Le dernier de la Saga du Cimetière des livres oubliés : Le Labyrinthe des esprits, Calos Ruiz Zafon

Ce dimanche, je vous retrouve avec grand plaisir pour un nouvel article sur un dernier challenge de l’été : Le Labyrinthe des Esprits. Impossible de ne pas me laisser séduire par le nouvel opus de cette saga que j’ai adorée, en particulier l’Ombre du Vent, et pourtant, au terme de ses quelques 840 pages, je me dis que c’était peut-être le livre de trop…

Il m’aura fallu de longues semaines pour parvenir à bout de ce pavé (grand format s’il vous plait…) mais j’y suis enfin arrivée. Il y a de cela un quart d’heure, j’ai tourné la dernière page de ce livre qui m’a vraiment pesé pour des raisons que je vais détailler et qui en plus m’a offert une magnifique faute d’orthographe page 838 comme un ultime crachat au visage…J’ai eu l’impression un peu tordue d’avoir violé un livre qui s’est débattu et si je fais cette comparaison abjecte, vous allez vite voir que ce n’est pas anodin…

Le labyrinthe des esprits

L’Intrigue :

Ce dernier opus s’ouvre sur les personnages des précédents opus et on retrouve Daniel Sempere, Béa son épouse et leur charmant bambin sans oublier Fermin. Après une brève introduction, changement d’époque et de décor pour un retour sur la jeunesse de Fermin jusqu’à sa rencontre avec une petite fille prénommée Alicia qui se cramponne à son livre, Alice au pays des merveilles dans cette Barcelone frappée par la guerre et les bombardements. Nouveau virage à 360° pour la partie suivante qui met en scène un ministre nommée Valls quelques années plus tard qui donne une grande réception dans sa villa gigantesque nommée en l’honneur de sa fille adorée : Mercedes. Nouvelle partie et nous retrouvons une Alicia qui a survécu aux bombardements ne gardant comme seul séquelle qu’une blessure à la hanche. Après avoir grandi dans la rue, notre héroïne a rejoint un mystérieux personnage du nom de Léandro pour qui elle travaille comme agent. Alicia est chargée par Léandro d’enquêter sur la disparition de Valls, le ministre. Seule condition : elle doit coopérer avec un vieux policier, Vargas. De Madrid à Barcelone, Alicia et Vargas remonteront la piste de Mauricio Valls et fouilleront dans les secrets les plus sombres des hauts dignitaires de cette Espagne corrompue…Entre roman gothique et polar, le Labyrinthe des Esprits nous entraîne à travers un enchevêtrement d’histoires annexes en quête de la vérité.

Ce que j’en ai pensé :

Scénario : A :

L’histoire comme toujours est complexe, elle regorge de détails, de personnages secondaires et de rebondissements. On découvre peu à peu les éléments du puzzle. La clé du mystère nous est donnée et plus encore car Alicia et Vargas se retrouve embourbés dans une affaire qui les dépassent et pourrait bien leur coûter la vie. Le scénario comme toujours est travaillé et il surprend toujours par ses retournements de situation, ses révélations inattendues et ses dangers insoupçonnés. Dommage qu’au terme de la lecture, le tout demeure un peu confus à cause de la trop grande quantité d’éléments.

Personnages : B :

Le Labyrinthe des Esprits nous présente de très nombreux personnages tous hauts en couleurs. Tous sot différents, chacun à sa mentalité, sa psychologie…Dommage que certains personnages soient vraiment trop clichés comme Vargas, le vieux policier au passé difficile, Alicia, la femme fatale sulfureuse qui fait tourner la tête des hommes, Daniel Sempere et l’éternel ex petit garçon qui veut venger sa mère assassinée, Juan Sempere le vieux veuf atterré par la mort de son épouse…On se promène de clichés en clichés et c’est assez désagréable de voir un remix des sempiternelles rengaines remixés et resservies froides…

Style : B :

Zafon a un style bien à lui. Il a le don de plaisanter de tout en jouant sur le décalage entre un style littéraire, parfois même ampoulé et le fond grivois parfois. Ce sont 840 pages qui passent assez vitre grâce à une écriture fluide et drôle, pleine d’esprit à la manière de ses personnages. Les images sont souvent très belles et les décors ainsi que les personnages sont décrits avec finesse et poésie. C’est comme toujours, un très agréable moment.

Profondeur : D :

Il y a bien sûr les nombreuses références littéraires pour ajouter au fond, ce qui en fait un peu plus qu’un roman de plage mais on ne va pas se mentir, ce n’est pas de la grande littérature non plus. Hormis le plaisir de la lecture et le frisson de l’enquête, vous ne devriez pas en tirer une grande révélation philosophique sur le sens de votre existence. Je regrette un peu le fond historique qui n’a pas été suffisamment exploité à mon goût et Zafon avait pourtant un super sujet avec l’Espagne franquiste…

Accessibilité : C

C’est assez accessible en raison de son style facile et son histoire abordable, pleine d’action et de rebondissements qui ne devraient pas lasser les petits lecteurs qui aiment quand les choses vont vite. Les parties sont cependant assez inégales, Zafon ne parvient pas toujours à maintenir l’intérêt du lecteur à cause d’une histoire trop longue et de parties trop déconnectées les unes des autres pour permettre une réelle cohérence. La taille du pavé risque d’en rebuter plus d’un et pour ma part j’ai trouvé vraiment ça inutilement long

Sexismomètre : D :

Ce roman m’a décidé a présenté une nouvelle catégorie dans mes billets à savoir la dose de préjugés sexistes que vous allez absorber (un peu comme le rayonnement nucléaire…). Ce roman m’a vraiment fâchée avec Zafon, chose difficile car j’aimais pourtant beaucoup cet auteur, mais ce livre est vraiment insupportablement sexiste. Je sais, c’est ce que je dis de pratiquement tous les livres, mais c’est vraiment insupportable en temps que femme de lire autant de romans qui n’ont clairement pas été écrits pour nous…

Ca commençait bien avec un personnage féminin plutôt fort : Alicia et une dénonciation de la société patriarcale de l’époque : impossibilité d’ouvrir un compte en banque pour une femme alors le droit de vote on en parle même pas. Pourtant, peu à peu le livre s’engouffre dans les préjugés sexistes et Alicia, montrée au départ comme une femme forte est finalement sans cesse chaperonnée par des hommes, des mentors ou des protecteurs. On sur-sexualise complètement cette héroïne sur laquelle tous les hommes ne peuvent s’empêcher de fantasmer un peu comme si elle n’avait de valeur que son appétence sexuelle…Rien ne nous sera épargnée : la description de ses sous-vêtements, les scènes durant lesquelles les personnages prennent du bon temps chez les putes jusqu’à cette scène finale qui m’a fait hurler : Daniel commettra l’irréparable et violera son épouse (pour rappel, quand une femme se débat et qu’elle vous demande d’arrêter, elle n’est pas consentante et c’est par conséquent un viol). Il n’en est pas fier et l’auteur montre bien que ce n’est pas quelque chose d’honorable et pourtant…On passe bien vite dessus au regard de la gravité de l’acte. Il s’excuse et hop, c’est reparti comme en quarante, voilà notre petit couple reparti sur les eaux tranquilles du bonheur conjugal…On explique à M. Zafon que le viol est un crime extrêmement grave, y compris le viol conjugal, jugé aux assises au même titre qu’un meurtre et puni de quinze ans d’emprisonnement ? Je ne parlerais même pas de Fermin et de libido proche de l’explosion qu parle toujours de faire l’amour à sa femme un peu comme si elle n’était qu’une témoin passive de son époux qui lui monte dessus pour assouvir ses désirs. Que dire des nombreuses références aux infirmières auxquelles il pince les fesses sous la plume amusée de l’auteur qui a l’air de trouver que c’est la comble de la virilité (je le rappelle, toucher les fesses d’un femme qui n’est pas consentante c’est une agression sexuelle et ce n’est pas quelque chose qui est pris à la légère) ? A l’heure ou de nombreuses femmes s’expriment pour dénoncer la culture du viol et les comportements de prédateurs de certains hommes, ce roman est de très mauvais ton et on ne peut s’empêcher de se dire que certains n’apprendront jamais.

Général : B

On étant parfaitement objective, ce roman est moins bon que les précédents car moins bien construits (on a l’impression que l’auteur se force un peu à le rattacher à sa saga mais ce n’est pas naturel) mais il demeure un roman agréable. Néanmoins, je ne peux passer sur cette scène odieuse de viol qui n’a pas l’air de choquer l’auteur plus que cela.

Conclusion :

Ce roman sera, je le pense, le dernier que je lirai de Zafon. Peut-être aurait-il dû s’arrêter au Prisonnier du Ciel qui était très réussi et ne pas gâcher ainsi cette saga avec ce livre qui sent le manque d’inspiration, le recyclage d’idées et l’artificialité. Je vous le conseille cependant si vous souhaitez passer un bon moment et si vous n’êtes pas allergique comme moi aux vieux réacs pétris de morale patriarcale aux relents de culture du viol. Dommage car ce livre avait beaucoup d’atouts…

 Un dernier petit mot :

J’ai failli oublier mais c’est mon deuxième challenge de l’été que je finis in extremis. J’aurais aimé en faire un de plus mais le temps m’a malheureusement manqué…

Pavé de l'été

 

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Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee

Ce dimanche, je reviens sur un livre que j’ai fini la semaine dernière sans trouver le temps d’en partager avant aujourd’hui mes impressions. Vous connaissez très certainement « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » grand classique de la littérature américaine. J’en avais toujours repoussé la lecture avant aujourd’hui, effrayé que j’étais par la perspective d’une lecture moraliste sur le fait que la discrimination c’est maaaaaal (même si je suis à 100% d’accord). Ce fut moins terrible que je ne l’avais imaginé et je n’ai pourtant pas ressenti le même engouement qu’ont éprouvé beaucoup de lecteurs. La suite un peu plus bas…

To kill a mocking bird.jpeg

L’intrigue :

Nous sommes dans la petite ville de Maycombe dans le sud des Etats-Unis dans les années 30, l’administration Roosvelt et le New Deal qui ont suivis la Grande Dépression. L’histoire ne le dit pas aussi explicitement mais il suffit de situer les allusions telles que « We’d been told that we had nothing to fear except fear itself » célèbre citation du meilleur de tous les présidents américains (c’est un parti pris assumé).

Nous suivons le parcours de deux enfants, Scout et Jim Finch, les deux enfants d’un avocat veuf, Atticus Finch. Des deux, Jim est l’aîné est alors qu’il a une dizaine d’années au début du roman, il entrera dans l’adolescence et même dans un âge adulte prématuré à la fin du roman.

L’histoire traite de thèmes aussi sérieux que la perte de l’innocence, les préjugés, les racisme, les ravages du manque d’éducation et de la pauvreté sur les plus vulnérables, la solitude également…La première partie se concentrera sur les jeux puérils et parfois cruels sans le vouloir de Jem et Scout Finch accompagnés de Dill. Quant à la seconde partie, plus longue, elle traitera du procès d’un homme noir accusé à tort d’avoir violé une jeune fille blanche, je ne vous spoile pas le livre en vous disant cela, ce ne sont rien d’autres que les informations donnés par le résumé. Je ne vous dis rien quant à l’issue du procès, ce sera à vous de le découvrir 🙂 Si hélas vous vous êtes fait spoilés la fin, sachez que dans « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur« , les événements importent moins que leurs répercussions et chaque nouvel élément apporté au récit est l’occasion d’approfondir la réflexion sur la société et ses préjugés. Vous pourriez lire un résumé des événements finalement sans ne jamais avoir touché à la substance du livre et c’est en cela que c’est une lecture vraiment appréciable.

Ma Notation :

Scénario : C

J’aurais bien mis un B car j’ai apprécie l’enchaînement des événements, surtout dans la deuxième partie mais je ne peux m’y résoudre en raison de nombreuses faiblesses scénaristiques. Premièrement, les deux parties sont très inégales et la Première partie durant laquelle les deux enfants essaient d’attirer leur voisin Arthur Radley surnommé « Boo » hors de son isolation forcée m’a parue longue et guère passionnante. On le comprend plus tard, c’est un préambule, une sorte d’avant-goût de ce qui va suivre car Arthur à l’image du noir accusé à tort, Tom Robinson, est un mocking-bird, une créature innocente souillé par les préjugés et la haine de ses semblables. Certains passages m’ont également parus trop peu crédibles, trop faciles et on sent l’inexpérience de Harper Lee dans ce premier roman.

Personnages : B

Les personnages sont à la fois variés et intéressants et chacun apporte un éclairage différent au récit. On pourra regretter leur manque de profondeur mais ce défaut est aisément compensé par le grand nombre de protagonistes. Le roman est particulièrement intéressant en tant que roman d’apprentissage. On suit le parcours de la petite Jean Louise Finch de la petite enfance jusqu’à l’adolescence et celui de Jem de l’enfance, en passant par l’adolescence et même un début d’âge adulte. On reconnait les éléments constitutifs du rite de passage et tout le défi sera pour ses enfants de gagner en expérience et en maturité sans pour autant perdre leur innocence. On mentionnera également le personnage d’Atticus peut-être un tantinet trop lisse mais agréable de par sa cohérence et par la profondeur psychologique qu’il apporte au récit.

Profondeur : B

La critique d’une part d’une société clivée entre deux parties qui cohabitent mais ne se rencontrent jamais, clivage empreint d’une certaine discrimination bien sûr car separate ne veux pas dire equal au pays de la démocratie, est assez vraisemblable sans jamais verser dans le moralisme ou la mièvrerie. A travers quelques personnages bien campés dans leur morale bien pensante (la tante de Scout, l’institutrice en sont de parfaits exemples), l’auteur critique non sans une certaine ironie l’hypocrisie et les préjugés. C’est lors du procès de Tom Robison qu’en tant que lecteur on ressent toute l’injustice de la situation car Tom Robison est innocent, Atticus le démontre aisément, et pourtant, il sera condamné à cause d’une phrase, c’est lorsqu’il affirme avoir pitié de son accusatrice car rien n’est pire qu’un noir qui ait pitié d’un blanc pour la bonne société de Maycomb…On mentionnera également la critique des rôles genrées (les femmes portent de jolies robes et organisent des bals de charité tandis que les garçons font des trucs de garçons : Scout porte la salopette au grand dam de sa tante et se fritte avec quiconque lui cherche des noises). La façon dont l’auteur dépeint les différentes classes sociales en revanche m’a paru très stéréotypée (les pauvres sont tous bêtes, sales et agressifs).

Style : C

Le style n’a rien de particulier. Ce n’est pas un chef d’oeuvre de poésie mais les phrases simples et descriptives collent bien au personnage de Scout. La focalisation interne apporte d’ailleurs un éclairage intéressant au roman car tout est vu à travers les yeux de Finch et cela permet de critiquer avec l’innocence d’une enfant l’incohérence du monde des adultes.

Accessibilité : A

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » est une lecture particulièrement facile. C’est court et écrit simplement, vous ne devriez avoir aucun problème à le terminer et ce même jeune. N’hésitez pas à tenter l’expérience VO pour peu que vous ayez un niveau de base en anglais, c’est vraiment très abordable.

Général : B

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » fut mieux que je ne le craignais et pire que je l’espérais. Je n’y ai pas trouvé ce moralisme mièvre qui me rebutait mais une histoire agréable, une critique des préjugés qui tient la route en dépit d’une histoire parfois un peu bancale. J’avoue ne pas avoir découvert le classique dont on n’a cessé de me chanter les louanges mais c’est une histoire que j’ai eu plaisir à lire.

En Bref :

Je vous recommande cette lecture à l’occasion, elle est centrale dans la culture américaine. Ce livre ne changera sans doute pas votre vie mais c’est une historie sympathique et vous devriez vous attacher assez vite aux personnages.

Coup de frein sur mon activité de blogueuse…

Voilà quelques temps que je m’astreins à publier une fois par semaine, le dimanche, mes découvertes littéraires ou vidéo-ludiques mais force est de constater qu’il va me falloir ralentir ce rythme pour plusieurs raisons.

Premièrement parce que je suis souvent partie dû à mon activité partielle sur la période estivale : j’accompagne des séjours à l’étranger et ce n’est pas toujours facile de trouver le temps ou le réseau pour venir écrire mon petit article du dimanche…D’autant que je vais bientôt reprendre le travail (youpi tralala…) et je n’aurais plus autant de temps à ma disposition.

Deuxièmement, je suis une lectrice très lente. J’ai beaucoup de mal à me forcer quand un livre ne m’emballe pas et malheureusement, plus je lis et plus je deviens exigeante…J’en arrive à un point où les livres ne me happe que très rarement…Il faut dire que je privilégie majoritairement les classiques dans ma liste de lecture histoire de me refaire une culture mais mine de rien, on ne lit pas Das Kapital comme on lit le dernier Marc Levy…

Troisièmement parce que quand on s’attaque à des pavés de 1000 pages ou plus, on ne peut pas publier tous les dimanches un article à moins de le faire sur une petite nouvelle lue à l’arrache ou sur un jeu vidéo que je ressuscite depuis les tréfonds de mon enfance et cela à un côté artificiel qui me déplaît.

Quatrièmement parce que si ce rythme que je me suis imposée m’a astreins à une certaine régularité, c’est en train de devenir une contrainte. Certains dimanches, je n’ai juste pas le temps d’écrire ma critique pour une raison x ou y et je me retrouve à bâcler un article à 11 heures du soir. Je ne veux pas que cette envie que j’ai de faire découvrir des titres et de partager avec d’autres lecteurs mes impressions devienne une contrainte, un boulet, et surtout, je ne veux pas que la quantité nuise à la qualité. J’essaie même si ce n’est pas toujours facile de proposer des billets soignés et un minimum objectif sur mes lectures et on ne peut pas faire cela en étant pressée par le temps…

Concrètement, qu’est-ce que ça change ? Pas grand chose. Je continuerai de publier le dimanche, sans quoi le titre de mon blog « lectrice du dimanche » n’aurait plus beaucoup de sens sauf que je publierai un dimanche sur deux voire un dimanche sur 3 selon mes lectures du moment. Je reste une lectrice assidue de vos excellents billets et je passerai régulièrement sur mon fil lecteur voir vos petits articles 🙂

Un grand merci à tous ceux qui me suivent, je vous souhaite une bonne fin de vacances et je vous dis à bientôt dès que j’aurai fini ma lecture du moment !

Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé

Ce dimanche, je vous propose le livre qui a accompagné mon séjour à Malte. J’ai choisi d’emporter ce livre dans ma valise afin d’être dans la bonne ambiance pour le lire : cultures méditerranéennes, soleil de plomb, les cactus et les figues de barbarie, les lézards qui se faufilent entre les murs de pierre pour éviter la brûlure de la chaleur…Ce dimanche, je vous présente le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé.

 

 

Je dois me contenter cette fois-ci de l’édition normale, celle de droite mais je dois dire que je la trouve très réussie. La couverture de gauche correspond à l’édition collector et je suppose que comme pour La mort du Roi Tsongor, c’est une couverture cartonné avec effet doré.

L’Intrigue :

Les premières pages s’ouvrent sur le soleil impitoyable des Pouilles, le Sud de l’Italie, aux heures les plus chaudes de la journée où personne, pas même les animaux ne sortent de peut d’être brûlée vifs.  Par expérience, je peux vous dire qu’effectivement personne à Malte (qui est encore plus au Sud que la Sicile) ne sort entre 11 heures et 16 heures sauf peut-être pour aller à la plage. Marcher 30 minutes sous le soleil et encore avec de l’eau, un chapeau et de la crème solaire c’est déjà épuisant alors à dos d’âne, des heures durant et sans aucune protection, vous brûlez littéralement comme sous un grill. C’est pourtant ce qu’entreprend Luciano Mascalzone, petite frappe locale, truand sans importance qui revient de quinze ans de réclusion pour un acte plus odieux encore : posséder Filomena Biscotti quitte à la violer. Cette obsession, c’est la passion qui l’a animé ces quinze années durant en prison et à présent, il est bien décidé à aller au bout de son désir irrationnel. Le sort se jouera de lui et c’est sa soeur Immacolata qu’il prendra sans la reconnaître. De cette union maudite naîtra un enfant orphelin quelques jours déjà après sa naissance, son père lapidé par les habitants du village et sa mère morte en couches : Rocca Mascalzone qui sera élevé par un couple de pêcheurs d’un village voisin.

Pendant plusieurs décennies, Rocca Scorta, du nom de ses parents adoptifs, terrorisera le village de Montepuccio, pillant et volant jusqu’à amasser une énorme quantité d’argent. Il épousera une femme dont personne ne sait rien et qu’on surnomme « la Muette ». De cette union naîtra trois enfants et une véritable dynastie : les Scorta. Condamnés à la pauvreté par leur père qui les déshéritera, ils feront leur chemin à travers la vie, va-nu pieds sans rien d’autre qu’un petit baluchon ainsi qu’un maigre pécule qu’ils sont parvenus à accumuler au fil de leurs jeunes années. Ils tenteront l’aventure Américaine, rejoignant eux aussi les bateaux surpeuplés menant au Nouveau Monde mais seront refoulés aux portes d’Ellis Island. C’est cette mésaventure qui comme un coup du destin les condamnera à réinvestir le village de Montepuccio mais un avec un petit quelque chose de plus : une tendance à l’universalité, la sagesse des migrants venus des quatre coins du monde qui leur transmettront sur leur lit de mort leurs dernières paroles, récit ou sagesse populaire…

Nous suivrons la Famille Scorta sur trois générations et ce qu’il reste après toute une vie passée en dur labeur : les joies, les peines, le travail, le soleil…Inlassablement, ils transmettront leur valeur à la génération suivante qui tenteront à leur tour de passer le relais…Comme les olives qui se succèdent sur les branches, les Scorta naissent, vivent et meurent sur ces terres, nourris de la sueur des hommes, de leur terre natale et du soleil. Ils se ressemblent tous et pourtant ils sont tous différents et c’est ce cycle qui perdure, années après années…

Ce que j’en ai pensé :

Style : A

Sans surprises, c’est du Laurent Gaudé quoi…Laurent Gaudé, c’est tout dans la métaphore, tout dans les images. C’est un style illustratif et toujours empreint d’une certaines poésie. Il y a une délicatesse dans sa plume comme si les mots ne faisaient qu’effleurer l’histoire sans jamais la toucher, un peu comme la soie qui glisse sur la peau. Tantôt léger tantôt grave, Gaudé alterne entre les différentes phases du récit, de la description crue d’une terre inhospitalière brûlée par les rayons du soleil à la joie éclatante et solaire d’un repas de famille en passant par la poésie de la barque d’un passeur qui glisse lentement sur les eaux sous un ciel étoilé…

Personnages : C

Ce n’est pas un roman de personnages, loin de là. C’est davantage un conte philosophique et certains regretteront sans doute le fait qu’on ne s’attarde pas sur l’un ou l’autre personnage. Les protagonistes sont survolés mais on ne s’y attache pas et ce n’est pas le but je pense. On insiste davantage sur ce qui reste après l’individu : la famille, les valeurs, la communauté…

« Nous naissons. Nous mourons. Et dans l’intervalle, il n’y a qu’une chose qui compte. Toi et moi, pris seuls, nous ne sommes rien. Mais les Scorta, les Scorta, ça, c’est quelque chose. »

Intrigue : B

Que dire ? L’intrigue est assez classique mais elle comporte ses retournements de situation et ses surprises. Les événements s’enchaînent de façon logique et si certains passages paraîtront un peu surnaturels, en d’autres termes, si Gaudé sacrifie parfois le réalisme au profit de l’esthétisme ou de la portée d’un acte, on garde tout de même une certaine vraisemblance, un désir d’imiter la réalité et de rester dans quelques chose de banal. C’est d’ailleurs de cette vie de tous les jours, de cette vie simple des gens ordinaires que l’auteur tire toute la portée philosophique et humaniste du roman.

Profondeur : A

Voilà réellement toute la richesse et la force de ce roman, c’est sa portée, sa profondeur, ce qu’il en reste un fois le livre fermé. Ce livre, plus qu’une histoire destinée à divertir ou à s’évader, c’est avant tout un message humaniste comme un cadeau que l’auteur nous fait : le don d’un regard d’une grande sagesse sur la vie, une sagesse accessible à tous. Vous et moi comme les Scorta, nous ne sommes pas des gens parfaits, nous ne sommes ni des prophètes ni des saints hommes, nous avons fait le bien comme le mal, nous avons pêché (je dis cela sans connotation religieuse) et pourtant, nous pouvons prétendre nous aussi à la spiritualité et au sens. C’est la philosophie populaire de Monsieur et Madame tout le monde et en cela, c’est inestimable.

Accessibilité : A

Le soleil des Scorta c’est un peu moins de trois cent pages, un roman très court où tout s’enchaîne très vite. On entre facilement dans le roman et comme les choses vont vite, on se laisse facilement porter par cette succession d’événements. La langue est simple mais belle, ce qui fait de ce petit trésor quelque chose d’accessible à tout le monde, même à ceux qui n’aiment pas lire.

Général : B

J’ai passé un très bon moment avec ce livre qui a un peu le goût de la nostalgie et des plaisirs révolus, un peu comme les bonbons de notre enfance…Il nous reste une fois la dernière page achevée quelque chose de très doux. Sans m’avoir bouleversée, le message m’a touchée, même si je ne le partage qu’à demi.

En Bref :

Je vous recommande le Soleil des Scorta, un roman qui accompagnera à merveilles vos chaudes soirées d’été. Vous y découvrirez je l’espère vous aussi un message touchant d’humilité et de tendresse, comme un souffle qui vous murmurera ses vérités à l’oreille…

Et en bonus…

Je vous propose de découvrir ce titre qui m’a beaucoup fait penser à l’ambiance du Soleil des Scorta, l’importance de la famille, la joie dans la pauvreté, la sagesse dans la simplicité, la transmission intergénérationnel, enjoy 😉 Ce sera pour m’excuser d’avoir publié mon article avec 15 minutes de retard !

 

L’amour au coeur du nazisme : Belle du Seigneur d’Albert Cohen [Et optionnellement mon challenge pavé de l’été]

[Edit : L’article que vous vous apprêtez à lire a été revu et modifié. Mon avis ne diffère pas quant à mon premier jet mais j’ai juste eu envie d’adoucir ma critique de ce livre qui n’en méritait peut-être pas tant de haine…Sur ce, bonne lecture :)]

 

Ce dimanche, je vous présente (enfin) ce livre que j’ai commencé il y a plusieurs semaines : Belle du Seigneur réputé comme un classique de la littérature française du XXème siècle. A ma décharge, c’est un sacré pavé : quelques 1100 pages et une bonne centaine de chapitres. Albert Cohen, c’est un peu le charcutier de la supérette qui vous tend le paquet et vous dit « il y en a un peu plus, je vous le laisse ? ».

J’ai entendu parlé de ce livre en lisant des critiques d’Anna Karénine sur Babelio. Je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée de le lire étant donné que j’en avais lu et entendu beaucoup de bien. Je l’ai feuilleté et les quelques pages que j’ai lue au hasard m’ont tout de suite plu. Il est resté quelques jours sur ma pile de livre à lire (qui ressemble davantage à une tour d’ailleurs qu’à une pile tant les livres s’accumulent…). Il me faisait sans cesse des clins d’oeil et il a bien fallu lui accorder les quelques heures d’attention qu’il demandait…Je vous présente donc avec beaucoup de fierté mon pavé de l’été : Belle du Seigneur.

Belle du seigneur

L’intrigue :

Nous sommes en Suisse, à Genève, siège de la prestigieuse Société des Nations dans les années 30. L’Europe va sans le savoir vers le conflit le plus meurtrier de son histoire, une tuerie qui réduira la « Grande Guerre » au rang de simple échauffourée. Du fond de l’Allemagne monte une terrible puissance : le Nazisme nourrie d’antisémitisme et dirigée par son fondateur, Adolf Hitler. Pour s’opposer à cette vague qui s’apprêtent à déferler sur l’Europe, il ne reste plus que la Société des Nations, l’oeuvre de Woodrow Wilson, l’ancêtre de l’ONU, cette autorité supranationale que Kant appelait de ses voeux…Suffira-t-elle à juguler Hitler et son appétit de conquérant ? Quel avenir pour la diaspora juive ? Comment trouver sa place lorsqu’on est juif dans un monde de plus en plus antisémite ? Peut-on simplement vivre et aimer dans des temps aussi troublés ? Ce sont quelques unes des questions auxquelles Albert Cohen tente de répondre.

Nous avons un premier élément de réponse en la personne d’Adrien Deume, fonctionnaire médiocre parmi tant d’autres au sein de la Société des Nations. Adrien Deume est un petit, un homme qui redéfinit à lui seul les standards de la médiocrité. C’est un homme sans idées et sans éclat, un homme qui n’a pour seul personnalité que l’image qu’il s’efforce de donner de lui-même. Au travail c’est exactement la même chose, il donne l’illusion d’être important mais en réalité, il passe la journée à s’occuper de bagatelles : organiser des cocktails pour rencontrer les puissants, compter ses jours de congé et brosser ses supérieurs dans le sens du poil pour s’en attirer les bonnes grâces. Albert Cohen nous fait le récit de ses journées avec une bonne dose d’humour et de cynisme : il taille ses crayons, puis il va aux toilettes, il lit on dossier mais il ne se sent pas l’humeur de le faire alors il va faire une promenade, il retaille une dizaine de crayons puis il discute avec des collègues, il déambule dans les couloirs des puissants dans l’espoir d’être remarqué puis il retourne à son bureau et là : surprise ! Il est déjà l’heure de rentrer ! Il file alors retrouver Rianounette, sa chouquette, la sublime Arianne d’Auble, aristocrate richissime issue d’une famille prestigieuse. Arianne, c’est un des protagonistes majeurs du roman, la « Belle du Seigneur ». C’est une femme sensible et rêveuse, une femme qui vit dans le monde imaginaire qu’elle s’est construit. C’est également une femme intelligente et sensée et la tendresse mièvre que lui propose son mari ne saurait la garder à ses côtés. Arianne, à l’image de Emma Bovary et d’Anna Karénine est en quête d’absolu, de l’amour avec un grand A. Elle ne satisfait pas de partager le vie médiocre d’un pauvre Adrien Deume. Il lui faudra le charisme d’un homme lumineux, solaire pour la tirer de son apathie…Cet homme, ce sera Solal des Solal, jeune homme juif originaire de Céphalonie qui est parvenue à force d’intelligence à gravir les échelons de la Société des nations jusqu’à devenir sous-secrétaire. Il est le véritable héros de « Belle du Seigneur« , en fait, il est le Seigneur et sa Belle c’est Arianne, cette femme sublime qu’il convoite. Vous voyez se dessiner le triangle amoureux autour de ces trois personnages et vous l’aurez compris, l’histoire tournera autour de l’entreprise de Solal. Arianne sera malheureusement réduite à une simple proie, une idiote soumise et béate. Elle ne sera pas un moteur de l’histoire à proprement parler et c’est toujours Solal qui fera avancer l’histoire, jamais elle, même si Albert Cohen lui prête parfois quelques chapitres.

C’est Solal encore une fois qui mènera Arianne vers les hauteurs sublimes de l’amour…Avant de l’entraîner dans sa chute. Belle du Seigneur, c’est avant tout une réflexion sur l’amour et la séduction, sur les moteurs du désir et sur la relation qui peut  unir un homme et une femme de l’amitié à la passion en passant par la jalousie et parfois la maltraitance.

Ma Critique :

L’intrigue : C

Difficile de noter en bien ou en mal l’intrigue de ce roman. Pour les bons côtés, je note l’histoire qui comporte quelques rebondissements qui viennent pimenter l’intrigue. Ils permettent de davantage apprécier la façon qu’à Solal d’intriguer et de mener l’histoire en sous main. Pour ce qui est des mauvais côtés, je trouve que l’histoire avance finalement très peu et surtout, trop lentement. C’est fou ce qu’Albert Cohen s’écoute parler (se lit écrire) ! On doit assister à des chapitres entiers de bain, de monologue inutiles et de langage grandiloquent et c’est vraiment, vraiment trop. La partie la plus intéressante dans l’intrigue, c’est également celle qui est la moins développée : ce sont les intrigues politiques dans lesquelles Solal s’embourbe et elles sont intéressants parce qu’elles permettent de donner un peu de profondeur à un personnage creux et centré sur lui-même.

Les personnages : A

Je n’ai pas aimé les personnages et pourtant, je dois reconnaître qu’ils sont cohérents et ils laissent leur marque sur l’intrigue. On a d’un côté Arianne, femme belle mais soumise et de l’autre Solal, aussi charmant par son verbe et son cynisme désabusé que repoussant par sa jalousie, ses préjugés et son mépris étourdissant. Solal est un personnage réellement intéressant et creusé et les 1100 pages vous permettront de vous familiariser avec les multiples facettes de ce personnage ambiguë. Ce sont les personnages avant toutes choses qui font avancer l’intrigue, leurs actions, leur vision des choses, leur paroles parfois et en cela, ce sont vraiment des personnages bien construits. Ce roman fait la part belle à la psychologie et on a l’impression d’observer en vase clos un couple évoluer et leur amour se déliter…

Le Fond : D

On aborde ici le point qui m’a fait détesté ce roman et cet auteur. J’ai été écœuré pour tout vous dire presque jusqu’à la nausée par l’idéologie sous-jacente qui transparaît au fil des pages.

Pour les points positifs, il y a tout d’abord cette superbe critique, drôle et impitoyable de sarcasme d’une bourgeoisie hypocrite obsédée par son propre statut. Albert Cohen nous montre de façon subtile toutes les contradictions de cette bonne société bien pensante, toutes ses failles, ses mensonges et ses façades, un peu comme le chien dans Le Magicien d’Oz qui soulèvera le rideau et révélera le mécanisme du machiniste, le truc du prestidigitateur…On imagine la Société des Nations comme un haut lieu de débats démocratiques garants de la paix mondiale mais on se trompe nous dit Cohen et il nous montre ce petit monde d’hommes stupides et vains obsédés par leur statut…

Que dire également de cette vision pessimiste mais ô combien véritable de l’amour ? Que resterait-il des grandes passions si comme Solal et Arianne ils avaient été condamnés à l’isolement ? L’amour n’est-il pas, comme il l’affirme, condamné à se déliter au fil du temps et la passion des premiers jours à s’estomper peu à peu jusqu’à s’affadir et perdre lentement ses couleurs et sa vivacité comme une magnifique toile usée par le temps…?

Ceci étant dit, peut-on faire abstraction des opinions politiques nauséabondes professées dans Belle du Seigneur ? Peut-on et doit-on ignorer la misogynie, le néo-sionnisme vindicatif et agressif du roman ? Solal frappe Arianne, il l’insulte, il la violente, la traite de chienne, la viole presque à un moment en lui arrachant sa robe alors qu’elle se débat…

C’est peut-être mon tort, mais ma sensibilité et mes affinités politiques m’empêchent d’apprécier un auteur aux valeurs aussi diamétralement opposées aux miennes. Albert Cohen ne m’inspire que du mépris et du dégoût mais certainement pas l’envie de creuser davantage son oeuvre.

Style : A

Ce livre est, effectivement, magnifiquement bien écrit. La langue est riche, emphatique, poétique, parfois ampoulée. Cohen était davantage à mes yeux un poète qu’un romancier. J’ai trouvé dommage cependant que cet style ne soit pas mis au service de l’histoire. La forme est ici une fin en soi et non plus un moyen pour exprimer une chose.

Ce livre a également le mérite d’être inventif. Littérairement, c’est un tour de force avec ses chapitres entiers qui suivent le monologue intérieur des personnages, des monologues sans autre ponctuations que les fautes d’orthographe et de syntaxe voulues par l’auteur pour coller au mieux au style oralisé. J’ajoute que ces chapitres sont particulièrement durs à lire. Sans aucune ponctuation, cela devient souvent difficile à suivre. D’une façon générale, c’est le reproche général que je ferai au roman : de sacrifier sans cesse l’accessibilité et l’intelligibilité de l’oeuvre pour l’esthétique littéraire. Ce livre n’a pas pour vocation de transmettre un message au plus grand nombre mais plutôt d’être discuté dans les salons par quelques élus dotés d’une solide éducation littéraire…

Longueur : E

Ce roman est insupportablement lourd et indigeste. Ce sont 1100 pages d’une lourdeur absolument incroyable. On a l’impression souvent que cette longueur n’a d’autre but pour Cohen que de faire étalage de son génie littéraire et de montrer comment qu’il cause bien. Cohen se gargarise voire même se masturbe de son beau parler et je ne peux pas chasser de ma tête l’image d’un vieux bourgeois qui se lit des extraits de sa propre prose en fumant son cigare dans un divan de soie. En un mot comme en cent, il s’écoute parler.

Général : C

Je suis très mitigée quant à ma critique et c’est très difficile de déterminer réellement ce que j’en pense. C’était un très beau roman, bien écrit et bouleversant dans sa fin tragique (en fait si je n’avais été en société, j’aurais probablement versé une petite larme) mais vraiment écoeurant de mépris envers les pauvres et les femmes. Je me suis vraiment sentie salie dans ma condition de femme en lisant ce livre. C’est d’ailleurs amusant de voir une personne s’insurger contre l’antisémitisme et devenir à la première occasion le plus virulent des oppresseurs…

En Bref :

Ce roman m’a beaucoup apporté en terme de réflexion sur le genre humain et je continue de penser qu’il faut l’avoir lu au moins une fois dans sa vie même si personnellement, j’ai détesté. Disons qu’objectivement c’est une oeuvre magistrale mais subjectivement, je ne peux faire abstraction des idées nauséabondes que Cohen défend. Belle du Seigneur, à l’image de Solal c’est beaucoup d’apparence et de grandiloquence mais mieux vaut ne pas trop creuser le fond.

Et enfin :

Pavé de l'été

Voici le premier pavé au bout duquel je suis péniblement parvenue après plusieurs semaines mais j’entends bien que ce ne soit pas le dernier ! Après tout j’ai encore quelques livres qui m’attendent sur ma pile…

Le Plus étrange des anniversaires : Birthday Girl, Haruki Murakami

Ce dimanche, nous nous retrouvons autour d’une nouvelle très courte, à peine plus de cinquante pages dans sa version illustrée. Je suis en train de terminer la lecture d’un gros pavé particulièrement chiant (je prépare d’ores et déjà une critique assassine…) et je n’ai guère le temps pour autre chose que des histoires courtes et des jeux vidéos en ce moment…Je vous présente Birthday Girl de l’écrivain japonnais Haruki Murakami.

Une superbe édition cartonné comme je les aime pour cette nouvelle histoire de Murakami, le maître de l’étrange souvent décrit comme le plus occidental des auteurs japonnais. On retrouve encore une fois les talents de traductrice de Hélène Morita ainsi que les magnifiques illustrations de l’illustratrice allemande Kat Menschik. Un super trio.

Les Illustrations :

Comme pour l’Etrange Biliothèque, les illustrations sont encore une fois magnifiquement travaillées, toujours soignées, toujours à propos. Ces feuillets de couleur rouges et blancs accompagnent à merveille la nouvelle, un peu comme le bon vin et le fromage. On ne retrouve pas les reflets impressionnant que l’on pouvait observer dans l’Etrange Bibliothèque mais l’illustratrice travaille encore une fois par juxtaposition d’images les unes sur les autres. On admirera cette fois-ci le rendu de la lumière et des ombres, une petite tâche blanche sur les ongles, une bande blanche sur la jambe et c’est tout le dessin qui s’anime. J’aime beaucoup personnellement le côté très simple, très épuré des illustrations qui colle bien au style de Murakami. Les images donnent une dimension supplémentaire au texte en insistant sur certains passages, certains descriptions…

L’Intrigue :

Murakami vous propose de revenir sur les meilleurs années de votre vie et en particulier votre vingtième anniversaire, un jour semblable à aucun autre selon l’un des personnages. Par le truchement d’une narration à la première personne très discrète, le maître vous invite à la réflexion et à l’introspection en vous posant la question suivante : si vous pouviez demander une chose, n’importe laquelle, faire un vœu, que désiriez-vous ? Voudriez-vous changer d’apparence, être plus intelligent(e) ? Croiriez-vous un inconnu qui vous affirme pouvoir réaliser votre souhait le plus cher ? Accepteriez-vous seulement de vous prêter au jeu ou repousseriez-vous l’inconnu avec un sourire en le traitant d’enfant ? Regretteriez-vous de ne pas avoir souhaité autre chose ? Autant de questions auxquelles Murakami s’intéresse avec son goût habituel pour l’étrange et le fantastique…

C’est l’histoire d’une jeune femme qui travaille à mi-temps dans un restaurant italien d’un quartier chic de la ville. Elle a la vie devant elle, elle est étudiante, elle est jeune, elle est belle et elle est actuellement dans une sorte de creux, un passage à vide comme nous en connaissons-tous à un moment ou à un autre. Elle est loin de ses parents et elle d’est disputée avec son petit ami, c’est son anniversaire mais personne ne l’attend et elle s’apprête à vivre une journée ordinaire comme elle l’explique à sa collègue souffrante qu’elle doit remplacer ce jour là.

Nous avons donc à première vue un personnage très terre à terre, travailleuse et raisonnable solidement ancrée dans sa routine. Elle décrit avec beaucoup de précisions ses collègues dont la femme chargée des encaissements et des appels téléphoniques vissée depuis des temps immémoriaux à son bureau, toujours égale à elle-même, réglée comme du papier à musique, aucune parole, aucun sourire, rien, une sorte de robot…Il y aussi son directeur qui se plie tous les soirs au même rituel : à huit heures précises, tous les soirs, il apporte son dîner au propriétaire du restaurant qui habite l’immeuble. Personne d’autre que lui n’a le droit de le faire, il est donc le seul à savoir à quoi ressemble le propriétaire. Ce dernier mange toujours la même chose : du poulet, peu importe sa provenance, peu importe la cuisson ou l’assaisonnement…Il renvoie systématiquement son plateau sans le moindre commentaire quoi qu’on fasse.

Un événement va venir bousculer cette routine comme souvent dans l’univers de Murakami, une sorte de fausse note dans cette partition, et comme souvent elle est annoncée par une sorte d’événement extérieur qui signale le décrochage du réel, le glissement subtil vers un univers parallèle où tout est possible…Cette fois-ci ce sera la pluie, des pluies diluviennes, torrentielles, qui viennent battre contre le carreau, effarouchant tous les clients qui préfèrent rester au chaud chez eux.  Ensuite, ce sera le Directeur, un homme à la santé des fers qui sera pris d’une douleur a ventre et filera à l’hôpital en demandant à la serveuse de porter son repas au propriétaire à la chambre 604 selon un rituel bien précis.

La jeune femme fait ce qu’on lui demande. Elle porte son repas au propriétaire à huit précises et celui-ci lui propose de passer cinq minutes à sa compagnie. Affable, il la fait asseoir, lui propose de trinquer. Elle essaie de s’esquiver à plusieurs reprises, insistent, invoquant son travail au restaurant mais le propriétaire, un vieil homme élégant, très chic, très poli, la convainc de rester à chaque fois, un peu comme ci un destin plus fort qu’elle la garder dans cette chambre 604. Enfin, il lui fera une proposition tout à fait extraordinaire…Pour fêter son vingtième anniversaire, il lui propose d’exaucer un voeu, un seul, n’importe lequel…

Ma note :

Illustrations : B

De très belles illustrations, un magnifique travail de Kat Menschik qui et malheureusement un peu en dessous des superbes planches de l’Etrange Bibliothèque. Je regrette un peu le monochrome rouge et blanc qui toutefois collent assez bien comme je le disais au style dépouillé de Murakami.

Scénario : C

Un scénario à la fois classique et bien rodé : routine bien installée puis élément perturbateur et enfin réflexion sur ce que cela apporte à notre vie, en quoi elle s’en trouve changée ou non. C’est un peu simpliste, sans surprises mais cela fonctionne. Tout s’enchaîne avec cohérence et les événements mis bout à bout révèle la portée du roman.

Portée : B

Toute la magie de Murakami qui opère : des personnages pour le moins discrets, une intrigue classique, on ne sait pas ce qu’on a aimé dans ce roman et pourtant il laisse toujours en bouche une saveur particulière, la saveur douce-amère des réflexions sur l’existence peut-être…On apprécie la portée philosophique d’une nouvelle écrite à demi-mots comme une oeuvre abstraite qu’il nous reste à interpréter…

Personnages : D

Des personnages à peine visibles qui se sont au service du roman et non l’inverse. Les personnages sont souvent simples, dotées d’une ou de deux caractéristiques mais jamais trop fouillé, juste ce qu’il faut. Ce n’est pas un roman psychologiques et les personnages ne laisseront sans doute pas une grande marque sur votre esprit.

Style : C

Il était une fois, un auteur qui s’essayait à écrire un roman mais en dépit de toutes ses tentatives, ils ne parvenaient pas à trouver son style. Il délaissa donc sa langue maternelle, le japonnais et choisit de rédiger ses textes en anglais, un anglais très simple, très dépouillé, avant de les traduire en japonnais. Cette histoire c’est celle de Murakami et de ses phrases très courtes, limite télégraphiques. De petites touches chirurgicales qui brossent un décor, des personnages puis des intrigues, jamais une parole de trop. C’est très accessibles et en même temps très envoûtant. Difficile de noter un style comme celui de Murakami car ce n’est pas de la haute voltige littéraire et pourtant j’aime beaucoup…

Accessibilité : A

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une histoire difficile à lire. Les mots s’enchaîne de façon simple et limpide, à peine a-t-on le temps de se caler dans son fauteuil qu’on en a achevé la lecture…La littérature à portée de tous. Il n’y a aucune règle, tout est permis, chacun est lire d’interpréter la nouvelle comme il le souhaite.

Général : B

Une nouvelle sympathique avec laquelle on passe un bon moment, tant au niveau du texte que des illustrations. On rentre assez facilement dans l’histoire. Elle est un cran au dessous de l’Etrange Bibliothèque mais elle reste agréable.

En Bref :

Une nouvelle histoire courte de Murakami initialement tirée d’un recueil de nouvelles « Saules aveugles, femmes endormies » mais les éditeurs Belfond et 10/18 ne saurait résister à ce marché juteux qu’est la réédition avec un petit quelque chose en plus (des images, des notes explicatives, une nouvelle préface, etc…). Tout l’histoire tourne autour des désirs de l’être humain, du temps qui passe, de la réalisation de soi et de la rencontre avec l’étrange. Cette nouvelle et les interrogations qu’elle suscite laisse une impression agréable mais si on regrettera certaines parts d’ombre qui subsistent à la fin du roman. Murakami ne répond jamais  toutes les questions soulevées et il faut accepter ce voile de mystère pour plonger dans son univers. Je la conseille parce qu’elle est très courte, magnifiquement illustrée et on passe au final un bon moment, même si ce n’est pas sa meilleure.

Un jeu qui sent bon les vacances : Super Mario Sunshine

Ce dimanche, j’eusse aimé vous parler d’un jeu de foot comme Fifa 2000 mais les jeux de sport n’étant pas ma tasse de thé, je préfère revenir vers les bons vieux classiques, les aventures du plus connu des plombiers à moustache : Mario !

Impossible de ne pas connaître la célébrissime licence, vous connaissez tous au moins Mario, sa petite salopette bleue et son T-shirt rouge, sinon Peach, Luigi, Boswer, Yoshi, Boo, les Koopa, bref, toute la flopée ! En revanche, vous ne connaissez peut-être pas ce très bon jeu sorti sur Gamecube en 2002 : Super Mario Sunshine.

C’est un des seul opus auquel j’ai joué si l’on exclut Mario Kart sur Wii et le très vieux Mario sur Gameboy dans ma toute petite enfance…Je ne suis pas une grande fan des jeux de plateforme de façon générale même si à l’occasion, un petit Rayman ou un petit Mario, ça a son charme…

C’est d’ailleurs un des seuls jeux de plateforme à proposer un (petit) scénario à proprement parler, c’est à dire une histoire qui se suit et dans laquelle on progresse au fil des niveaux. Vous incarnez bien sûr Mario et alors que vous vous apprêtez à prendre des vacances bien méritées sur l’île Delfino, vous vous retrouvez bientôt a coeur d’un complot…Un individu se faisant passer pour Mario enchaîne les actes malveillants : dégradations en tous genre, graffiti, destruction de l’habitat naturel des Piantas (les insulaires de l’île Delfino)…Vous êtes jugé en procès et condamné à nettoyer tout cela, armé d’une super pompe à eau :

Pompe à eau Mario.jpeg

Cette pompe à eau deviendra au fil des épreuves votre meilleure amie. Elle vous servira à la fois à nettoyer les graffitis, à vous débarrasser des casse-pieds, à planer brièvement au dessus d’un obstacle grâce à l’aéro-buse ainsi que quelques autres fonctionnalités que vous débloquerez plus loin dans l’aventure. La prise en main est assez intuitive et passées les premières heures de jeu, le contrôle de Mario, de la vaste étendue de ses cabrioles ainsi que de la pompe devient naturel.

Apprêtez-vous à parcourir l’île en long en large et en travers, à enchaîner les petits niveaux et les minis-jeux car le jeu est plutôt long. Vous débloquez des passages vers des lieux voisins de l’île, les Colline Bianco par example ou encore la Baie Noki qui est juste splendide. Les décors sont variés et travaillés, vous passez de falaises chargées d’histoire à une plage romantique illuminée par un coucher de soleil en passant par un hôtel, un petit village dans les montagnes, un port de pêche, un parc d’attractions…C’est coloré, c’est joyeux, c’est bon enfant et c’est un réel plaisir de découvrir à chaque fois une nouvelle facette de l’île Delfino et d’évoluer dans ces decors paradisiaques qui évoquent ô combien des vacances de rêve ! Voici ci dessous quelques images de ce jeu magnifique :

A chaque nouveau lieu ses huit niveaux que vous devez compléter dans l’ordre jusqu’au niveau 7 au moins pour débloquer la dernière phase du jeu, l’affrontement final…Vous devrez vous acquitter de mission aussi divers et amusants que du surf à dos de calmar, une fleur piranha qui crache de la boue, un Gigantesque Calmar qu’il vous faudra battre (oui les développeurs font une fixette sur le calmar…), une course de vitesse, quelques petits niveaux de plateforme qu’il vous faudra réussir sans l’aide de votre précieuse buse…Chaque niveau est récompensé par l’obtention d’un soleil, soleil qui illumine l’île Delfino et fournit l’énergie nécessaire aux habitants. Pour vous donner un ordre d’idée, alors qu’au début l’île toute entière est plongée dans l’ombre, à la fin il vous faudra des luettes de soleil pour ne pas être ébloui car à chaque nouveau soleil, le voile de ténèbres recule et la luminosité augmente.

De belles heures vous attendent avec ce titre ma foi fort sympathique. J’ai lu quelques part qu’il était réservé aux gamers hardcores mais très honnêtement, vous devriez en venir facilement à bout d’autant que les vies sont faciles à obtenir et le jeu n’est pas franchement vicieux comme peuvent l’être d’autres jeux. C’est un titre auquel j’ai joué et rejoué toujours avec le même plaisir, toujours avec la même envie, le même enthousiasme…Je ne peux que vous le conseiller en espérant que vous passerez comme moi un bon moment !

Ma Note :

Scénario : B

Un petit scénario certes simpliste mais bien suffisant, juste ce qu’il faut pour insuffler vie et cohérence au titre. Personne ne s’attend à un scénario de ouf en jouant à un jeu de plateforme de toutes façons…

Jouabilité : A

Étonnamment et en dépit du vaste éventail d’actions possibles, la prise en main est fluide et très facile. S’il vous faudra peut-être quelques heures pour maîtriser les sauts périlleux, les sauts sur le côté ou les charges au sol, une fois que vous vous serez familiarisé avec votre personnage, tout vous paraîtra automatique. Les possibilités sont immenses grâce à la pompe qui est un élément central. Vous ne pouvez accéder à certains endroits qu’en utilisant une pompe bien précise par exemple ou encore en ayant recours à l’aide Yoshi.

Graphismes : A

Je suis peut-être trop généreuse mais vraiment, les décors en mettent plein la vue. C’est vraiment un plaisir toutes ces couleurs et tous ces détails. Les fonds sont particulièrement travaillés dans les épisodes purement plateforme tantôt cubiques, clin d’oeil aux premières versions, tantôt mélancoliques comme le soleil couchant du casino…J’aime particulièrement le rendu de la boue. les nuances de couleur et les reflets…On a réellement l’impression de la consistance et du mouvement. Chose amusante d’ailleurs, votre personnage se salit lorsqu’il entre en contact avec la boue !

Bande-son : B

Quelques vieux titres remixés comme le mythique thème de Super Mario Bross ou encore cette musique légèrement angoissante lorsque vous entrez dans les égouts…La bande-son colle admirablement bien à l’atmosphère du jeu et chaque niveau a son identité musicale. Elle sera envoûtante pour la plage Sirena, mystérieuse pour l’hôtel, gaie pour le parc d’attraction…Je ne parle même pas des bruitages qui sont toujours très drôles, en particulier les dialogues avec les Piantas ou les cris indignés de la Princesse lorsque vous lui jetez de l’eau dessus (et on va pas se mentir, ça fait tellement plaisir de l’asperger cette espèce d’enquiquineuse !).

Durée de vie : B

Une durée de vie très correcte assez similaire aux autres titres de la console. Comptez autour d’une trentaine d’heures de jeu minimum, peut-être plus si vous souhaitez approfondir davantage, aller récupérer les soleils des plus retors des niveaux…

Général : A-

Un jeu très, très sympathique auquel vous devriez avoir plaisir à jouer. Seuls bémols, la caméra qui parfois à la fâcheuse manie de vous cacher le décor et peut-être la difficulté qui pourra en rebuter certains, surtout les plus jeunes.

En Bref :

Ne passez pas à côté de ce titre si vous aimez les jeux de plateforme. Vous serez conquis par l’île Delfino et ses merveilles, charmé par ses décors de carte postale…Le jeu peut-être dur par moments, j’ai du recommencer certains niveaux plusieurs fois mais le jeu vous enchante tellement au final que vous prenez plaisir à réessayer. Je suis de ceux qui aiment les défis de toutes façons et la difficulté élevée loin de me rebuter me séduit. N’hésitez pas si vous en avez l’occasion de jouer à ce titre, vous reviendrez m’en donner des nouvelles 😉