnages sont souvent simples, dotées d’une ou de deux caractéristiques mais jamais trop fouillé, juste ce qu’il faut. Ce n’est pas un roman psychologiques et les personnages ne laisseront sans doute pas une grande marque sur votre esprit.

Style : C

Il était une fois, un auteur qui s’essayait à écrire un roman mais en dépit de toutes ses tentatives, ils ne parvenaient pas à trouver son style. Il délaissa donc sa langue maternelle, le japonnais et choisit de rédiger ses textes en anglais, un anglais très simple, très dépouillé, avant de les traduire en japonnais. Cette histoire c’est celle de Murakami et de ses phrases très courtes, limite télégraphiques. De petites touches chirurgicales qui brossent un décor, des personnages puis des intrigues, jamais une parole de trop. C’est très accessibles et en même temps très envoûtant. Difficile de noter un style comme celui de Murakami car ce n’est pas de la haute voltige littéraire et pourtant j’aime beaucoup…

Accessibilité : A

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une histoire difficile à lire. Les mots s’enchaîne de façon simple et limpide, à peine a-t-on le temps de se caler dans son fauteuil qu’on en a achevé la lecture…La littérature à portée de tous. Il n’y a aucune règle, tout est permis, chacun est lire d’interpréter la nouvelle comme il le souhaite.

Général : B

Une nouvelle sympathique avec laquelle on passe un bon moment, tant au niveau du texte que des illustrations. On rentre assez facilement dans l’histoire. Elle est un cran au dessous de l’Etrange Bibliothèque mais elle reste agréable.

En Bref :

Une nouvelle histoire courte de Murakami initialement tirée d’un recueil de nouvelles « Saules aveugles, femmes endormies » mais les éditeurs Belfond et 10/18 ne saurait résister à ce marché juteux qu’est la réédition avec un petit quelque chose en plus (des images, des notes explicatives, une nouvelle préface, etc…). Tout l’histoire tourne autour des désirs de l’être humain, du temps qui passe, de la réalisation de soi et de la rencontre avec l’étrange. Cette nouvelle et les interrogations qu’elle suscite laisse une impression agréable mais si on regrettera certaines parts d’ombre qui subsistent à la fin du roman. Murakami ne répond jamais  toutes les questions soulevées et il faut accepter ce voile de mystère pour plonger dans son univers. Je la conseille parce qu’elle est très courte, magnifiquement illustrée et on passe au final un bon moment, même si ce n’est pas sa meilleure.

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Un jeu qui sent bon les vacances : Super Mario Sunshine

Ce dimanche, j’eusse aimé vous parler d’un jeu de foot comme Fifa 2000 mais les jeux de sport n’étant pas ma tasse de thé, je préfère revenir vers les bons vieux classiques, les aventures du plus connu des plombiers à moustache : Mario !

Impossible de ne pas connaître la célébrissime licence, vous connaissez tous au moins Mario, sa petite salopette bleue et son T-shirt rouge, sinon Peach, Luigi, Boswer, Yoshi, Boo, les Koopa, bref, toute la flopée ! En revanche, vous ne connaissez peut-être pas ce très bon jeu sorti sur Gamecube en 2002 : Super Mario Sunshine.

C’est un des seul opus auquel j’ai joué si l’on exclut Mario Kart sur Wii et le très vieux Mario sur Gameboy dans ma toute petite enfance…Je ne suis pas une grande fan des jeux de plateforme de façon générale même si à l’occasion, un petit Rayman ou un petit Mario, ça a son charme…

C’est d’ailleurs un des seuls jeux de plateforme à proposer un (petit) scénario à proprement parler, c’est à dire une histoire qui se suit et dans laquelle on progresse au fil des niveaux. Vous incarnez bien sûr Mario et alors que vous vous apprêtez à prendre des vacances bien méritées sur l’île Delfino, vous vous retrouvez bientôt a coeur d’un complot…Un individu se faisant passer pour Mario enchaîne les actes malveillants : dégradations en tous genre, graffiti, destruction de l’habitat naturel des Piantas (les insulaires de l’île Delfino)…Vous êtes jugé en procès et condamné à nettoyer tout cela, armé d’une super pompe à eau :

Pompe à eau Mario.jpeg

Cette pompe à eau deviendra au fil des épreuves votre meilleure amie. Elle vous servira à la fois à nettoyer les graffitis, à vous débarrasser des casse-pieds, à planer brièvement au dessus d’un obstacle grâce à l’aéro-buse ainsi que quelques autres fonctionnalités que vous débloquerez plus loin dans l’aventure. La prise en main est assez intuitive et passées les premières heures de jeu, le contrôle de Mario, de la vaste étendue de ses cabrioles ainsi que de la pompe devient naturel.

Apprêtez-vous à parcourir l’île en long en large et en travers, à enchaîner les petits niveaux et les minis-jeux car le jeu est plutôt long. Vous débloquez des passages vers des lieux voisins de l’île, les Colline Bianco par example ou encore la Baie Noki qui est juste splendide. Les décors sont variés et travaillés, vous passez de falaises chargées d’histoire à une plage romantique illuminée par un coucher de soleil en passant par un hôtel, un petit village dans les montagnes, un port de pêche, un parc d’attractions…C’est coloré, c’est joyeux, c’est bon enfant et c’est un réel plaisir de découvrir à chaque fois une nouvelle facette de l’île Delfino et d’évoluer dans ces decors paradisiaques qui évoquent ô combien des vacances de rêve ! Voici ci dessous quelques images de ce jeu magnifique :

A chaque nouveau lieu ses huit niveaux que vous devez compléter dans l’ordre jusqu’au niveau 7 au moins pour débloquer la dernière phase du jeu, l’affrontement final…Vous devrez vous acquitter de mission aussi divers et amusants que du surf à dos de calmar, une fleur piranha qui crache de la boue, un Gigantesque Calmar qu’il vous faudra battre (oui les développeurs font une fixette sur le calmar…), une course de vitesse, quelques petits niveaux de plateforme qu’il vous faudra réussir sans l’aide de votre précieuse buse…Chaque niveau est récompensé par l’obtention d’un soleil, soleil qui illumine l’île Delfino et fournit l’énergie nécessaire aux habitants. Pour vous donner un ordre d’idée, alors qu’au début l’île toute entière est plongée dans l’ombre, à la fin il vous faudra des luettes de soleil pour ne pas être ébloui car à chaque nouveau soleil, le voile de ténèbres recule et la luminosité augmente.

De belles heures vous attendent avec ce titre ma foi fort sympathique. J’ai lu quelques part qu’il était réservé aux gamers hardcores mais très honnêtement, vous devriez en venir facilement à bout d’autant que les vies sont faciles à obtenir et le jeu n’est pas franchement vicieux comme peuvent l’être d’autres jeux. C’est un titre auquel j’ai joué et rejoué toujours avec le même plaisir, toujours avec la même envie, le même enthousiasme…Je ne peux que vous le conseiller en espérant que vous passerez comme moi un bon moment !

Ma Note :

Scénario : B

Un petit scénario certes simpliste mais bien suffisant, juste ce qu’il faut pour insuffler vie et cohérence au titre. Personne ne s’attend à un scénario de ouf en jouant à un jeu de plateforme de toutes façons…

Jouabilité : A

Étonnamment et en dépit du vaste éventail d’actions possibles, la prise en main est fluide et très facile. S’il vous faudra peut-être quelques heures pour maîtriser les sauts périlleux, les sauts sur le côté ou les charges au sol, une fois que vous vous serez familiarisé avec votre personnage, tout vous paraîtra automatique. Les possibilités sont immenses grâce à la pompe qui est un élément central. Vous ne pouvez accéder à certains endroits qu’en utilisant une pompe bien précise par exemple ou encore en ayant recours à l’aide Yoshi.

Graphismes : A

Je suis peut-être trop généreuse mais vraiment, les décors en mettent plein la vue. C’est vraiment un plaisir toutes ces couleurs et tous ces détails. Les fonds sont particulièrement travaillés dans les épisodes purement plateforme tantôt cubiques, clin d’oeil aux premières versions, tantôt mélancoliques comme le soleil couchant du casino…J’aime particulièrement le rendu de la boue. les nuances de couleur et les reflets…On a réellement l’impression de la consistance et du mouvement. Chose amusante d’ailleurs, votre personnage se salit lorsqu’il entre en contact avec la boue !

Bande-son : B

Quelques vieux titres remixés comme le mythique thème de Super Mario Bross ou encore cette musique légèrement angoissante lorsque vous entrez dans les égouts…La bande-son colle admirablement bien à l’atmosphère du jeu et chaque niveau a son identité musicale. Elle sera envoûtante pour la plage Sirena, mystérieuse pour l’hôtel, gaie pour le parc d’attraction…Je ne parle même pas des bruitages qui sont toujours très drôles, en particulier les dialogues avec les Piantas ou les cris indignés de la Princesse lorsque vous lui jetez de l’eau dessus (et on va pas se mentir, ça fait tellement plaisir de l’asperger cette espèce d’enquiquineuse !).

Durée de vie : B

Une durée de vie très correcte assez similaire aux autres titres de la console. Comptez autour d’une trentaine d’heures de jeu minimum, peut-être plus si vous souhaitez approfondir davantage, aller récupérer les soleils des plus retors des niveaux…

Général : A-

Un jeu très, très sympathique auquel vous devriez avoir plaisir à jouer. Seuls bémols, la caméra qui parfois à la fâcheuse manie de vous cacher le décor et peut-être la difficulté qui pourra en rebuter certains, surtout les plus jeunes.

En Bref :

Ne passez pas à côté de ce titre si vous aimez les jeux de plateforme. Vous serez conquis par l’île Delfino et ses merveilles, charmé par ses décors de carte postale…Le jeu peut-être dur par moments, j’ai du recommencer certains niveaux plusieurs fois mais le jeu vous enchante tellement au final que vous prenez plaisir à réessayer. Je suis de ceux qui aiment les défis de toutes façons et la difficulté élevée loin de me rebuter me séduit. N’hésitez pas si vous en avez l’occasion de jouer à ce titre, vous reviendrez m’en donner des nouvelles 😉

Le K : Dino Buzzati

Ce dimanche, je m’essaie au recueil de nouvelles avec « Le K » de Dino Buzzati, un auteur italien du XXème siècle relativement connu. Vous connaissez peut-être du même auteur « Le désert des Tartares » que je n’ai pas encore lu. Dino Buzzati était journaliste de profession et beaucoup de ses nouvelles se déroulent dans le milieu de la presse.

Le K 2
Une couverture qui retranscrit bien l’atmosphère de la nouvelle..

« Le K », c’est un livre que j’ai commencé il y a plusieurs mois avec pour ambition d’en lire une nouvelle par jour, ce qui n’est pas compliqué parce que les nouvelles sont relativement courtes (5 pages en général, rarement plus…). En dépit de leur accessibilité, je n’ai pas réussi à accrocher à ces nouvelles et au lieu de 50 jours pour les 50 nouvelles, c’est plutôt quatre mois que cela m’aura pris…D’ailleurs, une petite anecdote : j’ai commencé à rédiger cet article fin mars et je n’ai cessé depuis de repousser la date de publication jusqu’à aujourd’hui où je vous annonce fièrement que j’en suis (péniblement) parvenue à bout.

Quelques mots sur les nouvelles…

« Le K » est un recueil de nouvelles fantastique. Le fantastique pour rappel, ce n’est pas les vampires et les loups-garous ni les vaisseaux spatiaux, les tirs de laser et les robots comme j’ai pu l’entendre dans la bouche d’un « libraire » (ce qui m’a fait saigner des oreilles…), le fantastique c’est un événement surnaturel qui fait irruption dans le réel et vient le bousculer. Le surnaturel est souvent vu comme étrange, menaçant et déstabilisant, le fantastique s’oppose donc au merveilleux ainsi qu’à la fantasy dans lesquels le surnaturel est accueilli avec indifférence (comme dans la fantasy) ou émerveillement (comme dans les contes de fées et par extension merveilleux). La nouvelle typiquement fantastique, c’est Le Horla de Maupassant par exemple dans lequel le narrateur est possédé par une sorte de mauvais génie.

Dino Buzzat nous présente donc 50 nouvelles dans ce recueil d’histoires courtes dont la plus célèbre est sans doute « le K » qui reprend l’idée du destin manqué, un thème cher au coeur de l’écrivain italien : vous passez toute votre vie à poursuivre des chimères pour vous rendre compte au seuil de la mort que vous êtes passé à côté de votre vie et de ce destin qui vous tendez pourtant les bras…C’est trop tard pour regretter de toutes façons puisque vous êtes bientôt mort, il ne reste plus qu’à attendre la mort dans la désillusion et l’amertume. C’est un thème que l’on retrouve dans nombre de ses nouvelles de même que dans « Et si ? » qui raconte l’histoire d’un homme qui a tout, il est l’homme le plus puissant, le plus riche et le plus influent mais il croise au sortir d’une réunion une jeune femme sous le charme de laquelle il tombe instantanément et il se rend compte alors qu’il a négligé le plus important en dépit de ses réussites : l’amour…

On retrouve également le thème de l’absurdité de la vie que l’on retrouve dans « Général Inconnu » et celle de la vieillesse (« Chasseurs de vieux« ). Les nouvelles ont toutes ou presque un aspect fantastique et ce petit élément surnaturel qui laissent lecteur et personnages également désemparés permet à l’auteur de questionner nos vies et notre condition d’humain. Les thèmes de la cruauté, de la poursuite de l’autre, des armes et des conflits est également très présent (« Pauvre petit garçon », « Teddy boys », « L’oeuf »…). Dino Buzzati tend à critiquer la violence comme futile et parfois destructrice, y compris pour celui ou celle qui l’exerce.

Certaines nouvelles m’ont vraiment charmées, d’autres m’ont déplu ou m’ont parues sans queue ni tête. Si je devais donner un top 5 de mes nouvelles favorites je dirais « Pauvre petit garçon » qui est excellente de par sa chute inattendue, « Les deux chauffeurs » qui m’a touchée personnellement, « Suicide au parc » qui est une belle histoire qui oppose la dévotion absolue d’un côté et de l’autre l’indifférence, la futilité des sentiments amoureux, l’Oeuf » qui parle des différences sociales, et enfin « Le Jardin » pour ses enjeux écologiques. Je vous les conseille vraiment si vous voulez entrer dans l’univers de cet auteur, elles sont selon moi les plus réussies mais d’autres vous parleront peut-être davantage selon votre sensibilité.

Ce que je peux dire d’une façon générale, c’est que DinoBuzzati a vraiment un don pour les histoires courtes. Il parvient en quelques phrases à nous faire saisir les enjeux de la nouvelle sans fioritures ni descriptions inutiles. Ses nouvelles sont toujours ou presque des métaphores qui prétendent par l’intermédiaire de la mise en scène et des éléments fantastiques questionner la relation amoureuse, le sens de la vie, notre condition humaine…Bref, autan de thèmes qui touchent profondément l’être humain. Il a un don certain pour la chute et absolument toutes sont complètement inattendues. Ce sont toujours les dernières lignes qui tout en vous prenant complètement au dépourvu, éclairent tout à coup la nouvelle en leur insufflant sens, portée et cohérence.

Ceci étant dit, on va pas se mentir, certaines nouvelles sont complètement absurdes, d’autres présentent une vision des choses à laquelle je n’adhère, mais alors vraiment pas. Dans « Le petite Circé » par exemple, on montre une sorte de stéréotype de la femme fatale qui séduit les hommes, les mène par le bout du nez avant de les changer en caniche, en petits animaux de compagnie dociles (métaphore, quand tu nous tiens…) qu’elle traite avec la plus grande cruauté. alors, oui, j’ai compris le message, nous les femmes sommes de viles manipulatrices séductrices et superficielles mais de par mon expérience de femme, je pense pouvoir affirmer que les hommes ne se comportent pas de façon beaucoup plus honorable. D’une façon générale, il y a une vision de la femme qui est comme d’habitude réductrice et insultante mais je commence à avoir l’habitude…Les femmes sont souvent en arrière-plan, elles n’ont pas de réel rôle et lorsque c’est le cas, elles ne servent qu’à plaire aux hommes. D’ailleurs, c’est amusant, elles sont souvent mentionnées comme faisant partie d’un trio : femme, argent, pouvoir…La femme n’est qu’un outil servant à faire son auto-promotion, un peu comme une belle voiture et on retrouve là les prémices de « Suicide au parc« …

Les thèmes abordés également sont très lourds et attendez-vous à badder sérieusement en refermant votre livre…Gardez vos anti-dépresseurs à proximité parce que c’est une vision de la vie noire, mélancolique et déprimante. En fait, je pense que c’est l’aspect qui m’a le plus déplu avec le format nouvelles indépendantes les unes des autres dont je ne suis vraiment pas fan (j’aime qu’il y ait une cohérence entre les différentes parties d’un même tout et ici ce n’est pas le cas. Il n’y aucune unité de lieu, de temps ou de personnages et il faut une certaine gymnastique de l’esprit pour passer en quelques pages du coq à l’âne sans cesse…). Si ce n’était ces quelques nouvelles qui ont selon moi sauvé ce recueil, ma critique aurait été beaucoup plus sévère.

Ma Notation :

Les Intrigues : B

Les intrigues sont pour la plupart très bonnes. L’auteur maîtrise parfaitement les ressorts de la nouvelle et il a l’art de la chute. Dommage que ce recueil soit émaillé de quelques histoires inintéressantes, moins réussies, moins marquantes ou tout bonnement incohérentes.

Le Style : D

Beaucoup aiment le Style de Dino Buzzati, personnellement je n’aime pas du tout. C’est trop concis pour moi. Le style est plus informatif que littéraire et peut-être doit-il cela à sa formation journalistique. Je trouve ça assez plat, sans élégance et sans raffinement. Je dirais même que c’est un auteur qui n’a pas de style ou du moins il n’a pas d’identité stylistique.

La Portée : C

Je suis obligée de reconnaître qu’il y a bel et bien une portée derrière chacune de ses nouvelles. Toutes nos questionnent. Pourtant, j’ai été assez peu sensible à cette vision noire et déprimante de la vie.

L’Accessibilité : B

Un recueil de nouvelles très accessible même aux petits lecteurs. les nouvelles sont courtes et on peut les lire une par une ou bien commencer par la dernière, faire une pause ou tout lire d’une traite…Je dirais que c’est une très bonne lecture si vous n’aimez pas lire. Le style est très réaliste, vous ne devriez pas vous retrouver noyé sous le vocabulaire littéraire. L’aspect fantastique peut déplaire à certains qui le trouveront un peu perché, personnellement je trouve que Dino Buzzati maîtrise bien le fantastique alors ce n’est pas pour me déplaire.

En Bref :

Une agréable petite lecture du soir si vous voulez vous en lire une par jour avant de vous endormir. Les thèmes vous feront sans doute réfléchir, ils incitent au questionnement et à l’introspection. La lecture promet d’être ardue si comme moi vous aimez les belles choses, les belles lettres et les intrigues cohérentes mais n’hésitez pas à en lire quelques nouvelles pour vous faire votre propre idée…Après tout, je n’ai pas la science infuse en matière de littérature, loin de là !

Meurtre en Mésopotamie, Agatha Christie

Ce dimanche, je vous présente une des plus effrayantes histoires qu’il m’ait été donné de lire : Meurtre en Mésopotamie. J’ai découvert ce roman pour la première fois sur le petit écran dans l’adaptation d’Hercule Poirot par David Suchet et cet épisode en particulier m’a traumatisée. J’ai toujours été une grande fan d’Hercule Poirot, je me souviens encore de quand ça passait à la télé et cela avait un délicieux goût d’interdit lorsque mes parents m’autorisaient à me coucher un peu plus tard pour regarder les enquêtes du célèbre détective belge…Les premières notes un peu jazzy du générique suffisaient à me faire accourir depuis ma chambre jusqu’au salon…Seulement voilà, un jour j’ai découvert Meurtre en Mésopotamie et celui-ci plus que tous les autres m’a fait faire des cauchemars et j’ai longtemps attendu avant de me plonger dans la lecture de cet épisode en particulier. Il y a d’abord la violence extrême avec laquelle les victimes sont assassinées : l’une avec une meule à grain, l’autre à l’acide…Il y a également l’atmosphère très particulière du roman, l’Irak, la chaleur, la poussière et bien sûr les excavations, les artefacts, les squelettes, les fouilles…Pourtant, au delà de son aspect effrayant, Meurtre en Mésopotamie et aussi l’une des intrigues d’Agatha Christie les mieux construites…

Il y a quelques mois, à l’occasion d’un voyage à Liverpool, j’en profite pour faire quelques emplettes, les livres et VO étant toujours difficiles à obtenir en France. J’entre dans ma librairie favorite et là, bien sûr, je craque ma tirelire et achète plusieurs livres et en couverture rigides s’il vous plait ! J’achète Le cadavre dans la bibliothèque dont je vous ai déjà parlé ici et Meurtre en Mésopotamie que voici.

L’intrigue (/!\ Attention, quelques spoilers mineurs)

Notre histoire commence avec une infirmière, l’infirmière Leatheran qui a été sollicité par un célèbre archéologue, le Docteur Leidner pour prendre soin de sa femme, Mme Louise Leidner qui souffre de troubles de l’anxiété. Avant même de rencontrer sa patiente, elle entend sur elle toutes sortes de ragots. Mrs Leidner surnommée « Lovely Louise » est une femme magnifique et pleine de charme, une femme qui aime être au centre de l’attention. Certains prétendent que ses frayeurs ne sont qu’une façon pour elle d’attirer l’attention, d’autres comme le Docteur Leidner soutiennent qu’elle a réellement peur pour sa vie…Difficile de démêler le vrai du faux.

L’infirmière rencontre Mrs Leidner dans les baraquements qu’occupent les membres de l’expédition. C’est une femme charmante, très jolie, agréable et douce. Encouragée à la confidence par le tempérament généreux et maternel de l’infirmière, Mrs Leidner lui avoue qu’elle reçoit depuis quelques temps tout un florilège de lettres menaçantes. Tout a commencé quand durant la guerre, elle s’est fiancée à un Allemand Frederik Bosner. Elle a malheureusement découvert qu’il était un espion à la solde de l’Allemagne et l’a dénoncé. Son père qui travaille pour le gouvernement lui dit qu’il devait être fusillé mais est parvenu à s’échapper pour trouver la mort dans un accident de train. No harm has been done puisqu’il est finalement mort d’une façon ou d’une autre de l’avis de son père mais est-il vraiment mort ? Il a échappé à une fusillade, ne pouvait-il pas échapper également à un accident de train ? Toujours est-il qu’alors que Mrs Leidner est sur le point de se remarier, elle reçoit une lettre la menaçant de mort si elle trahit la mémoire de Frédérik Bosner en se remariant à un autre et cela ne s’arrête pas là…A chaque fois qu’elle se lie avec un homme, elle reçoit une nouvelle lettre…

Les années ont passées et Louise Leidner a épousé le Docteur Leidner et cette fois, aucune lettre à l’horizon…Elle vit presque deux ans sans rien recevoir et un matin, une nouvelle lettre prétendument de Frederik Bosner lui disant qu’il ne l’a pas oubliée…Elle a trahi sa mémoire et doit mourir puis une seconde lettre avec pour seul message « Je suis ici« . C’est déjà suffisamment effrayant comme cela sans même mentionner le masque blanc qui apparaît parfois à la nuit à sa fenêtre et les mystérieux grattements qu’elle entend sur son mur…Louise Leidner est terrorisée…Son ancien mari est-il revenu d’entre les morts pour la tourmenter ? Est-ce une farce macabre de la part des autres membres de l’expédition, dont certains semblent franchement la haïr ?

Toujours est-il que Louiser Leidner est retrouvée morte un après-midi étendue sur le tapis de sa chambre…Personne ne pouvait pénétrer dans la résidence, il n’y a qu’une seule entrée possible et c’est par la porte principale qui est surveillée…Tout porte à croire que c’est l’un des membres de l’expédition qui a fait le coup…

Mon avis :

Intrigue : B

L’intrigue est assez classique. Comme souvent chez Agatha Chrisitie, le passé rejoint le présent et surtout, il ne dort jamais. A l’image des ossements que l’on déterre du site des excavations nous révélant de précieux indices sur l’histoire, on apprend à travers les personnages le lourd passé de Louise Leidner. A chaque nouveau chapitre ce sont des nouvelles pièces du puzzle qui se mettent en place. Elles s’imbriquent les unes dans les autres jusqu’à former un tout cohérent que révélera le grand détective le moment voulu.

Personnages : A

La psychologie des personnages est fondamentale dans les enquêtes d’Agatha Christie et cette fois, l’histoire toute entière tourne autour du personnage de Louise Leidner, une femme puissante et charismatique qui semblent laisser une empreinte partout où elle va…Qu’elle suscite la passion, la haine, la jalousie, la peur ou l’attirance, une chose est sûre c’est qu’elle ne laisse personne indifférent. Impossible de résoudre cette enquête sans appréhender les grandes lignes de son caractère…

Atmosphère : C

Dès les premières minutes de son arrivée, L’infirmière ressent comme une appréhension, une certaine tension qui se manifeste surtout durant les repas…Personne ne se parle, l’atmosphère est lourde, pesante…Je regrette que cette atmosphère n’ait pas été davantage travaillée et on ne ressent pas l’angoisse et la tension qu’il y a dans un « Dix petits nègres » par exemple probablement parce que le personnage qui raconte l’histoire (ce qu’on appellerait dans le jargon un narrateur homodiégétique) n’est pas elle-même sensible ou impressionnable. C’est une jeune femme solide et cohérente, raisonnable avec les pieds fermement ancrés sur terre. Dommage qu’il n’y ait pas eu ce petit frisson que l’on ressent dans certains romans policiers…

Style : D

Le style est volontairement simple et informatif puisqu’il est raconté à travers les yeux de l’infirmière. Tout est fait pour coller au personnage et ce n’est pas un chef d’oeuvre littéraire. Il n’y aura pas ici de belles phrases, d’envolées lyriques ou de jolies images comme vous vous en doutez surement…

Accessibilité : A

Meurtre en Mésopotamie est une lecture très facile, très abordable. C’est rythmée, il y a beaucoup d’actions et tout est bien expliqué. Ce n’est pas très long, ce qui en fait une lecture idéale si vous ne voulez pas passer trois plombes sur un livre ou si vous êtes un petit lecteur. J’ajoute que c’est abordable en VO à condition d’avoir un niveau moyen. Il n’y a aucun vocabulaire spécifique et la syntaxe est simple.

Général : B

Une intrigue bien ficelée, des personnages dont la psychologie est cohérente, réaliste, Meurtre en Mésopotamie est un excellent roman dans son genre. L’enquête est bien menée, les indices laissés sur le chemin comme autant de petits cailloux blancs finissent par vous mener à la résolution du mystère…A moins que comme l’infirmière vous ne vous égariez dans les chemins de traverse.

En Bref :

Une lecture très simple, bien reposante et ma foi appréciable après avoir lu Anna Karénine qui ne joue quand même pas dans la même division, tant au niveau de la complexité que de la longueur ! Je l’ai lu très facilement et je suis contente de m’être replongée dans cette histoire qui avait laissé une telle impression sur mes jeunes années ! Disons juste que maintenant, j’y réfléchis toujours à deux fois avant de laisser un verre d’eau sur ma table de chevet, ceux qui ont lu ce roman sauront de quoi je parle je pense !

Plongée dans la Russie Impériale : Anna Karénine, Léon Tolstoï

Ce dimanche, c’est avec une immense fierté que je vous présente ce pavé de presque 1000 pages qui m’aura tout de même pris un certain temps à lire : Anna Karénine.

 

Un petit mot sur les couvertures et l’édition…

Voici les trois différents éditons d’Anna Karénine et d’ores et déjà, ce que je trouve assez intéressant c’est que toutes insistent sur une facette différente de ce personnage. Je pense que la couverture peut vraiment influencer votre lecture du personnage. Alors que dans l’édition livre de poche à droite (celle que personnellement je possède) on nous montre une femme un peu rêveuse sur un fond gris pastel qui évoque peut-être le froid de la Russie ou la fadeur un peu passée d’une réception mondaine, la deuxième, celle du milieu nous montre une belle jeune femme fière et richement vêtue qui nous défie du regard. Le décor fait davantage penser à la vitre d’un train, ce train qui aura un tel impact (littéralement en fait…Petite blague à part pour ceux qui ont lu le livre) sur la vie d’Anna Karénine…Enfin, l’affiche du film nous présente une femme désemparée, comme perdue entre deux hommes…Sa robe est rouge, la couleur de la passions et l’on voit déjà dans le fond le train qui se rapproche…Trois couvertures, trois différentes facettes d’Anna Karénine…Qui est donc cette Anna Karénine qui a fasciné la Russie ? Est-elle une séductrice libre et provocatrice, une âme en peine qui tente d’échapper à son destin, une femme victime de son époque ou les trois à la fois ? L’interprétation est libre.

L’Intrigue

Difficile de résumer l’intrigue d’un roman de 1000 pages en quelques lignes sans en révéler les twists. Anna Karénine ce sont deux histoires entremêlées, celle d’Anna Karénine, l’aristocrate épouse d’un fonctionnaire froid et sans originalité et celle de Lévine, Constantin Dmitriévitch ou Kostia, riche propriétaire terrien rousseauiste qui tentera durant tout le roman de réconcilier sa vision idéaliste du monde avec la réalité de la paysannerie pauvre de la Russie du XIXème siècle.

Du côté d’Anna, l’histoire commence avec son frère, Stipa (Stéphane Arkadiévitch Oblonski) qui a séduit la gouvernante au grand dam de sa femme, Dolly. Voici la riche maison aristocratique toute tourneboulée et Stipa fait appel à sa soeur afin qu’elle remette un peu d’harmonie dans son foyer. En arrivant, Anna rencontrera Vronski sur le quai de la gare (elle a voyagé avec sa mère dans le train). Ils échangent quelques paroles, le temps pour Vronski ainsi que pour le lecteur de se rendre compte qu’Anna, pour son plus grand malheur, est dotée d’une incroyable beauté et d’un charme incroyable…Elle restera quelques jours, le temps de rabibocher les deux époux et d’assister à un bal…Elle y dansera avec Vronki et cela scellera malheureusement leur destin à tous deux. Débutera une histoire d’amour auquel ils s’abandonneront malgré la morale extrêmement rigide de cette aristocratie russe…Nous suivront la déchéance d’Anna, une femme remarquable par sa soif d’indépendance et son amour de la vie, contrainte à l’ostracisme, mis au ban de cette société moraliste bien-pensante…

Parallèlement, on suit l’histoire de Constantin Lévine et je vous le dis tout de suite, ce sera votre personnage préféré. Constantin Lévine ou juste Lévine dans la narration est un riche propriétaire terrien qui s’efforce d’optimiser les rendements de son exploitation agricole par la modernisation et la bonne gestion de son terrain. Il tentera de concilier cela avec son souci du bien-être des paysans. Lévine contrairement à son frère aîné qui a une vision idéalisée du peuple ou de celle de certains autres propriétaires terriens qui les perçoivent comme de vulgaires bêtes de sommes, à peine mieux que du bétail, a une vision juste et non biaisée du peuple, sans angélisme ni démonisme. Sa vision est basée sur une observation empirique et une certaine compassion, un sens de l’écoute et une compréhension inné de l’être humain dont il saura tirer parti. Lévine, c’est également un homme fou amoureux de Kitty, la jeune soeur de Dolly. Il voit dans le mariage et la vie de famille une sorte d’harmonie idéale à laquelle il aspire. Lévine, contrairement à Anna (qu’il rencontrera symboliquement à la fin du roman) est un homme qui recherche la vie non pas horizontalement si je puis dire, c’est à dire dans les plaisirs de la vie, les restaurants, les clubs, les mondanités comme le fait Anna mais plutôt verticalement à travers une introspection et une réflexion sur les valeurs célestes et terrestres.

Il y aurait sans doute toute une analyse littéraire et psychologique à faire sur ces deux opposés que représentent Anna karénine et Constantin Lévine, personnage dans lequel Tolstoï a mis beaucoup de lui-même (la mort de son frère, l’anecdote sur le costume de marié…) mais ce n’est pas le propos de cet article aujourd’hui…

Ma Notation en lettres :

Scénario : C

Le scénario est à la fois simple et bien construit. Il n’y a aucune situation invraisemblable, aucun retournement de situation, si ce n’est peut-être la fin de la septième partie qui m’a surprise, j’ai trouvé que ça n’allait pas avec le personnage, sa soif de vivre, sa nature passionnée…Ce n’est pas le scénario qui fait la qualité de cette oeuvre car l’intrigue n’a rien de spécial, elle ne sert que de support à la partie plus métaphorique : l’univers du livre, la critique sociale, le portrait psychologique.

Profondeur : A

J’ai souvent lu qu’Anna Karénine c’était une belle histoire d’amour mais j’ai trouvé en le lisant que c’était tellement plus que cela…Anna Karénine c’est aussi la critique sociale d’une société moralisatrice et bien pensante, d’une bourgeoisie sclérosée qui, trop tranquillement installée dans son aisance ne voit pas sa propre déchéance…C’est le contraste frappant entre cette aristocratie mondaine qui profite des plaisirs de la vie, parfois jusqu’à se couvrir de dettes tandis que les paysans travaillent dur et dorment à même la terre battue dans leur misérables chaumières…La critique vient toujours de façon très habile à force de petites touches ça et là, une mise en perspective, une comparaison, une petite remarque bien sentie du narrateur…On sent derrière la plume de Tolstoï le mépris qu’il avait pour cette société hypocrite et décadente alors que Lévine qui travaille la terre, vit simplement en refusant les plaisirs de la vie, loin de la ville et de son influence corruptrice, représente une sorte d’idéal Rousseauiste de pureté.

Personnages : A*

Voilà l’un des gros points forts de ce roman avec sa profondeur : ses personnages hauts en couleurs. Les personnages de Tolstoï, Anna Karénine mais aussi Lévine, Kitty, Vronski, Alexandre Alexandrovitch (le mari d’Anna), Oblosnki et Dolly sont tous des chefs d’oeuvre de psychologie, surtout Anna et Lévine qui sont bien plus mis en avant. Le point de vue interne nous permet en tant que lecteur de juger par nous-mêmes des pensées qui agitent Anna de cette vie fausse qu’elle menait en tant que femme modèle jusqu’à sa chute. La complexité de ce personnage se reflète à travers toutes les différentes couvertures du livre. Difficile, même une fois le roman terminée, de dire que l’on comprend réellement intimement Anna. A l’image d’un diamant aux mille facettes, elle fascine par les différents visages qu’elle montre au lecteur, maîtresse passionnée, mère dévouée, épouse idéale, femme libre et indépendante, libre-penseuse provocatrice…Anna est tout cela à la fois et il est bien difficile de formuler un jugement à son encontre. Dolly elle-même admire Anna et avoue l’approuver secrètement, bien qu’elle n’accepterait pas de la réintroduire en société pour ne pas perdre sa propre image…Anna c’est peut-être simplement une femme qui ose faire ce que tant d’autres ne faisaient qu’espérer…

Style : A

J’ai beaucoup aimé le style littéraire de Tolstoï. Ce sont 1000 pages qui passent assez facilement grâce à un style simple mais élégant. Tolstoï se plait à travers le narrateur a exprimer sa propre pensée sur cette société. De plus, le texte est bien découpé à travers huit parties elles-mêmes découpées en plusieurs chapitres de quelques pages.

Longueur : D

Inutile je pense de préciser que c’est difficile. Forcément, 1000 pages mine de rien c’est long, très long et cela nuit malheureusement à l’accessibilité de ce chef d’oeuvre…Certains passages paraîtront sans doute trop long, inutiles, comme ces longs paragraphes dans lesquels Lévine décrit sa gestion de son exploitation agricole.

Général : A

J’ai beaucoup aimé Anna Karénine, c’est un livre que j’ai eu un de mal à lire à cause de sa longueur mais c’était à chaque fois un plaisir de retrouver Anna et surtout Lévine, qui, comme pour tous les lecteurs, est mon personnage préféré. Ce roman m’a beaucoup apporté et j’ai été transportée par son style, ses personnages et sa profondeur.

En Bref :

Anna Karénine est un excellent livre, un véritable chef d’oeuvre. C’est un livre je pense qu’il faut lire au moins une fois dans sa vie. C’est un véritable morceau de la Russie, quelques décennies avant la révolution communiste qui allait embraser le pays et la mener jusqu’à l’état autoritaire que l’on connait aujourd’hui. C’est aussi tout un éventail de personnages avec leur histoire, leurs défauts, leurs qualités, leur mentalité…Chose étonnante, aucun personnage n’est réellement désagréable ou antipathique. Stipa est dépensier, hédoniste et irresponsable, des défauts qui ont tendance à m’agacer et pourtant, j’ai apprécié sa bonhomie, son tempérament gai, sa sympathie…Alors que dans Mémoires d’une jeune fille rangée tous ces bourgeois m’ont parus vains, futiles et méprisants, un peu l’image que je m’en faisais, ils m’ont parus sympathiques dans Anna Karénine. Malheureusement, c’est un livre qui est très long et je ne vous le recommande qu’à condition d’être un bon lecteur. Ne vous lancez pas dans sa lecture si vous vous attendez à un roman d’amour bête et insipide car vous serez déçus. Anna Karénine, c’est beaucoup, beaucoup plus que ça.

Pour finir, je vous laisse avec ce magnifique morceau qui résument bien je trouve l’ambiance du roman, sa langueur, son élégance surannée, ses mondanités…Enjoy 🙂 See you next week !

 

Mémoires d’un Résistant : Feuillets d’Hypnos, René Char

Ce dimanche lundi, en ce 78ème anniversaire de l’appel du 18 juin, je vous présente un autre roman un peu plus scolaire que j’ai redécouvert récemment…

Ce recueil et moi décidément, ce sera toute une histoire. Je l’ai acheté lorsque j’étais en première littéraire, il y déjà de cela bien longtemps, et comme beaucoup de livres un peu compliqués qu’on nous impose en lecture cursive, il a pris la poussière sur la bibliothèque. Récemment, et ce afin d’accompagner une de mes élèves a qui on a également imposé cette lecture, je cherche et recherche dans ma bibliothèque mais ne retrouve pas le dit « Feuillets d’Hypnos« . Ni une, ni deux, je file à ma librairie favorite et je le rachète dans la même édition…Avant de me rendre compte qu’il était en fait dans ma pile de livres. Me voici désormais avec deux exemplaires du même livre…

A gauche l’édition Folio plus qui est ma foi plutôt intéressante pour son petit dossier qui vous aidera à le lecture et à droite l’édition originale dans la collection Espoir, collection dirigée par René Char lui-même. En bas, L’édition Gallimard accompagnée des notes manuscrites de l’auteur.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une lecture facile. Je pense avoir compris le gros de l’oeuvre mais certains fragments sont restés complètement opaques à ma lecture, ce n’est pourtant pas faute d’avoir lu et relu les dits fragments…

La première chose que l’on remarque, c’est justement cette écriture fragmentaire au style très télégraphique. Certains fragments font plus d’une page, la plupart ne font guère plus de quelques lignes. Ce sont des pensées capturées sur l’instant et couchées sur le papier comme un jet de pierre. Le style est bref, concis, volontiers lapidaire…Ce n’était peut-être pas un destiné à être un recueil de poèmes, plutôt le carnet d’un Résistant, le Capitaine Alexandre qui combattra le régime nazi par les armes, embusqué dans le maquis. René Char dira lui-même :

J’écris brièvement. Je ne puis guère m’absenter longuement (Fragment 31)

Pourtant, ces fragments dégagent une indéniable poésie comme celui-ci :

Toute la vertu du ciel d’août, de notre angoisse confidente, dans la voix d’or du météore (Fragment 230)

La poésie et plus particulièrement le lyrisme au travers duquel, René Char se laisse parfois aller à décrire la beauté de la Nature est une sorte de rempart contre la barbarie nazie, les morts, les exécutions sommaires, les scènes de torture. Il parle de Nature et de camaraderie au sein du maquis et on entend presque l’harmonie de la Nature, les cigales qui jouent en sourdine, le frou-frou de l’herbe sur le passage d’un lièvre ou d’une taupe, les martinets qui volent au dessus de leurs têtes, poussant leurs cris stridents…On en oublierait presque la chaleur, le soleil qui tape sur la nuque, le sang, la fatigue, la mort, l’angoisse, meilleure amie, plus fidèle compagne du Résistant :

L’angoisse, squelette et coeur, cité et forêt, ordure et magie, intègre du désert, illusoirement vaincue, victorieuse muette, maîtresse de la parole, femme de tout homme, ensemble et Homme. (Fragment 235)

Certains fragments ne sont que des récits, récits d’une rafle comme le fragment 128 ou récit de la mort d’un camarade comme le fragment 138 qui est sans doute le plus fort de ce recueil :

Horrible journée ! J’ai assisté, distant de quelques mètres, à l’exécution de B. Je n’avais qu’à presser la détente du fusil-mitrailleur et il pouvait être sauvé ! […] Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal d’ouvrir le feu, j’ai répondu non  de la tête…Le soleil de juin glissait un froid polaire dans mes os. […] Je n’ai pas donné le signal parce que le village devait être épargné à tout prix.

La note de bas de page nous apprend que l’homme était un poète engagé dans la Résistance et il a eu tout juste le temps d’avaler son message avant d’être fusillé par les SS. On imagine la détresse de René Char qui a dû assister impuissant à la mort d’un compagnon d’armes, la douleur, la peine, tout le poids de la culpabilité, la responsabilité écrasante de ce genre de décisions difficiles lorsqu’on est Capitaine…N’allait pas croire que cela ne l’affectait pas car on lit un peu plus loin à propos de la perte de Emile Cavagini :

Nous sommes tordus de chagrin à l’annonce de la mort de Robert G. tué dans une embuscade à Forcalquier, dimanche. Les Allemands m’enlèvent mon meilleur frère d’action […] Je l’aimais sans effusion, sans pesanteur inutile. Inébranlablement. (Fragment 157)

Au terme de cette lecture, certes imposée mais fort agréable tout de même, je me suis prise à admirer René Char, à admirer son courage et son humanité. D’ailleurs lorsque l’on voit qu’il dédie ces fragments à Albert Camus, cela annonce la couleur…Je me dis alors combien ces hommes là ont payé cher notre insouciance, notre liberté et notre démocratie, combien ils ont dû abandonner pour qu’un jour nous puissions vivre…

Les premiers fragments du livre sont d’ailleurs un appel aux armes, une exhortation à a Résistance, l’engagement contre la barbarie…

5 bonnes raisons de vous remettre dans la lecture de ce classique :

  • Parce que René Char a vraiment une jolie plume. Il sait vous toucher à travers des images, des métaphores, des formules concises toujours justes, toujours pertinentes quoiqu’un peu obscures par moments…Les fragments alternent entre sacrifice, noblesse, brutalité, beauté de la Nature, Hommage à d’anciens camarades, réflexions sur la vie ou sur le temps, bref poème écrit en quelques lignes à l’intention d’une femme…Ce grand mélange vous fait tout ressentir à la fois en condensé.
  • Parce que c’est très court. Comptez 237 fragments de quelques lignes chacun. Certains fragments sont plus complexes et il ne faut pas chercher à tout comprendre à tout prix je pense pour apprécier sa lecture.
  • Parce que c’est un morceau important de notre passé. La Nazisme et la Résistance ont bien existé même si certains préféreraient oublier qu’il y avait davantage de collabos que de résistants…Ce recueil de poème, c’est un voyage dans le temps et dans l’espace, dans la bruyère des maquis dans la chaleur épaisse de l’été, des coups de feu qui résonnent contre le relief accidenté…
  • Parce que cela prend bien souvent aux tripes. Impossible de ne pas se sentir touché par l’engagement de René Char, de ne rien ressentir lorsqu’il décrit l’arrestation de ses camarades ou les innocents frappés au ventre à coups de botte et de crosse…
  • Parce que c’est une réflexion sur la valeur de la vie sur le temps qui passe, sur le bien et le mal dont il refuse la démarcation nette, précise et indiscutable.

En Bref :

Un recueil que je suis bien contente d’avoir dépoussiéré. On va pas se mentir, ça n’a pas toujours été tout beau tout rose. Certains fragments m’ont agacé par leur caractère sibyllin voire complètement abscons. Il a fallu les quelques fragments que j’ai noté et quelques autres pour racheter à mes yeux ce recueil. J’ai été un peu déçue de ne pas en apprécier davantage la lecture mais au final, il m’a laissé un goût agréable dans la bouche, un sentiment de satisfaction.

Libertinage au XVIIème : Dom Juan

Une petite pièce de théâtre du plus connu des dramaturges français, c’est le Shakespeare français, Molière (alias Jean-Baptiste Poquelin pour ceux qui ne seraient pas au courant…). Je vous présente aujourd’hui Dom Juan, une pièce qui a pris la poussière su mes étagère et que j’ai redécouverte récemment car, professeur de français à mes heures perdues, il serait de mauvais ton de demander à mes élèves de travailler sur une pièce que je ne connais pas…Ce dimanche, voici donc Dom Juan.

Quelques mots de contexte :

Tout d’abord, il convient peut-être de replacer cette pièce dans son époque, c’est à dire 1682. Si vous vous souvenez vaguement de vos cours de français, vous savez que le théâtre oscille entre deux courants littéraires très opposés : le classique et le baroque. On a d’un côté le respect des conventions, la mesure, la morale et de l’autre l’excès dans les décors et le langage. Ce sont ces deux forces contraires qui vont jouer sur cette pièce qui fut un peu une précurseur du libertinage en France (Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos que je vous recommande vivement et bien sûr le fameux Marquis de Sade).

L’intrigue

C’est l’histoire d’un jeune aristocrate désœuvré, comme tous les siens, et plutôt que d’arpenter la pierre froide des cathédrales en psalmodiant psaumes, prières et autres cantiques dans les volutes de l’encens, Dom Juan a décidé de faire ce qu’il veut et de devenir libertin. Il séduit toutes les femmes, leur promet le mariage, les flatte et les trompe, et l’une de ses conquêtes d’ailleurs lui dit qu’il a une telle façon de présenter les choses que même en savant que c’est un mensonge, on a envie de le croire…N’est-ce pas à cela que l’on reconnaît un manipulateur ? Dom Juan est un peu ce qu’on appellerait aujourd’hui un pervers narcissique…

« Je t’apprends (inter nos,) que tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou »

Il séduit d’abord Don Elvire, chaste demoiselle qu’il enlève à un couvent avant de l’épouser mais il ne s’arrête pas là…Dom Juan comme le dit Sagnarelle, c’est un épouseur à toutes mains et il séduit toutes les femmes, les jeunes comme les vieilles, les belles comme les laides, les paysannes comme les nobles et rien n’est ni trop chaud ni trop froid pour lui. La scène IV de l’acte II est assez drôle à ce propos car Dom Juan se retrouve à séduire deux femmes à la fois, Mathurine et Charlotte et vous verrez avec quel habileté il se tire de cette situation délicate…

Les choses se corsent avec l’acte III car Dom Juan se trouve face à Dom Carlos, le frère de Done elvire et il a décidé de venger l’affront qu’il a fait subir à sa sœur…Heureusement, Dom Juan vient de lui sauver la vie et en reconnaissance de dette, il lui accorde un délai. En revenant de leur petite promenade, Dom Juan se trouve nez à nez avec la statue du Commandeur et voilà que celle-ci lui fait signe (voilà un autre élément baroque : les effets spéciaux sur scène, les éléments un peu fantastiques…). C’est ensuite M. Dimanche dans la scène IV qui lui demande des comptes car Monsieur est prêteur sur gages et aimerait bien avoir un retour sur l’argent qu’il lui a prêté. Dom Juan l’entourloupe comme tous les autres et M. Dimanche rentre chez lui bredouille.  Le père de Dom Juan lui-même ne parvient pas à ramener son fils à la raison, pas plus que Done Elvire. Dom Juan est un impie qui n’en fait qu’à sa tête et il faut dire qu’il exerce une certaine fascination sur le lecteur…C’est l’apparition surnaturelle de la statue du Commandeur qui vient l’inviter à dîner qui clôt ce quatrième acte, on approche du dénouement et depuis le temps qu’on nous dit qu’un jour, la colère du Ciel va s’abattre sur Dom Juan, on l’attend avec impatience…

Dans l’Acte V, Dom Juan feint le repentir pour échapper tour à tour aux remontrances paternelles et à la vengeance de Dom Carlos et sans indication contraire, il faut dire qu’en tant que lecteur on y croit un peu…Sauf que non, Dom Juan se joue encore une fois de nous ! Apparaît le Commandeur qui lui ordonne le repentir.

LE SPECTRE, en femme voilée.— Dom Juan n’a plus qu’un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel, et s’il ne se repent ici, sa perte est résolue.

Dom Juan tente de combattre le spectre, sans succès, la punition divine s’abat sur lui comme Sagnarelle l’avait annoncé dès la première scène. Dom Juan meurt et Sagnarelle se roule sur le sol en réclamant son salaire…

C’est une pièce plutôt courte mais finalement assez longue de par ses digressions propres à la comédie. Tout est prétexte à rire : la bouffonnerie de Sagnarelle, les deux filles trompées, la bêtise du Prêteur sur gages…Les derniers Actes ont une atmosphère beaucoup plus sombre et il faut la punition divine pour faire de cette pièce une leçon de morale, de quoi plaire aux moralisateurs qui avait fait censurer Le Tartufe.

En Bref :

Difficile de proposer une notation pour une pièce comme celle-ci car si elle présente un intérêt culturel évident, ce n’est pas le genre de choses qu’on lit pour le plaisir. C’est une pièce hybride entre baroque et clacissisme, comédie et tragédie et il faut quelques éléments d’arrière-plan pour en saisir tous les enjeux. Néanmoins, il faut reconnaître qu’elle fait partie de notre patrimoine littéraire et il peut-être bon de la lire, d’autant que sa représentation est disponible sur votre site hébergeur de vidéo préféré.

Je ne peux que vous conseillez la vidéo que voici qui apporte quelques éléments d’analyse littéraire et de remise en contexte fort intéressants :

Et la suite :