L’Amant de Lady Chatterley – D. H. Lawrence

Bonjour à toutes et à tous ! Me voici de retour avec un nouveau classique britannique qui a fait couler beaucoup d’encre depuis sa publication puisqu’il a très longuement était censuré. Bien sûr, quand on lit ça en 2020, je vous cache pas qu’on a un effet un peu « Tout ce foin pour ça ? ». Il s’agit bien sûr de « L’Amant de Lady Chatterley » grand classique de la littérature érotique et je vous cacherai pas que quand on achète ça à la librairie de quartier avec « Sodome, ma douce » de Laurent Gaudé…On se sent légèrement mal-à-l’aise.

Au delà des scènes -pas si kinky que ça par ailleurs – de quoi parle exactement ce livre ? Quels sont les personnages, l’intrigue ? Est-ce du sexe gratuit pour le seul plaisir pornographique ou tout cet étalage génital a-t-il un but supérieur ? Tout cela, et bien plus dans mon billet (j’ai soigné mon approche vous en conviendrez !).

L’Intrigue

L’Amant de Lady Chatterley publié en 1928 relate l’éveil à la sexualité d’une jeune femme de la haute société dans l’Angleterre de l’après-guerre. Lassée par le peu d’attentions de son mari revenu blessé et impotent du front, elle se tourne vers un dramaturge d’abord puis vers le garde-chasse de la propriété de son mari, Wragby Hall. Olivier Mellors, puisque tel est son nom, va l’éveiller au plaisirs de la chair et de la sensualité…Leurs premières rencontres ont lieu dans la forêt. Mellors l’ignore ostensiblement. Il faudra quelques hasards, un message à transmettre, la clé d’une hutte isolée dans laquelle Mellors élève des faisans pour la chasse, pour qu’enfin, les deux personnages se rapprochent. C’est une relation essentiellement et même exclusivement charnelle qui se développe entre eux. Mellors parle très peu, il se contente de la coucher et de la…Enfin je vais pas vous faire un dessin. Peu à peu, ils apprennent à se connaître et nombre de leurs discussions éclaireront le lecteur sur les idées de l’auteur, car Mellors était son porte-parole, sur sa vision de l’Angleterre sur le déclin et surtout, sur ce fléau qu’est l’ère industrielle. Il faudra les quelques révélations du garde-chasse pour que réapparaisse son ex-femme (le divorce n’a pas été prononcé en réalité et légalement, ils sont toujours mariés, faille que Mme Mellors n’hésitera pas à exploiter) et qu’éclate (timidement car partiellement étouffé) le scandale, un scandale à, l’image de ces tempêtes de neige contenues sous globe car s’il prend place dans la sphère fictive du roman, il se pourrait bien qu’il annonce quelques peu les retombées de ce roman sulfureux.

Ce que j’en ai pensé :

Le scénario :

Je n’ai pas grand chose à dire du point de vue du scénario qui est cohérent, progressif et logique. Si la première partie du roman traite de leur rencontre, le passif de Constance, sa vie monotone à écouter son intellectuel de mari se livrer à de grandes parties de masturbation intellectuelle par une élite toute aussi émasculée et anesthésiée que lui, la deuxième traite de l’histoire Connie – Mellors et de ses répercussions. on a reproché à Lawrence une fin très peu dramatique car un peu dans le flou, l’expectative. Aucune forme d’achèvement n’est réellement atteinte et on a l’impression d’être laissé-e au beau milieu de l’histoire. Personnellement, ça ne m’a pas dérangé. Je n’attendais pas forcément un fin trop différente…

Les Personnages :

Bon, asseyez-vous sur votre siège parce que là, il y a du lourd. Je vais essayer de pas trop m’énerver. Par où commencer ? Disons que les personnages tournent principalement autour d’un Triangle amoureux : Mari – femme – amant. le mari trompé (dont j’ai déjà oublié le nom) est un personnage assez (trop ?) conventionnel et il n’y a pas grand chose à en dire. Progressiste sur le fond social, très conservateur sur le plan économique, il a hérité en même temps que de Wragby hall, de la responsabilité d’une mine de charbon sur le déclin et il cherchera à travers le roman, à trouver des solutions et notamment de nouveaux débouchés pour ne pas que ferment les mines et que les mineurs se retrouvent sans rien. Il est physiquement vissé à son fauteuil roulant. C’est un homme qui reste dynamique, vigoureux, et qui s’emporte facilement.

Connie quant à elle est un personnage dont on apprécie la féminité, la complexité et le côté très introspectif . Elle dépérit lentement dans les couloirs obscurs de Wragby hall, privée de vie sensuelle et elle ira trouver dans les bras de Mellors ce que son mari ne peut lui donner : une vie qu’on ne se contenterait pas de discuter mais de vivre. Lassée des grandes discutions intellectuelles qui ne mènent jamais nulle part, elle aspire à une vie nouvelle qui ne serait plus déconnectée du corps et de ses plaisirs.

Mellors enfin est un personnage complexe assez peu crédible. Il représentait pour D. H. Lawrence le parfait exemple de l’homme…parfait justement. Issu de la classe ouvrière, il est intelligent, éduqué, aurait pu faire carrière dans l’armée mais ne supportait pas les rapports d’autorité, il sait travailler de ses mains mais également tenir des débats en société. Son personnage est traversé par une dualité entre son côté ouvrier qui use du dialecte local et travaille de ses mains et son côté plus aristocratique avec son anglais upper-class irréprochable, son grade dans l’armée et son éducation. Ceci étant dit, c’est un personnage très peu sympathique et c’est un euphémisme. Arrogant, hautain, méprisant, bourré de préjugés sexistes, homophobes, antisémites racistes (combo !), il n’éprouve pour Connie aucun semblant d’affection et il ne s’intéresse en fait qu’à son vagin. D’ailleurs, les deux ne s’appellent jamais par leur prénom, uniquement par des petits surnoms qu’ils donnent à leur sexe (John quelque chose pour lui et Lady Jane pour elle).

Il y a également l’infirmière de Lord Chatterley qui apparaîtra plus tard pour assumer les fonctions de gouvernante, infirmière, garde-malade, maman etc…Sa relation avec son patient est très particulière (et pas très éthique sur le plan médical je pense) faite de mépris et de fascination. Elle lui en veut car son mari est mort dans les mines que détient Lord Chatterley et la direction a refusé de l’indemniser car soi disant c’était de sa faute et il n’avait pas respecté les consignes de sécurité. D’un autre côté, elle aime son côté aristo et prend un petit plaisir qui n’est pas dépourvu de sensualité à bichonner son petit patient…La soeur de Connie Hilda a ma préférence, même si Mellors se permet de la rembarrer très rudement (il lui dit qu’en gros, parce qu’elle n’est pas docile, elle n’est pas baisable en tant que femme).

Profondeur :

Difficile de juger car on sent bien que D. H. Lawrence avait une réelle idée en tête en écrivant cela. Il y développe des idées dont certaines sont assez novatrices, d’autres complètement loufoques. l’idée principale, celle que j’ai retenue, est que l’Angleterre, prise au piège de la modernité, embourbée dans le marasme de la Grande guerre et de la reconversion post-industrielle est devenue, telle Lord Chatterley, une infirme clouée dans un fauteuil, émasculée, privée d’énergie et de sentiments, absorbées par les froides considérations de l’esprit au mépris des exigences du corps. Ce qu’il faut à l’Angleterre de nouveau selon Lawrence, c’est un souffle nouveau. Exit les machines et le charbon, exit les bicyclettes qui font râler Mellors (j’en connais un qui aurait pas voté les Verts en 2020 !), les hommes redeviendront des hommes virils en pleine possession de leur moyen, des mecs qui ont des balls quoi, ils délaisseront les prisons de béton pour des jolies petites maison dans la campagne et cesseront d’embrasser les idées révolutionnaires bolcheviques qui égarent la jeunesse. Pour ça, comment procéder ? Rien de plus simple : les hommes doivent porter des pantalons rouges. Non, non, c’est pas une blague. Je rappellerais bien à Mellors qu’outre Atlantique ce sont les pantalons rouges Garance qui nous ont coûté le début de la Grande Guerre…Ils porteront de jolis pantalons, réapprendront à se comporter comme des hommes tandis que les femmes redeviendront des femmes (comprenez dociles, tjrs prête à s’offrir à leur mari et toujours enthousiastes bien sûr car si les femmes ne jouissent pas nous apprend Mellors, ce n’est pas parce qu’il s’y prend comme un manche, non, c’est juste elles qui sont frigides, ce sont des femmes qui n’aiment pas les hommes, des lesbiennes, et, nous dit Mellors, il faudrait les buter) et ainsi, tout rentrera dans l’ordre. L’idée de Lawrence, c’était que l’homme devait accepter et même embrasser pleinement la part animale de son désir et s’accomplir non plus à travers les idées et l’abstrait qui rendent les hommes froids, insensibles et apathiques, mais à travers les plaisirs sensoriels et en particulier le sexe. D’ailleurs on le voit au départ : Constance Chatterley étant privé de relations charnelles par son mari rendu impotent (d’ailleurs, il est traité comme un poids, on ne sent aucune pitié ni aucune reconnaissance du fait qu’il a été se faire trucider pour que son garde-chasse puisse tringler sa femme et lui faire un petit dans le dos) dépérit physiquement : elle devient faible, maigrichonne, maladive et c’est le fait de se trouver un amant qui lui rendra sa santé.

Style

On m’a présenté le style de Lawrence comme étant simpliste, accessible, et effectivement, ce n’est pas très compliqué. Il fonctionne beaucoup par répétitions en faisant des phrases lentes et en insistant par des adverbes. Cela a un côté très enfantin qui sans être réellement dérangeant ne laisse pas une trace indélébile.

Accessibilité :

L’Amant de Lady Chatterley n’est pas un long roman compliqué. C’est plutôt court et rythmé, j’ai lu les premiers chapitres d’une traite même si le tout début servant à introduire l’enfance de Constance est un peu longuette. C’est facile à comprendre même en VO grâce au style.

Sexismomètre :

Je vais pas vous faire de dessin, ce livre est une des pires abominations sexistes qu’il m’ait été donné de lire. Mellors est une sorte d’incel des années 20, un type qui, déçu par les quelques femmes qu’il a rencontrées se met à haïr les femmes mais les haïr avec une force…Je n’ai jamais lu de propos d’une telle violence sur la gent féminine. Mellors va jusqu’à appeler au meurtre des femmes frigides. Il en fout plein la tronche à son ex-femme parce qu’elle voulait tout le temps ken quand lui voulait pas et ne parvenait pas à avoir d’orgasmes simultanés. Pire encore, alors que lui redescendait (sexuellement je veux dire…), elle qui n’avait pas atteint son pic continuait à se masturber sur son corps inerte. Elle était donc vue comme une démone mangeuse d’hommes, une Lilith 2.0 accusée de le vider de sa force virile et de lui couper les balls. Il a tout essayé nous dit-il y compris la forcer à avoir une relation sexuelle (#viol-conjugal-forever). Je ne sais pas s’il faut faire preuve de tolérance (et je me pose la question au moment même où j’écris ces lignes) eu égard à l’époque à laquelle ce roman a été écrit mais les choses décrites me paraissent tout de même anormalement violentes, y compris pour les années 20. On parle tout de même d’incitation à la haine, d’appel au meurtre et d’apologie du viol…Lawrence d’ailleurs ne s’arrête pas là et vous est offert avec ce petit florilège des délires misogynes les petites piques racistes et homophobes, sans oublier, inclus dans le packaging, les préjugés antisémites selon lesquels les feujs sont des brutes qui tyrannisent les bonnes gens car ils sont immensément riches…Bref, cette lecture est pleine de poncifs assez nauséabonds, mieux vaut donc le lire avec l’esprit critique en mode « on ».

En Général :

Il m’aura fallu de longues semaines pour écrire cet article tant, semble-t-il, je rechignais à me replonger dans l’histoire du plus sulfureux des romans Britanniques. Cette lecture était nécessaire car elle fait partie du patrimoine littéraire anglophone mais elle ne m’a pas pour autant été agréable ou profitable. Un livre donc qui m’a assez déçue car je l’imaginais libéré, loin des chichis bourgeois de cette époque, et pourtant, derrière le vernis progressiste « love sex », c’est tout un fatras d’idées réactionnaires du pire acabit. A noter tout de même le fait qu’en dépit de sa misogynie flagrante, il est l’un des rares romans écrits par un homme mettant en scène un personnage principal qui soit une femme et qui plus est une femme complexe et sensuelle douée d’une vie intérieure riche. Il est également l’un des romans qui s’attardent le plus sur l’orgasme féminin et c’est suffisamment rare à l’époque (aujourd’hui encore me direz-vous quand on sait à quel point il est difficile de voir le clitoris correctement représenté dans les manuels scolaires). Lawrence était-il un féministe qui s’ignorait ?

La prochaine fois :

Je pense vous faire un petit billet express sur une tragédie de mon dramaturge préféré, une pièce que je voulais depuis longtemps et que j’ai eu l’occasion d’étudier avec un jeune que j’accompagne…See you next time donc ! Je vous souhaite de super fêtes confinés !

Chanson douce – Leila Slimani

Bonjour à toutes et à tous ! Me voici de retour pour un nouveau roman, encore un Goncourt puisqu’il s’agit de « Chanson Douce » de Leila Slimani. Vous connaissez sans doute l’autrice franco-marocaine, au moins de nom, et ses prises de position féministes. Très critiquée pour ses chroniques écrites durant le confinement qui évoquaient un peu un confinement « à la riche » pépouze dans un petit appartement bourgeois, l’autrice ne s’est jamais cachée de ses tendances Macronistes. Enfin, politiquement parlant elle fait bien ce qu’elle veut cette dame, car c’est son bouquin qui m’intéresse aujourd’hui.

Le livre dont je m’apprête à vous parler est demeuré quelques temps en attente sur ma PAL. J’ai ressenti le besoin, après m’être tapé un pavé de 1000 pages,de repartir sur quelque chose de court. Chanson Douce s’est imposé comme le choix parfait.

L’Intrigue

L’histoire commence sans transition avec le récit du meurtre atroce des deux enfants. La mère est emmenée aux urgences en état de choc, la nourrice également, bien qu’il apparait que c’est elle qui aurait tué les deux bambins. La scène nous est décrite avec une grande violence et on ne s’attend pas d’emblée à cela lorsqu’on lit le résumé…Qu’est-ce qui a bien pu conduire à une telle horreur ? Se demande le lecteur · rice abasourdi · e…Sur le résumé, on lit simplement l’histoire d’une nourrice pas comme les autres, on nous parle d’une spirale basée sur la dépendance mais un meurtre ? Remontons le temps…

Myriam et Paul sont en couple tout à fait heureux, jeunes, dynamiques, bobos, lui travaille dans l’industrie musicale, elle a fait des études de droit…Qui s’arrêteront avec la naissance de son premier enfant parce qu’étant une femme, elle a surtout le droit de se taire et de s’occuper de ses mômes. C’est du moins ce que laisse entendre son mari qui n’est pas trop pour qu’elle retrouve un emploi…Pourtant, Myriam s’étiole dans la vie domestique, assise sur le tapis à jouer avec sa gamine (qui a l’air en plus d’être fichtrement insupportable et capricieuse…). Le déclic a lieu lorsqu’elle rencontre un ancien collègue alors que sa fille fait du manège. Il propose de lui trouver une place dans son cabinet et elle se laisse tenter…

Il leur faut alors trouver une nourrice, une personne qui inspire confiance, de préférence propre sur elle, parlant parfaitement français…Ils tombe alors sur Louise qui immédiatement leur apparait comme la perle rare : la cinquantaine, pleine de vigueur et d’énergie, une aisance naturelle qui enchantent les enfants, d’excellentes références…Pas de doute, c’est la nourrice idéale. Ou bien ?

Véritable conte moderne où les gentils enfants ne gagnent pas toujours, Chanson Douce met en lumière les thèmes de la dépendance, de l’enfance, de l’innocence, du fossé entre les classes et de la folie douce et les arrange pour nous concocter ce roman bref mais glaçant…

Ce que j’en ai pensé :

Scénario

J’ai écoute une interview de Leila Slimani qui disait que l’une des choses les plus difficiles au final dans ce roman était d’adapter le récit du quotidien pour en faire une histoire narrativement intéressante. A bien y réfléchir, c’est vrai que le quotidien d’une nourrice n’a rien de bien intéressant : c’est répétitif, simple, mécanique…Il a fallu a cette autrice se réinventer à chaque nouveau chapitre, telle Louise face aux enfants, afin de nous raconter toujours un nouveau jeu, une nouvelle sortie, un nouveau caprice des enfants…Le scénario est assez bien construit par le premier chapitre qui annonce tout de suite la couleur : on en vient à se demander tout le temps comment on en arrive là et au final…C’est relativement logique, le turning-point étant un voyage en Grèce…On voit Louise s’incruster toujours davantage dans la famille, rester quelques heures pour terminer la vaisselle ou ranger les jouets, puis s’asseoir à dîner…Et finalement dormir sur le canapé. C’est assez progressif et pourtant, ça aurait pu l’être davantage. A la toute fin, on demeure tout · e aussi surpris · e en tant que lecteur · rice de l’acte abominable commis par Louise. On ne comprend pas entièrement les mécaniques qui la pousse à une telle chose bien qu’on perçoive qu’il y ait quelque chose d’anormal. Au final, cela reste tout de même assez bien maîtrisé. Le scénario, assez linéaire, se déroule de chapitre en chapitre et tout s’enchaine relativement naturellement.

Personnages

On a trois personnages réellement importants et il s’agit de Louise, de Myriam et de Paul son mari. On sympathise beaucoup avec Myriam, surtout dans le milieu et la fin. Au début, elle apparait comme sympathique mais légèrement aigrie (ce qu’on comprend tout naturellement…Car qui aurait envie de se taper des études de droit pour finir assise sur le tapis à construire des tours en Kapla…). J’apprécie également Louise, en dépit de ce meurtre final. Elle apparait comme légèrement névrosée, mais profondément humaine dans sa détresse. Paul bien sûr est assez caricatural, c’est un bobo tout ce qu’il y a de plus « in » avec ses parents hippies qui se retrouve assimilé par le système néo-libéral jusqu’à en devenir un parfait représentant…Encore jeune mais établi, il devient patron lui qui auparavant était presque Zadiste et même un patron assez dur.

Style

Je ne connaissais pas du tout Leila Slimani et j’ai étais agréablement surprise par l’élégance de sa prose, plus encore que Alice Zénither qui devenait curieusement gauche dès qu’elle abordait les choses du corps. Leila Slimani demeure juste et maîtrisé en toutes circonstances, précises et minutieuse lorsqu’il s’agit de décrire une scène de meurtre par petites phrases lapidaires, légèrement plus imagée quand il s’agit d’évoquer une fin de soirée trouble et deux corps qui se rapprochent…Ce fut une lecture agréable, je pense retenter un de ses livres et je dois dire que j’aurais plaisir à voir son style évoluer (puisqu’elle est encore très jeune).

Profondeur :

Plus que de profondeur, on peut parler ici d’un intérêt psychologique et humain à décrire la lente descente en enfer de Louise, ses problèmes dont elle ne sait se dépêtrer, ses premiers conflits avec ses employeurs et ce voyage durant lequel elle peut goûter, l’espace d’un bref instant, à la vie des riches…On suit son quotidien, ses machinations parfois tordues pour parvenir à ses fins, ses curieux accès de violence parfois…C’est un personnage assez intéressant sur le plan psychologique.

Accessibilité :

Très facile à lire, court, bien écrit, accessible, simple…Aucune raison pour vous priver de ce livre qui enchantera de l’adolescence à l’âge adulte.

Sexismomètre :

On a de la part de Leila Slimani une vision assez critique du couple et de la vision très machiste que peut avoir Paul qui considère que sa femme en fait trop, exagère, qu’elle est bien en fait en femme au foyer…On ne parlera pas de Louise et de sa vie rendue plus dure encore par l’oppression d’un mari. Ce roman aborde en douceur des thématiques qui sont le quotidien de beaucoup de femmes et s’il ne développe rien de nouveau, cela fait tout de même du bien d’avoir un point de vue féministe là-dessus là ou une autre personne aurait juste considéré comme normal le fait que Myriam reste à la maison.

En général :

J’ai passé en compagnie de ce roman un moment court et agréable. J’ai découvert avec plaisir la plus de Leila Slimani que j’ai déjà hâte de retrouver. Sans être fascinant, incroyable ou mirobolant, ce roman a beaucoup de qualités et il se laisse facilement lire.

Next time :

Retrouvez-moi pour un roman en VO qui nous arrive de 1928. Roman sulfureux très longtemps interdit (et toujours interdit il me semble en Chine) écrit par un Britannique, il relate les amours interdites entre une Dame et un garde-chasse…

Winter of the World / L’hiver du monde – Ken Follet

Bonjour et bon dimanche à toutes et à tous, humains, chiens, chats, lapins, chinchillas (enfin pas trop les chinchillas parce que ça mord quand même…) ! Après une trèèèèès longue absence, me voici de retour. Long silence radio qui m’a permis de lire et de me rendre plus active sur d’autres plateformes, ce qui fait que j’ai plein de livres en retard…

Ce dimanche, je reviens donc avec ce pavé que je vous avais promis, je devais le finir pour le challenge pavé de l’été et…La rentrée ayant été mouvementée (conditions sanitaires délirantes oblige) je n’ai malheureusement pas trouvé le temps de le terminer avant la date butoir. Ce sera donc un pavé de l’après-été que je vais vous présenter…

L’Intrigue :

Tout comme son frère cadet, La Chute des Géants, ce roman se concentre sur le destin de plusieurs familles, ce qui permet à l’auteur d’explorer l’histoire de cinq points de vue différents. Nous retrouvons donc les Peshkov, les Williams, les Fitzherbert, les Von Ulrich, les Deware.

Les Peshkov sont les deux branches issues des deux frères, l’ayant étant resté en Russie, l’autre ayant immigré aux Etats-Unis. La branche russe raconte les péripéties de Volodya, fils de Lev (le frère ayant immigré) et de Katarina. Volodya travaille pour les services de renseignements. C’est un homme assez froid, calculateur et patriote, dévoué au Socialisme Bolchéviste, convaincu que la torture, les arrestations arbitraires et autres joyeusetés sont des dommages collatéraux temporaires avec lesquels il faut composer, le temps au moins de virer le camarade Staline.

Les Peshkov Américains sont les fils de l’escroc/homme d’affaires (les deux vont souvent ensemble d’ailleurs) Lev. L’un des deux est illégitime : il s’agit de Greg. Greg a grandi avec son père qui l’entraîne un peu dans ses magouilles. Il rêve de devenir puissant et influent comme son père, quelqu’un qui exercerait une forme de pouvoir sur les autres. Daisy quant à elle (un des meilleurs personnages à mon sens, on y reviendra) est une jeune fille superficielle et matérialiste qui rêve d’user de ses charmes pour mettre le grappin sur un type bien riche et bien niais. Elle est amie d’une exilée allemande du nom d’Eva. Autre famille américaine : les Deware sont les deux enfants de Gus et Rosa. L’aîné est aspirant politicien, féru de photographie. Il essaie de draguer une nana un peu plus âgée que lui qui lui a méchamment tapé dans l’oeil. Le cadet est passionné de marine.

Les Von Ulrich ont eu une fille et un fils : le plus vieux Erik est un crétin indécrottable, pas forcément méchant mais d’une bêtise absolument abyssale. Il embrassera les idéaux du parti Nazi, convaincu que tous les scandales qui éclatent ça et là contre Hitler sont des complots socialistes. La plus jeune fille voit ses rêves d’infirmière brisés par la montée de fascisme. Elle est amoureuse d’un jeune garçon qui travaille comme espion.

Les Williams seront vos préférés, Lloyd en tout cas est mon chouchou. Lloyd William est le fils d’Ethel et Fitzherbert père. C’est un jeune universitaire ambitieux et antifasciste, très impliqué dans la gauche de l’époque. Son demi-frère Boy (qui appelle son fils « Boy » déjà ?) fidèle à ses origines est un horrible petit gosse de riche arrogant, brutal, inconséquent et dépensier. Il épouse les idéaux de l’extrême droite britannique.

L’histoire personnelle de ces cinq familles, tout comme dans le premier tome, vont se mêler, se disjoindre, se retrouver au gré des événements historiques. Ken Follet nous invite cette fois à revivre les tristes événements du XXème siècle, la montée du fascisme et la seconde guerre mondiale notamment. Ce sont deux sujets extrêmement intéressants et malheureusement encore d’actualité.

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

Ken Follet a une technique : appréhender les grands événements à partir de la vie des petits : ces personnes qui, lorsque Hitler est devenu chancelier étaient présents dans la foule, ce scientifique qui a vu la construction de la première bombe atomique, ce visage derrière l’objectif d’un appareil photo qui a capturé les événements de Pearl Harbor alors qu’il était en vacances…L’auteur parvient à rendre l’histoire de chaque personnage dense tant en rebondissements qu’en engagements personnels et politiques. Ce sont au final une vingtaine d’années de l’histoire qui sont couvertes dans ces quelques 1000 pages. Il n’y a pas, à ma connaissance, d’incohérences historiques, ce bien que certains politiciens soient bien sûr traités plus durement que d’autres. L’histoire personnelle des personnages est intéressante quoique vite lassante. Ken Follet veut toujours forcer en rebondissements, en twists et en imprévus ce qui fait que parfois, des choses se font seulement pour se défaire quelques pages plus tard et on a l’impression d’un remplissage (ce dont il aurait pu s’abstenir).

Personnages :

Sans surprises, les gentils sont gentils, les méchants sont méchants. L’hérédité joue puisque Boy sera, comme ses parents une petite mauviette privilégiée détestable. Il y a généralement une constante dans les romans de Follet : les hommes riches, hétérosexuels et blancs sont forcément méchants, les femmes sont forcément gentilles. En fait, le lecteur peut calculer le quotient de sympathie d’un personnage par une formule quasi-mathématique : Ajouter +1 si le personnage est pauvre, homosexuel, noir, juif, femme. Retrancher -1 lorsque le personnage est un homme, riche, hétérosexuel, blanc ou communiste. Les gentils seront toujours du bon côté (comme Lloyd par exemple qui va à la fois se battre lors de la bataille de Cable Street, lors de la guerre civile espagnole et lors de la Résistance). Les méchants resteront méchants jusqu’à la fin, tant dans leurs choix politiques très contestables que dans leurs vies personnelles.

Seule exception notable : Daisy. Daisy commence riche, très superficielle, calculatrice comme son père et assez hautaine. Elle n’est pas vraiment méchante, mais ce n’est pas un personnage sympathique (elle embrasse même les idées fascistes pendant un temps). Pourtant, au fil de l’histoire, rencontre et événements viendront changer sa vie et c’est la seule qui évoluera réellement. On aurait aimé au final que tous les personnages soient comme elle : non stéréotypé, capable de changer sans pour autant oublier leurs erreurs…En bref, on aurait aimé que tous soient aussi bien construits qu’elle. J’aurais préféré au final moins de volume mais plus de densité.

Style :

Ken Follet n’est pas un grand auteur. Il écrit sans style, sans beauté (sans lourdeur non plus me direz-vous). Il maîtrise bien les techniques narratives (ce pour quoi ses romans se vendent bien) et sait capter l’intérêt de ses lecteurs. Pourtant, si la lecture, demeure agréable, il reste au terme une impression de fadeur…

Profondeur :

Le roman permet de réviser l’histoire en s’amusant si je puis m’exprimer ainsi (#vacancesapprenantes). Les grands événements sont bien décrits (même si toujours avec un indéniable parti pris). On rentre dans la mécanique des événements, on voit le nazisme séduire puis monter inexorablement, fort de propagande, de mensonges et semi-vérité…J’ai appris deux trois trucs que je ne savais pas. L’intérêt historique est indéniable même si cela reste de la fiction romancée.

En revanche, le roman n’apporte rien d’autre d’un point de vue réflexif, philosophique ou psychologique. Les personnages ne sont pas en proies à de longues remises en question qui les amènera à changer, ils ne reviennent pas réellement en profondeur sur les événements et au final, il sont presque trop survolés pour être réellement humains, attachants. Le texte n’a aucun intérêt littéraire ou poétique non plus, c’est vraiment de la littérature générale de divertissement. C’est un peu un cross-over entre Marc Lévy et Christian Jacq.

Accessibilité :

A cause ou grâce aux raisons susnommées, c’est un roman très accessible. Un ado je pense pour venir à bout de ce pavé sans mal pour peu que la longueur ne le rebute pas. C’est un bon livre pour la plage ou les longs trajets car cela reste un « page-turner », c’est à dire que ça bouge beaucoup, les événements se bousculent et on ne s’ennuie jamais. Dommage car ce format de lecture commence à me lasser…J’ai l’impression à chaque fois d’un fast-food ou d’un marathon : quantité mais pas qualité, quelques chose de rapide mais sur le long terme d’épuisant intellectuellement car aucun moment de creux pour digérer les infos.

En Général :

Un livre assez fidèle à ce qu’à pu produire Ken Follet, en bien comme en mal. Agréable, sympathique, léger sont autant de qualificatifs qu’on pourrait lui attribuer. Dommage que qualité et réflexion ne soient pas toujours au rendez-vous pour cette période historique qui mériteraient tellement plus qu’un simple balayage superficiel…Je crois que je commence à me lasser un peu de l’auteur gallois même si j’ai encore plusieurs de ses best-sellers sur ma pile…

La Prochaine fois :

Je ne vous dis pas la semaine prochaine parce que ce sera sans doute après, mais je reviendrai prochainement avec un Goncourt, un roman qui a beaucoup fait parler de lui rédigé par une jeune autrice franco-marocaine.

L’Equipage Joseph Kessel

Bonjour à toutes et à tous, ce dimanche, voici venir « L’Equipage » écrit en 1924 juste après la grande guerre par l’écrivain français Joseph Kessel. Joseph Kessel, vous le savez sans doute, est un écrivain récemment entré dans la Pléiade, grand journaliste, écrivain des voyages et des expériences nouvelles, figure emblématique de la Résistance. Parmi ses romans les plus connus, nombre sont ceux qui s’inspirent au moins en partie de sa propre expérience comme son célébrissime « Le Lion » inspiré de son voyage au Kenya. C’est également le cas du roman que je vous présente aujourd’hui puisqu’il a été inspiré de sa propre expérience d’aviateur pendant la Première Guerre Mondiale.

L’Intrigue :

1918 – Début de la Grande Guerre à Paris. Nous suivons le départ d’un jeune soldat du nom de Jean Herbillon, fraîchement sorti de formation pour devenir observateur, aviateur qui accompagne un pilote lors des missions de reconnaissance et exerce son regard afin de pourvoir reconnaître du premier coup d’oeil les points de repères, les fleuves, les villes, les tranchées ennemies et toute information susceptible de donner un avantage. Ce duo forme un équipage opérant au sein d’une escadrille. L’aviation en est encore à ses balbutiements et les avions, loin des images du fuselage métallique des énormes Boeing actuels, ne sont que des simples biplans, extrêmement fragiles, les ailes étant recouverts d’une simple toile, et capricieux. Etre aviateur, c’est donc une position enviée parce que privilégiée par rapport à la piétaille (l’infanterie) qui partageaient la saleté et la promiscuité dans les tranchées, mais extrêmement dangereuse, chaque sortie représentant un danger de mort.

Jean Herbillon s’envole donc pour ses toutes premières missions, la tête emplie d’images de gloire, plein d’un enthousiasme naïf, convaincu qu’il est qu’il rentrera auréolé de prestige, sa bravoure cousue comme un écusson à son blouson. Il idéalise les aviateurs, les imagine tous héroïques, beaux, grands, forts et virils. Dès son arrivée sur la base, il se rend compte que la réalité est tout autre. Il y a ceux qui fument, la barbe mal rasée, le chandail recouvrant la tenue militaire réglementaire sur un ventre un peu gras : l’officier Marbot, ceux qui ont peur comme cet autre officier bourgeois un peu hautain dont j’ai oublié le nom, et ceux qui attendent, buvant, jouant aux cartes ou bricolant des petites inventions à partir de bric et de broc comme un autre dont j’ai oublié le nom bien qu’il me soit très sympathique et pour cause, ils cassent sa pipe en plein vol quelques pages plus tard.

Tout ce petit monde gravite autour d’un seul et vrai capitaine, le capitaine Thélis, grande figure héroïque du roman, inspiré d’un capitaine que Kessel idolâtrait. Thélis en dépit de son jeune âge est universellement aimé et respecté. Il est charismatique, humain, brave, fait respecter une discipline bienveillante sans excès ni laxisme, c’est un peu l’archétype du héros.

Un nouvel officier arrive pour remplacer un pilote décédé car les pilotes tombent comme les mouches dans cet univers impitoyable et les morts surviennent au fur et à mesure, de façon imprévisible toujours…Cet officier c’est Claude Maury, un excellent pilote un peu gauche, tant dans sa démarche que dans les relations humaines, en particulier avec sa femme et nous aurons l’occasion d’en reparler. L’accueil de la part des autres pilotes est franchement hostile, ils n’aiment pas l’idée qu’un officier fraîchement débarquée d’une grande école leur donne des ordres (et on retrouve un peu la même attitude aujourd’hui vis à vis des diplômés car on a tendance à considérer qu’un diplôme est une sorte de passe-droit, comme s’il n’avait pas fallu bosser pour l’avoir…Bref, je m’égare). Herbillon, touché par l’impression de réserve et de mélancolie que dégage Maury décide de faire équipe avec lui, Maury pilote, lui observateur, ils sont l’équipage qui donne son titre au roman. au fil des discussions et des amitiés, Herbillon en vient à en apprendre davantage sur l’infortuné Maury. Ce lieutenant s’est engagé dans l’aviation dans l’espoir que le prestige du métier ne lui rende la femme qu’il aime, son épouse qui se montre distante avec lui. Petit hic : Herbillon se rend compte au détour d’une permission que l’épouse de cet homme Hélène, ne fait qu’une seule et même personne avec sa propre maîtresse, Denise a qui il a fait ses adieux au début du roman…Ce n’était pas un crime tant qu’il l’ignorait, ce bien qu’il savait que sa maîtresse était mariée, mais à présent qu’il le sait, peut-il continuer à faire de grands sourires virils à son camarade et ami Maury alors qu’il se tape sa femme dans son dos ?

C’est avant tout un roman de grandes amitiés viriles, de prouesses héroïques, de bravoure et d’esprit de sacrifice, d’incroyable camaraderie, même lorsque celle-ci est mise à mal par les relations amoureuses, les femmes étant comme des intruses dans ce monde d’homme avec leur univers parfumé de valeurs féminines telles que la fourberie la sensualité, le pulsionnel (car vous le savez comme moi, les femmes sont toutes des menteuses manipulatrices et castratrices obsédées par les sexe contrairement aux hommes qui sont toute franchise, droiture et sentiments purs). Le double-jeu de Denise-Hélène (Hélène du nom de celle qui a provoqué la guerre de Troie car elle a demandé à se faire enlever par Pâris, rappelons-le) suffira-t-elle à entamer la relation fusionnelle de l’équipage forgée dans le feu de la guerre et la fureur des combats ? Seront-ils seulement encore en vie tous deux à la fin de la guerre ?

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

Le roman est très court et le scénario, bien que plutôt plat et attendu, est relativement bien mené, fluide. Le twist majeur du roman autour duquel s’articule le roman, c’est bien entendu la trahison de Herbillon qui passera, en connaissance de cause, une nuit d’amour avec l’épouse légitime de son ami. Rien de bien surprenant dans ce qui se passera par la suite même si Herbillon fera, par amour, des choses qu’il ne se serait jamais imaginé faire (mais cette félonie dira-t-il, lui a été soufflé par Denise/Hélène car, pour reprendre ses mots, il n’y qu’une femme pour penser pareille horreur). On sent la dimension auto-biographique et certaines péripéties n’apportent pas grand chose à la résolution du noeud amoureux comme ce moment où soldats et officiers jouent de grosses grosses sommes au jeu. Toutefois, on garde en tête une fois le livre fermé l’impression d’un scénario agréable, bien mené, sans trop de longueurs.

Style :

En ouvrant ce roman, j’ai pris une grosse, grosse claque. En voyant la photo de l’auteur et en voyant la vie qu’il a mené, je m’imaginais une écriture plate, sans style, assez mal dégrossie…Comme je me trompais car j’ai trouvé la plume incroyablement fluide et intelligente. Je trouve dans son style d’écriture un parfait équilibre entre le littéraire et l’accessible, un vocabulaire large, toujours utilisé à bon escient et pourtant limpide. C’était élégant, lettré, intelligent, précis, bref, j’ai beaucoup apprécié la plume de l’auteur.

Personnages :

C’est assez fou de s’attacher autant à des personnages qui parfois nous tapent sur les nerfs pour les clichés sexistes qu’ils véhiculent. On ne les connait qu’un instant, à travers le regard parfois naïf bien que relativement analytique d’Herbillon, et pourtant, quelle tristesse, quelle peine lorsqu’ils tombent au combat ! Herbillon, loin d’être un personnage plat, stéréotype du beau gosse immature en mal d’aventures est très intéressant en ce qu’il évolue et passe de la naïveté à la maturité. Il se laisse entraîner comme malgré lui dans ce ménage à trois et pourtant, il conserve tout son discernement…Maury est le personnage sympathique car victime dès son arrivée d’une injustice. Il demeurera en dépit de ses soupçons amical et noble. Thélis enfin est le personnage qui marque le plus car c’est le bon chef par excellence, juste, humain, charismatique. Sa fin esthétisée et détaillée témoigne de l’admiration que Kessel portait pour le véritable Thélis. Denise enfin demeure presque attachante même si elle campe le rôle de la tentatrice sans scrupules, déterminée à tirer son épingle du jeu. Je m’imagine la vie de cette femme privée d’existence dans ce monde guerrier d’hommes et de valeurs viriles (dans les deux sens du mot « valeur ») et j’en viens à comprendre son désir de garder au moins l’un de ses deux amants. Elle tente d’agir sur son destin et d’influencer elle aussi le cours des choses et pouvons-nous vraiment la blâmer, même si les procédés qu’elle emploie sont loin d’être nobles ? Que reste-t-il d’autre que la bassesse lorsque l’on est sans cesse écrasée ?

Accessibilité :

C’est un roman qui, je crois, est étudié en collège. L’édition que j’avais, particulièrement scolaire était très accessible, trop même car elle expliquait absolument tous les mots en notes de bas de page…Cela se lit très vite, grâce au style fluide et aux péripéties qui s’enchaînent naturellement, et c’est très court, ce qui en fait une bonne petite lecture express, brève mais enrichissante.

Profondeur :

On va pas se le cacher, s’il y a une valeur documentaire car cela permet de montrer le quotidien de ces hommes, les soldats un peu à part que sont les aviateurs car bien plus à risque dans leurs fragiles machines mais aussi relativement épargnés lorsqu’ils ne volent pas car bien nourris, convenablement vêtus et chauffés, disposant d’une chambre individuelle, ce roman est également très idéalisée. Il y a une vision un peu épique de la guerre comme une grande épreuve de bravoure, une épreuve qui forge le caractère. La guerre est perçue comme une simple joute, une simple passe d’armes et si certains passages sont très crus par leurs réalisme, montrant que l’auteur savait pertinemment ce qu’était la guerre (cf la mort de Narbonne horriblement brûlé vif dans son appareil, transformée en une masse informe de chair brûlée encore fumante), les autres sont traités sur un ton léger, presque guilleret. Kessel idolâtre beaucoup les valeurs viriles que sont la bravoure, l’ardeur, la camaraderie et je me suis laissée dire qu’il y avait un ton nettement plus grave dans l’Armée des Ombres que je me suis procurée et espère prochainement lire.

Sexismomètre :

Attention Mesdemoiselles parce que là, niveau sexisme, il y a du lourd. Je ne compte même plus les piques misogynes en réalité, Thélis qui considère que les hommes et les femmes vivent sous des astres différents et que rien ne servirait de parler d’honneur à Denise car c’est une valeur qui, en tant que femme et plus encore, la quintessence de ce qu’est être une femme (quoi que cela implique…), lui est étrangère ; Herbillon pour qui la lâcheté ne peut sortir que du cerveau d’une femme…Kessel idolâtre bien sûr la virilité, la camaraderie, et comme bien souvent lorsqu’on parle de fraternité, les femmes en sont exclues. Cela a été écrit en 1920 dont ce n’est pas bien étonnant. Rappelons qu’à l’époque nous ne pouvions ni passer notre bac, ni ouvrir notre compte en banque ni conduire (seules 10% des femmes avaient le permis en 1926)…

En Général :

J’ai passé en compagnie de l’escadrille en très bon moment, j’ai été transportée, émue, enthousiasmée. J’admire beaucoup Kessel et sa superbe plume et je pense renouveler prochainement l’expérience avec un autre titre. Cependant, mon mot de la fin sera hélas pour ces préjugés sexistes qu’il a contribué à véhiculer, la femme menteuse, manipulatrice, fourbe, c’est d’autant plus triste qu’étant juif, Kessel aurait du savoir que les préjugés ne sont pas toujours conformes à la réalité. De même que l’antisémitisme extrêmement courant dans les années 20 porté par une presse ouvertement antisémite, un antisémitisme politique et social car visant les riches banquiers juifs et donc entretenu par la gauche, les femmes sont malheureusement aujourd’hui héritières d’une lourde histoire de misogynie (le mythe de la femme fourbe et menteuse remonte aussi loin que dans la Bible avec Eve qui tente Adam ou encore Pandore, Hélène…Que dire ensuite des sorcières et des procès arbitraires et enfin des prétendues collaboratrices horizontales tondues à la Libération…). C’est donc sur note un peu amère que je termine cette critique, même si je ne peux bien évidemment par reprocher à Joseph Kessel d’être le produit de son époque.

La Prochaine fois :

C’est à un gros pavé que je m’attelle car il fait plus de mille pages. J’essaie de terminer cela au plus vite car j’aimerais le terminer dans le cadre du challenge « Pavé de l’été ». Cela se passe en Angleterre et c’est un roman historique très troublant, fascinant car profondément antifasciste donc forcément proche de mes convictions mais également effrayant puisqu’il fait revivre l’ambiance des années 30 où l’Europe était sur le point de basculer dans le fascisme généralisé et je ne vous cacherai pas que je ne dors plus tranquille depuis que j’en ai entamé la lecture. Bref, je vous dis à bientôt j’espère pour une nouvelle aventure littéraire, portez-vous bien.

Loin de la foule déchaînée – Thomas Hardy

Bonjour et bon dimanche à toutes et à tous ! Me revoici après deux longs mois d’absence durant lesquels j’ai bien tenté de terminé ce livre qui me tombait des mains, un vieux roman de Thomas Hardy qu’on m’a encouragé à lire (ne jamais écouter les conseils des autres blogueurs littéraires JAMAIS et ça vaut pour moi aussi ! ;)).

Loin de la foule déchaînée donc est une romance pastorale écrite à la fin du XIXème siècle alors que l’Angleterre sous l’influence de la modernité connaît des changements sans pareil avec l’industrialisation, la fin des modes de vie traditionnels des campagnes, tout d’accélère, tout change, tout se mécanise et c’est également pour cela qu’il importait tant à Hardy de fixer ce monde rural appelé à disparaître sous la poussée du « progrès » (et vous me pardonnerez les guillemets mais je pense qu’un sujet aussi complexe et ambivalent que celui-ci ne mérite pas de qualificatif unilatéral du style « tout bien » ou « tout mal »). Ajoutez à cela une histoire d’amour, quelques intrigues et une bonne dose préjugés sexistes (misogynie mon amour…) et vous aurez le résumé de ce livre (vous comprendrez également pour quelle raison j’ai eu tant de mal à le terminer parce que la période juin-juillet a déjà été suffisamment stressante pour moi sur le plan personnel, j’avais pas EN PLUS envie de me taper un bouquin chiant comme la pluie). Sans plus attendre, passons au résumé :

L’INTRIGUE

Loin de la foule déchaînée se déroule dans un comté paumé de l’Angleterre genre le Dorset avec un jeune homme : Gabriel Oak (et oui, je considère qu’à trente ans on est encore jeune !), berger de son état, propriétaire d’une petite troupe de brebis et d’une sorte de maisonnette mobile dans laquelle il joue de la Flute de Pan le soir (tu la sens l’image idéalisée à 300% ?). Il fait la rencontre de Bathesba, jeune femme d’une grande beauté mais également très vaniteuse nous dit l’auteur parce qu’elle se regarde dans le miroir (en même temps, quand on est belle, pourquoi s’en priver ?) et il accepte de lui payer les trois francs six sous que lui demande en droit de passage un soldat. Divers événements vont précipiter les rencontres : un départ de feu auquel Gabriel échappera de justesse, la mort de son troupeau qui finira en hachis au fond d’un gouffre, une histoire de chapeau envolé puis retrouvé, une demande en mariage à la belle mais modeste (par les revenus et certainement pas par le caractère) Bathesba qui l’éconduira…

Le sort va bouleverser cet équilibre car Bathesba hérite de la ferme de son oncle et devient donc plutôt aisée car propriétaire terrienne tandis que Gabriel ayant perdu son troupeau devient extrêmement pauvre. Il parvient à se faire engager dans une ferme après en avoir sauvé la grange en flammes et…Ironie bien prévisible de ce coquin de sort, son employeur n’est autre que Bathesba.

Leur relation tumultueuse connaîtra des hauts et des bas, ils se disputent, ils se rabibochent uniquement pour se crêper de nouveau le chignon quelques pages plus tard. Gabriel jouera durant la grande majorité du livre le rôle d’observateur et de soutien pour Bathesba dont il serait paraîtrait-il amoureux. Bathesba, en tant que jeune femme célibataire, propriétaire d’une ferme prospère est une excellent parti et la question de son mariage se posera très vite. Bathesba a le choix entre trois prétendants pour la faire brève : le soldat Troy et sa réputation sulfureuse de coureur de jupons, l’amoureux éperdu friend-zoné (mais qui comme bien souvent dans cette situation ne fait pas grand chose pour en sortir de cette friend-zone) Gabriel et pour finir, un protagoniste qu’on avait pas vu arriver : le célibataire endurci (no pun intended) qui détient la ferme voisine Boldwood. L’enjeu du roman est donc le suivant : parviendra-t-elle à faire le bon choix (Gabriel bien entendu) ? Se laissera-t-elle happée par le charme martial des galons de Troy ou s’éteindra-t-elle auprès de la vie plate et sans passion que lui promet Boldwood ? L’auteur tentera de répondre en quelques 400 pages (pages réelles car pages ressenties, on tape bien dans le 800 pages) à cette question…

Ce que j’en ai pensé :

Le Scénario :

Je vais commencer par le point positif parce que le scénario est plutôt bon, bien ficelé, enrichi en péripéties relativement logiques. Les conclusions dramatiques du roman sont amenées de façon cohérente et rien ne paraît « What the fuck » si vous me passez l’expression. Il y a des choses assez grosses dans le roman, c’est à dire des événements puissants, graves et inattendus, mais ces choses sont souvent la conséquence d’un enchaînement de faits déjà passés et établis.

On regrettera néanmoins d’ENORMES putain de longueurs comme des pages et des pages et encore des pages de parler paysans qui ne font ABSOLUMENT pas avancer l’intrigue (sentez mon agacement dans ces lettres capitales…). Hardy voulait montrer une vision réelle et documentée du monde rural (ce qui ne l’empêche pas de tomber dans une vision romantique assez idéalisée du monde rural comme étant pur, sain, loin des tentations de la ville) avec son argots, ses usages et ses moeurs (et pour le coup, on peut dire qu’on est servi…).

Les Personnages :

Attention, on s’attaque à du lourd. Commençons par Bathesba parce que ce personnage, je vous garantis que vous allez avoir envie de rentrer dans le roman pour la tarter. Bathesba est jeune, belle et indépendante, elle a beaucoup de force de caractère et s’évertue à faire tourner seule sa ferme (et y parvient plutôt bien d’ailleurs). Elle est capable de décisions rationnelles et sensées. Toutes ces jolies qualités (assez rares chez un personne féminin, il faut le dire) sont malheureusement bien peu de choses face à ses gros défauts. Bathesba est un personnage égoïste, vain, centré sur lui-même, impulsif (voire complètement débile par moments) et changeant qui joue sur les nerfs à vif du lecteur comme une scie à métaux sur les cordes d’un violon. C’est l’archétype de la femme hystérique et inconstante, le gourdasse écervelée qui enchaîne les décisions stupides et illogiques sans aucune visée apparente. Ses décisions faîtes sur l’impulsion du moment, par jeu ou par ennui auront bien sûr de très graves conséquences et elle s’empêtrera elle-même dans es problèmes. Je lui donne un demi-bon point tout de même parce qu’elle s’améliore -sensiblement- à la fin. Passons à Gabriel Oak. Ce personnage m’agace par son côté « Gary Sue » si vous connaissez le concept. C’est à dire qu’il sait toujours tout, il devine toujours ce que personne ne sait, il est toujours calme et sans reproches, sans vices, sans défauts. C’est l’homme parfait et providentiel qui apparaît toujours au moment où les choses sont désespérées pour sauver le monde. En dehors de ça, ses quelques réflexions et introspections sont assez peu intéressantes car il n’a d’opinion sur rien, ne s’intéresse à rien d’autre qu’à Bathesba et ne ressent presque jamais rien, en dépit de ce grand amour qu’il éprouverait selon Hardy. Bolwood paraît sympathique par son côté victime innocente même s’il est un peu psychopathe et Troy est l’enflure de service mais il existe uniquement pour cela. Il n’a aucune qualité rédemptrice, rien, même pas un unique acte de gentillesse comme le méchant dans Germinal qui le rendrait un peu plus vrai, un peu plus attachant, rien, nada. Il est froid calculateur, perdide et menteur. Les autres personnages sont trop secondaires pour qu’on s’y intéresse, que cela soit Liddy ou Fanny ou toute la tripotée de fermiers sans intérêts qui sont souvent bêtes, superstitieux et uni-caractériels. Avec un tel casting de rêve, c’est le bon moment garanti.

Profondeur :

C’est bien documenté j’imagine et la vie des paysans fait effectivement très vrai. Les professions, les âges et les sexes sont assez largement représentées et c’est un microcosme assez réaliste.

Pour le reste, l’intention de Hardy en écrivant ce roman est justement ce qui le rend lourd et inintéressant : Hardy veut montrer que l’amour et les passions sont dangereuses et mauvaises conseillères et qu’il vaut mieux une relation plate, amicale et sans surprises pour faire un bon mariage qu’un bonheur éclatant de jeunes mariés parce que l’amour, c’est trop mainstream. Par conséquent, Gabriel qui devrait émouvoir par sa condition d’amoureux contraint à rester dans l’ombre et à aimer en silence laisse le lecteur apathique car il est lui-même très passif. Ses sentiments ne font pas vrais, il n’essaie pas de « conquérir » Bathesba, n’essaie pas de se rapprocher d’elle, de lui être agréable ou sympathique. Gabriel c’est un peu le rêve romantique et faux de certains gentils garçons qui sont persuadés que rester en retrait à baver suffit à gagner l’amour d’une femme parce que si on est gentil avec elle, bah elle va bien finir par s’en rendre compte, non ? Attention, je ne dis pas qu’il faut être un connard avec les femmes, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis, je dis simplement qu’il faut aller vers elle, lui montrer qu’on est intéressé et pas juste attendre les bras ballants pour ensuite venir chouiner qu’elle l’a friend-zoné…Bref, petite aparté.

Style :

Comment décrire le style inimitable de Thomas Hardy que j’ai trouvé beau, poétique, riche et pourtant incroyablement lourd et indigeste ? C’est un style plein de métaphores qui rallongent inutilement les phrases et nuit à la clarté du message. Le poétique est utilisé indifféremment pour décrire la beauté du campagne au petit matin (qu’Hardy ne se lasse pas de décrire et tous les chapitres commencent par un petit bulletin météo en mode comment qu’il faut beau et comment que c’est joli la couleur du ciel, la forme des nuages, la couleur de l’herbe, sa texture, son odeur, le bruit qu’elle fait…etc, etc…) et d’autres choses beaucoup plus triviales. Il y a une maîtrise évidente de la part de Hardy mais simplement, son style ne me plait pas. C’est trop ampoulé et cela lasse le lecteur de raconter en cinquante pages et mille nuances un truc qui devrait prendre trois phrases et basta.

Accessibilité :

Alors clairement, non, ce roman n’est pas accessible (plus que Mrs. Dalloway tout de même mais est-ce vraiment une référence ?). Il est très très chiant, long de plus de 500 pages, plein de trucs bien relous. Voilà pourquoi j’ai mis deux mois à le lire. Ah, j’ai oublié : je l’ai lu en VO et c’est encore mille fois pire.

Sexismomètre :

J’ai lu quelques part que Hardy était féministe. Comment te dire oui mais même pas en rêve ? Effectivement Bathesba est une femme forte, effectivement; Hardy s’intéresse aux difficultés qu’elle éprouve à se faire une place dans ce monde d’homme, à la question de l’indépendance financière, au fait que si elle se marie, elle risque de perdre sa force de caractère…Néanmoins, c’est émaillé de pique misogynes absolument insupportable « les femmes sont comme ceci et comme cela, elles font toujours telle chose… ». J’ai l’impression d’être une espèce de créature exotique épinglée sur une planche anatomique à partir de laquelle on s’efforce par observation de « la femme » dans son milieu naturel de lister des caractéristiques générales mais sans aucune prise en compte du critère individu. C’est à dire que les femmes sont toutes les mêmes, elles sont toutes comme Bethesa ET C’EST VRAIMENT PAS UN COMPLIMENT ! C’est à dire qu’elles sont changeantes, hystériques, incapables de prendre des décisions intelligentes, elles fondent dès qu’elle voit un uniforme de soldat. Bref, insupportable de misogynie mais bon, c’est le XIX siècle, le temps béni des colonies comme on dit donc on va peut-être pas trop se poser de questions.

EN GENERAL :

Dois-je préciser que je n’ai pas du tout aimé ce roman que j’ai trouvé vraiment pénible, irritant, inintéressant et long au possible ? Les tribulations de Bathesba n’ont pas su capter mon attention, j’avais envie de rentrer dans le roman pour la secouer par les épaules et lui dire d’arrêter de se comporter comme une abrutie. La vision idéalisée de la campagne et les longs dialogues entre paysans où l’on retrace la généalogie de Oak, où l’on parle de beuveries et autres bêtises m’a achevée. Ce livre va très vite trouver sa place tout au fond de ma bibliothèque d’où il ne sortira plus.

La Prochaine fois :

Vous avez de la « chance » car je crois être en mesure dès la semaine prochaine de vous fournir un autre article (il me reste 25 pages à lire avant la fin de la semaine donc ça devrait aller…). Je vous donne trois indices : la Grande Guerre, l’aviation et un auteur récemment entré dans la Pléiade qui est bien sûr l’édition méga reuch et méga prestigieuse de Gallimard.

Le Collaborateur – Aragon

Bonjour à toutes et à tous ! C’est un article très court que je vous propose ce dimanche, la faute à d’autres projets d’écritures qui m’ont retenue loin de la sphère internet mais quand tout patauge, autant revenir aux basiques et écrire un petit article.

L(es) Histoire(s) :

Tout d’abord, nous avons un homme, Julep, journaliste de son état, et un autre, Emile, communiste et ouvrier (nous sommes avant la guerre froide, le communisme ne faisait pas peur et dire « je suis communiste » était aussi courant que de dire « je suis au PS »). Le journaliste méprise un peu son bonhomme, ne comprend pas très bien pour quelles raisons obscures ce dernier fait la grève et prend des risques…Il se pourrait bien cependant qu’au fil des Rencontres (le titre de la nouvelle), notre journaliste révise un peu sa copie…Nous sommes en guerre, les alliances évoluent, des hommes tombent, d’autres sont déportés, bouleversant ainsi des milliers de destins…

Notre seconde nouvelle nous présente un réparateur de petit électroménager mais pas très sympathique tout de même qui semblent pris d’une passion pour l’occupant, passion bien sûr peu partagée par ses voisins…Question de logique dura-t-il à sa femme. Grégoire Picot a aussi un gamin qui n’est pas le sien mais qu’il chérit comme la prunelle de ses yeux. Que reste-t-il de la logique lorsque ceux que nous aimons sont menacés ? Est-il possible qu’un événement inattendu pousse notre ami Picot à ouvrir les yeux sur l’occupant ?

Dernière nouvelle, Le Droit romain n’existe plus met en scène une jeune fille un peu (beaucoup) nunuche. Allemande, elle est venue en France avec la Wehrmacht pour travailler dans un ancien tribunal romain dans la ville de Nîmes. Elle folâtre un peu avec les officiers, va s’amuser par ci par là parce que Lotte, elle s’ennuie ferme. Il n’y a pas de musique, pas de cafés, pas de bals populaires, aucun lieu de débauche où faire la fête (dans une ville occupée, c’est vrai que c’est drôlement étonnant…). Lotte cède aux avances d’un officier allemand par pur ennui. Ce dernier lui promet de l’emmener en week-end dans la montagne sauf que la montagne, c’est le fief des maquisards…Qui étaient ces officiers zélés qui condamnaient les résistants ? Jusqu’à quel point étaient-il fidèles au parti nazi ? Aragon vous dresse dans cet ultime nouvelle un portrait à la fois de l’officier allemand et du résistant.

Ce que j’en ai pensé :

Ces trois nouvelles, brèves mais percutantes, donnent la parole à ceux qui étaient pour Aragon l’autre versant de la montagne. Elles tentent de comprendre les détracteurs, les collaborateurs et les ennemis, de leur donner un peu d’humanité.

Aragon maîtrise parfaitement l’art de la nouvelle et toutes sont finement ciselées, bien écrites, prenantes, toujours fascinantes…La chute, quelques fois prévisible, comme dans la seconde nouvelle, d’autres fois insoupçonné comme dans la première donne tout leur sens à ces récits (c’est l’intérêt d’une nouvelle me direz-vous…). Elles permettent de décrire une atmosphère, une époque aujourd’hui heureusement révolue, celle ou l’héroïsme côtoyait la bassesse, où la paresse, la peur, et l’égoïsme paralysaient toute la France qui tentait vainement de tenir comme en apnée sous le joug de son impérialiste voisin.

En bref, j’ai apprécié ce petit recueil de nouvelles très mince issu de Servitude et Grandeur des Français. Je n’ai pas grand chose d’autre à vous en dire si ce n’est que je vous le conseille.

La Prochaine fois :

Dans un lointain futur, une chroniqueuse littéraire, publiera sur ce blog un nouvel article. Je ne puis vous dire quand ni même si ce jour arrivera, je peux seulement vous dire qu’elle l’a à peine entamé et que c’est encore un truc de derrière les fagots du genre compliqué à lire, vieux, chiant et bien long. Cherchez littérature anglophone, auteur et poète anglais, époque victorienne et romance pastorale récemment adaptée en film, c’est là bas que vous me trouverez…Un jour.

Mrs Dalloway – Virginia Woolf

Bonjour à toutes et à tous et très bon dimanche ! Je suis ENFIN parvenue à terminer cette abominable roman long de 160 pages -ça c’est les pages réelles – parce qu’en pages ressenties ça fait bien du 2000 pages. Je vous en ai parlé, je vous ai dit que ce roman avait réellement le don d’aspirer mon âme, et c’est vrai, lire quelques pages de ce livre suffit à recouvrir votre journée d’un épais voile de grisaille et à vous faire ressentir l’ennui et la blasitude comme jamais auparavant. La première fois que je l’ai ouvert, je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait et j’ai mis, réellement, 3 heures pour lire 20 pages. Durant tout le reste de la journée, je me suis sentie lourde et démotivée comme si ce roman avait littéralement aspiré toute mon énergie. Quel est me demanderez-vous ce livre maléfique et dangereux qui se repaît de vos forces vitales ? Il s’appelle Mrs Dalloway et a été publiée en 1925 par Virginia Woolf que vous connaissez peut-être.

Considéré comme beaucoup comme un chef d’oeuvre de la littérature, il n’en demeure pas moins un roman incroyablement terne et pénible et à tous ceux qui sont là en train de dire « Ouais, bah je l’ai lu, c’était pas si dur que ça » je vous signale que moi je l’ai lu en ANGLAIS ! Et là, je vous jure que c’est la MORT ! Fort heureusement, les commentaires font plus souvent état d’un livre âpre, ardu, difficile à lire et vont bien souvent dans mon sens. Je suis tout de même, à force d’acharnement, de motivation et d’énergie (et une bonne dose de masochisme aussi, il faut le dire…) parvenue à en tourner la dernière page ! Clarissa Dalloway me regarde aller et venir dans l’unique pièce de mon appartement car le livre est resté sur ma table, elle me scrute de son oeil mort comme une araignée à l’affût et elle attend le bon moment je crois pour aspirer ce qu’il reste de mon âme, tel un mélange contemporain entre une succube et un détraqueur. Je n’irai pas par quatre chemins, pour ceux qui connaissent la série des jeux vidéos des Elder Scrolls, ce livre c’est le Mysterium Xarxes, ni plus ni moins. Pourquoi est-il si chiant ? A-t-il malgré tout des qualités rédemptrices ? La suite en dessous ↓

Mrs Dalloway

L’Intrigue (Spoiler : il n’y en a pas…) :

Ce livre a la particularité de ne pas posséder d’intrigues à proprement parler. Il n’a pas vraiment de début, d’élément perturbateur, de résolution ou de péripéties, il raconte simplement une journée dans la vie d’une grande bourgeoise de Londres durant l’Epoque Victorienne. Elle se lève, ouvre ses volets, on ne sait pas qui elle est ni quel âge elle a, seulement qu’elle s’appelle Clarissa Dalloway et vit à Londres. On apprend qu’elle s’apprête à donner une réception et elle se rend en ville pour aller acheter des fleurs, considérant que sa domestique à déjà suffisamment à faire. En chemin, elle rencontre des personnes, discute, s’arrête un peu pour flâner mais la plupart du temps, elle marche et réfléchit à elle-même, à son passé, à sa vie actuelle, aux choix qui l’ont menée jusqu’ici…Le tout sans aucune indication. On se contente de suivre un cheminement de pensée pas toujours bien structuré par ailleurs et elle laisse ses pensées divaguer.

En allant chercher des fleurs, elle entend un bruit dans la rue et c’est en fait la voiture de quelqu’un d’important. Le bruit surprend d’autres personnes également et la narration va des pensées de l’un à celle des autres, souvent sans aucune transition : un passant par exemple ou une marchande, puis de nouveau Clarissa en passant par un personnage qui prendra de l’importance : il s’agit de Septimus. Septimus est un soldat revenu du front brisé émotionnellement et suicidaire. Auparavant homme de lettres et poète, il ne ressent plus rien, ni envers la littérature, ni envers sa femme qui pourtant s’occupe de lui bien comme il le faut en suivant les recommandations des médecins. Son histoire évoluera parallèlement à celle de Clarissa permettant d’explorer son intériorité et ses pensées jusqu’à une brève accalmie…Et enfin une fin aussi tragique que précipitée.

Clarissa de son côté nous parle à travers ses rencontres et ses monologues intérieurs des différentes personnes qui composent sa vie : Peter Walsh tout particulièrement pour lequel elle a brièvement nourri une passion amoureuse mais a choisi d’épouser le très conventionnel (et fortuné) Mr Dalloway parce que Peter s’est moqué de façon assez blessante de son côté hôtesse de maison parfaite, superficiel et mondain. On suivra également les pensées de Peter Walsh lorsqu’il remonte les rues de Londres et suis une jolie jeune femme dans la rue, simplement pour tromper l’ennui. Il se répète qu’il n’aime plus Clarissa et pense à ses projets de mariage, à l’avocat qu’il doit rencontrer mais on a l’impression que cette union prochaine ne l’enchante pas plus que cela. On suivra également un peu Mr Dalloway, un homme bon mais incapable d’exprimer son ressenti, tellement empêtré dans les conventions et les traditions qu’il ne parvient même pas à dire à sa femme qu’il l’aime alors qu’il se répète son texte tout le long du chemin. Il y a également la fille de Clarissa, Elizabeth qui explore les différentes possibilités de carrières qui s’ouvrent à elle, encouragée en cela par Mrs Kiellman, gouvernante cultivée et pieuse mais pauvre que Clarissa déteste tout particulièrement. Enfermée dans sa solitude, elle apprécie sincèrement Elizabeth et voit le fait de la soustraire à l’influence de sa mère comme une façon de dominer Clarissa et ainsi de se venger de son extraction modeste. Enfin, il y a Sally, une vieille amie de Clarissa pour qui elle a brièvement éprouvé une tendresse amoureuse et qu’elle a embrassé fugitivement. Sally est libre, bien plus que Clarissa mais contre toutes attentes, a fini par se marier et faire cinq enfants. Elle dit qu’elle habite Londres et a envoyé plusieurs invitations à Clarissa mais que cette dernière n’a jamais daigné lui répondre, probablement parce qu’elle aurait trop honte de sa vieille amie…

Le roman s’achève sur la fête de Clarissa et la triste nouvelle qui viendra la troubler mais rien ne se passe réellement, il n’y a pas de réelles évolutions psychologiques et on ne fait qu’explorer le quotidien de ces personnages.

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

Sans surprises, il n’y en a pas, c’est le simple récit d’une journée de la vie d’une bourgeoise mais de façon extrêmement chaotique et désorganisée. Donc c’est du rien, mais en mal, ce qui est un petit miracle en soit.

Profondeur :

On explore beaucoup, beaucoup de sujets, de la guerre et de ses séquelles en passant par l’exercice de la modernité, le suicide et la maladie mentale (thèmes chers à l’auteur qui était elle-même bipolaire et n’a, hélas, pas trouvé d’autres issues à ses souffrances que de bourrer ses poches de pierre avant de se jeter dans une rivière). On s’attarde sur les relations entre les êtres, complexes et changeantes, parfois immuables, sur la dualité entre personne publique et personne privée, les différences de classe sociale également…C’est un récit éclaté mais assez fidèle et exhaustif de la société de l’époque et en cela, c’est plutôt intéressant en ce que cela sert réellement à recréer une ambiance générale, l’ambiance de Londres dans les années 20 qui n’étaient pas si folichonnes que ça…

C’est indéniablement un roman profond qui soulève beaucoup de questions pour peu qu’on les laisse décanter et nous permet de réfléchir à propos de plein de sujets. Les introspections de Clarisse sont autant d’encouragements à nous interroger nous-même.

Personnages :

J’ai déjà un peu parlé des divers personnages qui prennent part à l’intrigue. Tous ne sont pas creusés de la même façon et Clarissa est bien sûr la plus développée. Cette façon d’aller des pensées de l’un à celles de l’autre en cherchant à coller au mieux à l’exercice naturel de la réflexion permet de découvrir en profondeur les personnages. Tous ne sont pas sympathiques : Clarisse apparaît comme assez superficielle, mondaine et ridicule parfois comme dans sa confrontation avec Kiellman à qui elle crie « N’oubliez pas ma réception » où l’on voit son inaptitude à formuler une critique ou une argumentation intelligente et cet appel par dessus la rambarde de l’escalier, cela montre à quel point c’est un refuge pour elle, la façon par laquelle elle parvient à se donner de l’importance car elle excelle à ce genre de jeu.

Ces personnages sont souvent tragiques parce qu’ils sont humains et le fait d’avoir accès à ce flot de pensées incessants montre paradoxalement la difficulté qu’il ont tous à communiquer : Clarissa à avouer ce qu’elle ressent vis à vis de Peter, de se rapprocher de sa fille, son hypocrisie cruelle par rapport à Sally qu’elle a délaissée sans vergogne simplement parce qu’elle souhait conserver les apparences ; Mr Dalloway veut dire à sa femme qu’il l’aime mais il en est incapable ; Peter se répète qu’il n’est plus amoureux et pourtant, la toute dernière ligne du roman indique clairement le contraire car il est assis dans un fauteuil et soudain, il ressent un inexplicable bien-être, une excitation sans comprendre pourquoi et lorsqu’il se retourne, il voit que Clarissa vient d’entrer dans la pièce, son cœur a parlé ; Septimus enfin essaie d’exprimer à tous ces médecins que son problème, c’est son incapacité à ressentir quoi que ce soit mais il n’est pas écouté, par personne et se retrouve à parler aux morts et à lui-même…

Mrs Dalloway est donc avant tout un roman de personnages je crois où chacun, plus vrai que nature a un message à nous transmettre et nous parle. J’ai peut-être eu tort mais je vois dans Clarissa la femme que Woolf redoutait elle-même de devenir : passer d’une femme libre qui explore les relations lesbiennes, sa propre intériorité, sa complexité et finit dans le bête rôle traditionnel de la maîtresse de maison, figée dans ce rôle conventionnel que la société souhaite lui attribuer et auquel elle n’a peut-être pas la force d’échapper…

En tout cas, le tout dégage un sentiment général sur la nature humaine, une impression que nous transmet Woolf de tragique, d’espoirs brisés, de vies qui devaient être grandioses, exceptionnelles, mais qui ont fini par devenir affreusement conventionnelles. Elle nous parle de l’être humain déchiré par les mutations de la modernité entre un ancien monde et un nouveau, la guerre et l’après guerre, c’est à dire la paix, les traditions et les bouleversements.

Style :

Je suis assez mitigée sur le style de l’auteur. Je n’ai pas eu l’impression d’être face à une romancière mais plutôt à une poétesse qui s’exprime en prose. Elle utilise fréquemment de la métaphore, de la reformulation et des symboles. Il y a quelque chose dans son écriture d’élégant et léger, de très féminin, très sensible dans sa façon d’appréhender les problématiques de chacun. C’est bien écrit, ça c’est un fait, très bien écrit même, mais c’est très indigeste de la prose sur tout un roman, surtout en anglais quand le vocabulaire utilisé est tout sauf usuel (je ne sais pas ce que ça donne en français). Les métaphores perdent parfois et on ne sait pas où veut en venir l’auteur. Le style est volontairement tranquille, loin de l’ironie de Dickens ou des envolées lyriques d’un poète, on sent un côté très posé, très objectif sur les faits décrits.

Accessibilité :

C’est sur ce point que je vais vraiment allumer ce roman car il n’est pas du tout, mais alors PAS DU TOUT accessible. Rien n’est fait pour faciliter la tâche au lecteur, pas même un chapitrage intelligent, une façon de préciser qui parle, rien, que dalle. C’est très, très difficile à lire parce que le niveau de langage est élevé, les techniques littéraires utilisées perdent le lecteur (le fameux « stream of consciousness »), il n’y aucune balise, rien. Woolf se fout complètement de rendre son roman accessible et je n’ai jamais autant eu l’impression d’être face à un roman de l’intelligentsia embourgeoisée. C’est un roman d’intellectuels qui n’aura sans doute d’intérêt que pour les mordus de littérature et de littérature un peu…Expérimentale dirons-nous. De mon côté, j’ai l’impression d’être un peu à cheval entre deux tendances car j’ai eu un parcours littéraire et plus particulièrement anglophone donc je vois en quoi ce roman est un chef d’oeuvre, je vois toute son ingéniosité, toute sa particularité et ses qualités, je suis sensible à la prose délicate de l’auteure, mais je suis aussi et une madame tout le monde qui a quitté depuis bien longtemps déjà le milieu universitaire et je n’ai plus l’habitude de lire des romans aussi complexes donc je suis aussi dans la peau du quidam qui ouvre ce livre et s’emmerde suprêmement car il n’y a pas d’autres termes. Ce livre m’emmerde souverainement.

Et si je ne vous ai pas convaincu, si vous souhaitez vraiment acheter ce roman, ne tentez pas en anglais, sauf si vous aimez souffrir, mais vraiment, parce qu’en anglais, c’est une poignée de lames de rasoir rouillées à avaler avec un grand verre d’acide chlorhydrique.

Sexismomètre :

Bon, Virginia Woolf avait une qualité au moins : elle était féministe et ses romans témoignent de son regard unique et très progressiste, surtout sur l’époque, sur la condition féminine. Elle nous parle des suffragettes, de l’indépendant financière et de la nécessité pour les femmes d’avoir une occupation autre que la maison. Elle porte sur les institutions patriarcales un regard bien sûr féministe, militant et remet beaucoup en question des notions comme la domesticité, le rôle de la femme, le mariage etc…Il y a dans son féminisme quelque chose de remarquablement novateur pour l’époque et de très pur je trouve, complètement inaltéré par les conceptions de l’époque. Je ne saurais pas vraiment expliquer mais cet aspect est assez saillant dans le texte, cela passe par des adjectifs, des petites piques, des remarques…Il y en germe des tas de théories intéressantes comme lorsque Sally milite pour le droit de vote des femmes et que Hugh, selon ses dires, l’embrasse de force dans le fumoir pour la punir. Cette notion de l’agression sexuelle perçue non plus comme l’incapacité d’un homme à contrôler ses pulsions mais comme une punition sciemment administrée à la femme qui ose s’affranchir comme une façon, par l’humiliation et le fait de bafouer son intégrité et son droit à disposer de son corps, est particulièrement intéressante. Cela rejoint tout un tas de théories sur l’histoire et la fonction du viol en particulier et nous fait repenser, pour peu qu’on y soit sensible, beaucoup de choses dans nos sociétés actuelles.

En Général :

Oui, Mrs Dalloway est un chef d’oeuvre littéraire, une oeuvre de génie et Oui, c’est extrêmement chiant. C’est beau, c’est bien écrit mais c’est une oeuvre très difficile à réserver aux mordus de la littérature. Si ce n’est pas votre cas, je vous conseille de passer votre chemin. Vous me croirez si vous voudrez, mais je vous jure sur tous les livres que j’ai lus, le simple fait d’écrire cette chronique m’est pénible parce que cela fait remonter en moi tous les sentiments de souffrance et d’ennui que j’ai eus en le lisant.

Lecteur qui pose innocemment la main sur ce mince volume à la couverture inoffensive, ne te laisse pas piéger par le doux regard que Clarissa te jette sur la couverture, détourne le tien. Ne perds pas ton temps à déchiffrer ce roman, tu n’y gagneras rien. Te voilà prévenu : abandonne ou persévère à tes risques et périls…

Je vais personnellement mettre la main sur le cœur et jurer bien fort que plus jamais je ne lirai de romans de Virginia Woolf, ou peut-être plus tard, mais celui-ci, je crois qu’il demeurera scellé dans ma bibliothèque avec un panneau danger. Ce livre c’est le jardin des tortures, la Carte de Tendre mais version ennui suprême à travers les collines de l’indifférence et le flot de l’oubli, la descente aux enfers de Dante mais avec une tasse de thé. C’est une douleur mentale et presque physique parfois de lire ce livre, ce livre fait souffrir, vraiment et je crois que je préfère sauter à la corde sur un tapis clouté que de le relire ou m’écorcher vive et me rouler dans du gros sel, au choix.

La prochaine fois :

Pour la prochaine, et je pense être en mesure de vous le présenter dès la semaine prochaine car j’ai plusieurs chroniques d’avance et mon billet sur Ori n’est même pas officiellement publié au moment où j’écris ces lignes, je vais vous parler d’un recueil de nouvelles très bref sur la résistance que j’ai lu parallèlement à Mrs Dalloway pour me donner du courage.

Le Petit mot de la fin :

Pour finir, n’oubliez pas d’aller voir cette excellente adaptation vraiment géniale (et si vous le croyez quand je vous dis que Woolf c’est chiant, croyez-moi d’autant plus quand je vous dis que ces deux mecs sont des purs génies). Je ne saurais trop vous recommander de vous abonner, de partager les contenus, bref, partagez des good vibes et de la littérature dans ce pays de déculturés !

Parenthèse vidéo-ludique : Ori et la forêt aveugle

Bonjour à toutes et à tous ! Je sais que ce genre d’articles est très rarement lu et plébiscité par mes lecteurs habituels, on me connait davantage en chroniqueuse littéraire et pourtant, s’il y a bien un vice qui occupe une bonne partie de mes soirées, c’est les jeux vidéos.

J’achète très rarement des nouveaux jeux, je suis attachée aux jeux vidéos comme à une partie de mon enfance mais confinement oblige, je ne pouvais indéfiniment refaire les mêmes jeux…Je me suis donc interrogée sur le type de jeu que j’aimais et la réponse est très simple : j’aime les jeux mignons, avec une identité forte, je suis très attachée aux graphismes et au scénario que j’aime riche et complexe, j’aime également les jeux difficiles qui représentent du challenge. Ori semblait à la croisée de tout cela.

Ce dimanche donc, petite parenthèse sur un jeu vidéo que j’ai récemment découvert et que j’ai envie de vous faire découvrir : il s’agit du très acclamé Ori et la forêt aveugle. Derrière ce titre que vous connaissez peut-être, se cache un très joli jeu vidéo, une petite perle qui a un seul gros défaut : il est très court. Je l’ai fini en une dizaine d’heures à peine et il m’en a fallu à peine autant pour le refaire en mode difficile…

Ori

Le Scénario :

Parlons-en…Je ne vais pas vous dévoiler l’ensemble du scénario, cela vous gâcherait complètement l’envie d’y jouer, je vais simplement vous raconter une petite partie, un tout petit bout et c’est l’histoire d’une petite bestiole blanche agile, pourvue d’une queue et de petites pattes façon Stitch un peu…Cette petite boule de poils débarque dans la forêt de Nibel, tombée du ciel comme un météore, poussée par le vent car il faisait grand vent ce jour là…Une tempête terrible s’est levée, arrachant aux branches de l’arbre céleste, à la fois gardien et protecteur de la forêt (vous reconnaîtrez peut-être l’inspiration mythologique de l’arbre nordique, Yggdrasil), ses enfants, celui que l’Arbre, le narrateur de ce récit, appelle sa lumière.

Ori est recueilli par une bébête, une autre, à mi chemin entre Totoro et un Sans-visage (et les inspirations de l’univers de Miyazaki ne s’arrête pas là) du nom de Naru qui l’emmène dans sa petite maison sylvicole perdue au milieu des bois et ensemble, ils profitent des plaisirs simples de la vie : manger des fruits jusqu’à plus faim, se balader sans s’arrêter, se faire des câlins (c’est pas érotique, je précise…Les deux bébêtes ont une relation mère-fils), construire des ponts par dessus la rivière pour pouvoir manger ENCORE plus de fruits.

Malheureusement, vous vous doutez bien que cela ne pouvait pas durer…L’Arbre Céleste est toujours à la recherche de son enfant perdu et un soir qu’il fait briller ses lumières à travers toute la forêt, Naru aperçoit de loin ce petit spectacle son et lumière et elle prend peur : elle emmène Ori au fond de sa grotte et l’y cache. Sauf que voilà : privée de son protecteur, la forêt dépérit et bientôt, les arbres jaunissent, se flétrissent et meurent, perdant une à une leurs feuilles…Il n’y a plus aucun fruit, plus aucun arbre, plus aucune fleur ni aucun animal : la forêt est à bout de forces et elle rentre en quelques sortes en hibernation en attendant le retour de Ori, un peu comme Démeter laisserait la Nature mourir tandis que Perséphone passe six mois de l’année aux enfers en compagnie de son ténébreux époux…Naru cherche et cherche, elle fait tous les arbres, farfouille dans les feuilles et essaie d’atteindre les plus hautes branches où il reste encore quelques fruits mais elle retombe pesamment au sol…Ne lui reste plus qu’à offrir son unique et dernier fruit, une minuscule pêche fripée et rabougrie, à Ori. Ce dernier, bien plus leste, parvint à récupérer quelques fruits que Naru ne pouvait atteindre mais il est trop tard : la pauvre Naru vient de passer de vie à trépas…Voici venir le moment le plus triste de votre existence et je vous invite à vous munir d’une boite de mouchoirs ou éventuellement d’une citerne pour récupérer vos larmes car je vous le dis, vous allez chialer votre race.

Ori part tout seul dans le forêt devenue inhospitalière…Il marche, abattu par le chagrin, terrassé par la fatigue, la faim et la douleur…Il erre sans savoir où il va…Il y a un passage horrible où il passe même un buisson de ronces et comme vous contrôlez le personnage, vous sentez la résistance opposée par les épines qui s’accrochent à votre pelage, vous sentez le pauvre Ori meurtri et déchiré qui continue d’avancer…Avant de s’écrouler quelques mètres plus loin, juste devant une percée dans les arbres d’où l’on peut voir l’Arbre Céleste, ce qu’il en reste, utiliser ses dernières flammes blanches pour raviver Ori et lui commander, grâce à Sein, une petite boule de lumière, de ramener les éléments de l’Eau, du Vent et de la Chaleur qui autrefois permettaient la survie de la forêt à leur juste place. Alors peut-être la forêt retrouvera-t-elle un semblant de vie et pourra prospérer comme avant…

La Jouabilité :

Ori est un jeu à mi-chemin entre l’aventure et la plateforme où vous parcourrez les différents recoins de la forêt à la recherche des éléments. Se dresseront contre vous divers petites bestioles assez casse-couilles parfois, on va pas se mentir, surtout en niveau difficile où j’ai souvent pesté contre ces putains de crapauds qui vous ôtent quatre points de vie (vous n’en possédez que trois au départ…) en un seul coup. Autant les éviter donc parce que même si vous pouvez mourir à l’infini et réapparaître à votre dernier point de sauvegarde (que vous pouvez créer à votre guise, pas de façon illimitée car ils coûtent des points d’énergie, mais vous pouvez les placer où vous le souhaitez), c’est tout de même rageant, car je rage beaucoup et j’entends à chaque fois la voix de ma mère qui me disait enfant quand je pétais des crises : « si ça t’énerve de perdre, il faut pas jouer » #Sagessematernelle.

Vous gagnez de nouveaux pouvoirs tout au long de votre périple grâce aux arbres ancestraux qui vous prêtent un peu de leur force. les arbres ce sont des esprits, comme vous, disséminés un peu partout dans la forêt et qui ont fui le jour où l’Arbre a appelé Ori, poursuivis par la terrible chouette Kuro. Ces nouveaux pouvoirs vous permettent d’accéder à de nouvelles parties de la forêt et il vous faudra revenir (souvent) sur vos pas pour revenir à telle corniche ou tel vide accessible uniquement grâce à un pouvoir bien spécifique. Cela vous permettra de débloquer des bonus : points de vie supplémentaires ou points d’énergie, et c’est toujours bon à prendre.

A part cela, vous gagnez en vainquant des ennemis et en récupérant des bonus dans des endroits parfois difficiles d’accès des points d’expérience. Ces points d’expérience permettent d’acquérir des points de compétences que vous pouvez dépenser dans un arbre de compétences divisé en trois branches : un pour l’attaque, un pour la défense, un autre pour tout ce qui est perception des passages secrets. Les premiers talents ne requierent qu’un seul point et ne sont pas très puissants : il s’agit de raviver gratuitement (sans dépenser un point d’énergie) un point de sauvegarde ou permettre d’attaque plus rapidement, ce genre de choses, mais il vous faudra acquérir ces talents pour progresser jusqu’au bout de l’arbre et débloquer des talents vraiment chouettes : triple-saut ou capacité à faire apparaître sur la carte les divers bonus par exemple…

La prise en main est très agréable, Ori, particulièrement agile, tourne et virevolte en cabrioles pour sauter, s’accrocher, grimper, planer même…J’ai regretté de petits temps de latence tout de même récurrents, des ralentissements qui ont par moment ruiné mes sauts. J’ignore s’ils sont dûs au jeu où à mon vénérable ordinateur qui commence à vieillir…Je regrette peut-être une commande qui permettrait de se protéger des dégâts car on ne peut qu’attaquer : grâce à la flamme spirituelle qui est une sorte de boule de lumière téléguidée qui atteint automatiquement vos ennemis et plus tard aux pouvoirs que vous débloquerez (que je ne connais qu’en Anglais car j’ai mis le jeu en anglais comme décidément chez moi c’est une manie…).

Difficulté :

Ori and kuro

J’ai apprécie la difficulté du titre, certains passages sont relativement ardus et vous avez intérêt à être patient(e) (coucou l’arbre de Ginso où j’ai du perdre une centaine de vies…), patient, et dextre. Faut pas avoir les deux mains dans la même moufle et faut être réactif car certains passages s’enchaînent très vite et si vous n’appuyez pile au bon moment, vous êtes Dead.

J’ai trouvé tout de même qu’il y avait un trop grand écart entre le niveau normal et le niveau difficile où les dégâts sont multipliés par deux et ça, bah c’est bien chiant parce que pour beaucoup de passages, cela veut dire que vous n’aurez pas le droit à l’erreur. La difficulté devient, non pas infaisable car je l’ai terminé même ainsi, mais vraiment pénible par passages. Je ne l’ai pas encore fini en mode extrême où nous ne disposons que d’une seule vie pour terminer tout le jeu, je ne suis pas non plus maso.

Graphismes :

Sans doute un des meilleurs points du jeu car ce jeu – est – juste – MAGIQUE ! Splendide, incroyablement beau, riche, détaillé, coloré, fouillé sont autant d’adjectifs que vous voudrez appliquer aux graphismes qui donnent à ce titre cette petite touche si particulière : une ambiance onirique, une touche personnelle, une identité, quelque chose…J’aime bien aller et revenir sur mes pas juste pour changer d’univers, passer des ruines où on se les pèle à la forêt en passant par la grotte…Chaque passage, chaque endroit a ses particularités, son décor et son arrière-plan. Mon préféré reste le bosquet perdu accessible uniquement à travers le Terrier de Noiracine, encore un passage bien relou qui se déroule dans l’obscurité. Cet emplacement n’existe que dans la « Definite Edition » et même s’ils sont difficiles d’accès et pas obligatoires pour terminer le jeu, je vous les conseille car ils facilitent vraiment le reste du jeu.

Bande-Son :

De très jolis titres qui collent parfaitement à l’univers du jeu. Vous pouvez les trouver sur You tube pour vous faire une idée. Rien que de les écouter en ce moment me colle des frissons dans le dos. Il y en a pour tous les univers : gai, méditatif, triste, mélancolique…

En Général :

En dépit de la durée de vie bien trop courte, je ne peux que chaudement vous recommander ce magnifique titre. Avant de rédiger cette critique, j’ai lu des témoignages de joueurs qui disaient que ce jeu avait changé leur vie, leur avait appris à persévérer et les avait sans doute mené là où ils en sont aujourd’hui…Je n’irais pas jusque là mais c’est tout de même un jeu très agréable. J’ai vraiment l’impression d’avoir entre les mains un petit bijou finement ciselé et sorti de l’atelier d’un orfèvre. Je sens dans ce titre beaucoup de travail et d’application, une envie de faire un truc beau et pas juste de créer un jeu pour le pognon, et cela, ça fait plaisir. J’y rejouerai avec beaucoup de plaisir, tenter peut-être l’aventure en mode une seule vie…Full marks pour ce jeu en tout cas, si vous trouvez une promo sur Steam > Foncez ! Je ne peux rien vous conseiller de mieux !

La fois prochaine :

Depuis le temps que je vous le promets, je vais peut-être vous le présenter mon Virginia Woolf ! Vous allez voir ce que c’est qu’un livre vraiment démoniaque !

L’hiver du Mécontentement – Thomas B. Reverdy

Bonjour à toutes et tous, pour la lecture de ce dimanche, j’ai finalement opté pour un roman très bref (un peu plus de 200 pages) qui prend place à Londres à la fin des années 80. Il s’agit de L’hiver du mécontentement, écrit par Thomas B. Reverdy, dont je ne sais rien, excepté qu’il est prof de français en ZEP et que certains de ses romans ont déjà été sélectionnés pour des prix aussi prestigieux que le Goncourt. De cet auteur, j’avais lu Les évaporés qui se passe au Japon et dont j’ai très peu de souvenirs si ce n’est un homme vaguement attiré par une nénette japonaise et un homme qui disparaît dans une fourgonnette. il a rejoint cette place dans mon esprit où je relègue inconsciemment par je ne sais quel processus tous ces romans qui n’ont pas réussi à me marquer, un peu comme un vêtement qu’on a acheté sans jamais vraiment le porter et qu’on oublie dans un coin de l’armoire.

J’ignore si celui-ci connaîtra ou non le même sort, mais autant vous en parler tant que c’est encore frais dans ma tête. Voici donc sans plus attendre la critique :

L’Intrigue :

DISCLAIMER : On va parler politique et vous le savez, j’aime pas la droite (j’espère n’offenser personne, je n’ai pas dit « je n’aime pas les gens de droite mais bien je n’aime pas les idées de la droite ») et encore moins Margaret Thatcher donc laissez-moi écrire en grosses lettres que cette femme est une pure cold-hearted bitch. Voilà, maintenant que c’est fait, passons à la suite ⇓

L’hiver du mécontentement entremêle l’histoire Thatcher et celle de Richard III, décrit par Shakespeare comme un petit bossu avide de pouvoir qui a intrigué et assassiné pour parvenir à ses fins : parvenir à la place vacante de Roi d’Angleterre après l’appel d’air laissé par la War of Roses. Je précise pour ceux et celles que cela intéresseraie t que les historiens ont depuis réhabilité le personnage de Richard III qui n’a été ni mieux ni pire que beaucoup et s’est, en dépit des procédés très contestables par lesquels il s’est hissé au pouvoir (mais qui sommes- nous pour critiquer, nous qui avons tout de même élu un Président en 2007 qui a fait sa campagne avec l’argent souillé des Dictateurs ?) comporté en bon souverain.

Nous suivons donc Candice, jeune femme très libre, fille d’une mère soumise et d’un père violent mais surtout, héritière d’un mouvement Punk qui consiste à se raser la tête et à oser des coiffures un peu improbables en gueulant « No future ! ». Candice est coursière à vélo pour une société essentiellement masculine qui livre des recommandés en mains propres aux clients. Le soir, par peur de la solitude, par envie de chaleur humaine, elle fait la fête avec ses copains, elle se laisse entraîner dans les bars enfumés et dans les concerts. Le matin, elle répète avec ses copines les Shakespearettes, groupe de théâtre amateur intégralement féminine (clin d’œil peut-être à l’époque où les acteurs étaient exclusivement masculins ? Les temps changent, les mentalités aussi…) pour la représentation de Richard III dont elle a le rôle principal. Une fois chez elle, elle note dans un journal ses réflexions sur la pièce et sur le personnage de Richard, tissant des correspondances entre L’Angleterre de Richard III et celle de Callaghan, le député travailliste qui patauge avec la grève et peine à satisfaire les ouvriers, ajoutant par petites touches son histoire personnelle.

Affiche Thatcher
Campagne pour la présidentielle de Thatcher

L’hiver 79 en Angleterre, c’est froid, glacial même, et ça a un petit parfum de chaos guère engageant pour l’honnête citoyen : pas de travail, des mouvements ouvriers présentés comme violents, virulents, et les promesses du gouvernement qui peinent à convaincre qui que ce soit tant Callaghan s’embourbe dans la défaite…Cette défaite, c’est une femme ambitieuse et peu scrupuleuse que Candice rencontre à l’occasion d’une répétition car Madame cherche à faire du théâtre pour faire oublier son accent très working-class, cette femme, une politicienne froide et sans pitié, grande amie de Ronald Reagan, partisane des privatisations en masse, de la loi du marché et petite voix qui serine aux pauvres « Do it yourself » ou « There is no alternative » car si vous êtes pauvre…Eh bah venez pas vous en prendre à moi, c’est de votre faute ! Vous n’aviez qu’à y réfléchir avant de faire pauvre – Cette femme, vous l’aurez deviné, c’est le bourreau des Irlandais, la terreur des ouvriers, la broyeuse des syndicats, la fossoyeur de la justice sociale, la Dame de fer, celle qui a précipité son pays dans la guerre des Falklands en Argentine, Margaret Thatcher, et non, elle n’aura pas ma pitié parce que c’est une femme seule dans un monde d’hommes.

Hate and Power Can be a Terrible Thing 2004 by Tracey Emin born 1963
Hate and Power can be a terrible thing – Tracey Emin

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

On comprend l’intention de l’auteur qui est de dresser un parallèle entre la soif de pouvoir de Richard III qui est parvenu à s’emparer du trône alors que l’Angleterre était en plein chaos et Margaret Thatcher qui est parvenue, dans des conditions similaires, à imposer sa vision inhumaine de la société et du travail à travers un capitalisme débridé. L’histoire se répète, un bel hommage aux œuvres atemporelles et à la littérature en général qui toujours aura quelque chose à vous dire et à vous apprendre, peu importe l’époque.

A part cela, le scénario avance très peu, il ne se passe que peu de choses et rien de bien extraordinaire, l’histoire est plutôt convenue je trouve. L’histoire de Candice, si elle fait du bien car elle est sans doute la triste histoire de nombreuses femmes, au moins en partie. On rencontrera également dans une moindre mesure le personnages de Jones lui aussi jeté par cette société impitoyable et si l’histoire se clôt sur son point de vue, il n’apparaît que dans quelques chapitres. L’idée de relier chaque chapitre à une chanson de l’époque est une excellente idée qui rappelle que la culture -musicale ou littéraire- se vit aussi à travers l’histoire.

Personnages :

Le personnage de Candice apparaît d’emblée comme sympathique dans sa soif de liberté et d’indépendance qui sont demeurées des préoccupations très actuelles. Candice est l’emblème de cette jeunesse malmenée : issu d’un milieu populaire, elle enchaîne les petits boulots, écoute du Punk, boit de la bière et sort jusqu’à pas d’heures. Elle fait ce qu’elle veut et se fout de la bonne Angleterre conservatrice incarnée par sa soeur qui a choisi un mariage sans passion, raisonnable et rangée la frangine mais un tantinet chiante. Elle est également un beau symbole d’espoir dans cette période troublée car c’est un personnage qui demeure fort, libre, se questionne et se politise jusqu’à un certain point. Elle refuse la tyrannie et les abus comme vous le verrez au cours du roman si vous décidez de le lire et c’est pour cela que c’est au personnage de Tatcher qu’elle dédie à la fin la première tirade de Richard III « Now is the winter of our discontent !« .

Le personnage de Jones quant à lui et un petit plus fataliste et il choisit la fuite pour échapper à cette ambiance anxiogène, et peut-être est-ce cela qu’il faut faire dans ces conditions ? Partir…

Style :

J’ai un peu de mal avec le style de Thomas B. Reverdy qui pourtant écrit bien, objectivement, mais il a une façon de raconter les événements qui me déplait un peu et que j’avais déjà trouvé dans Les Evaporés. La lecture demeure fluide, facile et agréable. On trouve de belles envolées dans le dernier chapitre quand Jones regarde la mer. ll maîtrise également le discours indirect libre et les passages dans lesquels Candice écrit son journal. On y retrouve la voix de la jeune fille, ses mots, son histoire, et s’efface alors le narrateur qui est parfois un peu trop présent.

Profondeur :

J’aime beaucoup l’idée de tisser comme un réseau de sens entre les différents éléments culturels nommés : la littérature et la musique. L’histoire se répète, l’amour, la rencontre, la recherche du pouvoir, de la reconnaissance et du statut social, la résistance à l’oppression, c’est toujours la même, que ce soit sous Richard III ou dans les années 80.

L’art est le produit d’une époque et c’est assez intéressant de voir le mouvement punk en contexte avec des personnages aussi « sympathiques » que Sid Vicious. Le mouvement est montré dans tout ce qu’il a de dynamique mais aussi de ridicule parfois.

Accessibilité :

C’est un roman très court écrit de façon claire et compréhensible qui fera que n’importe qui pourra s’atteler à sa lecture. Je pense que ça intéressera surtout les jeunes adultes qui se retrouveront sans nul doute dans les problématiques de Candice.

Sexismomètre :

Candice est un personnage fort, c’est le personnage principal du roman et sa compagnie de théâtre exclusivement féminine est un renversement assez ironique de l’époque où les femmes étaient jouées par des acteurs masculins. Elle vit les problèmes liés à son sexe (harcèlement sexuel, c’est la seul meuf de son taf…). Je suis un peu mitigée sur l’attitude assez culpabilisante qu’elle a vis à vis de sa mère en l’accusant d’être restée avec un homme alcoolique et violent car nous savons tous que ce n’est pas si simple de partir quand l’affect s’en mêle et surtout pas dans les années 80 mais vous allez me dire que je trouve toujours quelque chose à redire 🙂 (Et c’est vrai !). En bref, on ne peut pas même en chipotant, accuser ce roman de sexisme ou alors j’y ai été aveugle.

En Général :

Une lecture sympathique : un roman qui se lit vite doté de personnages forts et attachants, bien construits, un parallèle bienvenu entre l’Angleterre de Thatcher et celle de Richard III, une bande originale bien trouvée et une fin convaincante, ce roman a de nombreux atouts et pourtant, il ne m’a pas vraiment marqué à cause de ce scénario très faible voire inexistant car si on résume l’action, il se passe bien peu de choses…Je n’ai pas l’impression d’une progression pour les personnages, de quelque chose qui me ferait vraiment vivre le roman, un moment fort, une émotion, une rencontre…J’ai trouvé le roman assez aseptisé, très neutre et plat comme si le but était davantage de présenter une ambiance que de raconter une histoire.

Au terme de deux lectures, je crois pouvoir dire que je n’accroche pas avec cet auteur. Sans doute a-t-il beaucoup de qualités littéraires mais j’y suis assez insensible et je ne pense pas renouveler l’expérience car je reste plutôt tiède sur mon bilan.

La prochaine fois :

Je me vois déjà vous parler du livre que je suis en train de lire en ce moment pour vous conseiller de ne JAMAIS ne serait-ce que poser les yeux dessus pour ne pas qu’il vole votre âme. Je pense à une célèbre auteur du Bloomsbury Group, une écrivaine bipolaire connue pour ses troubles dépressifs et son suicide dans les années 40. Elle a écrit entre autre une oeuvre majeure qui a la particularité…De ne rien raconter.

Comme c’est très chiant, vous ne m’en voudrez pas j’espère si je bouffe un peu à tous les râteliers et j’ai également une tragédie grecque d’un auteur majeur (le meilleur, genre Pokemon légendaire en plus ouf et plus balèze), un recueil de nouvelles d’un célébrissime auteur français connu pour ses tendances très à gauche et sa célèbre muse en cinq lettres…Et peut-être, un petit jeu vidéo parce que ça fait très longtemps et ce ne sera pas du rétro-gaming cette fois ! Un jeu d’un petit studio sorti en 2015 sur PC où l’on voyage aux côtés d’une adorable bestiole blanche, sorte de feu follet bénéfique, pour régénérer la forêt. Je vous en ai tellement dit que vous n’aurez plus de mérite à deviner !

La République Secrète – Philip Pullman

Bonjour à toutes et à tous ! Après deux semaines d’absence, me revoici avec un nouveau roman qui nous vient de l’autre côté de la manche, et c’est en avant-première que je vous le propose puisqu’il sortira en septembre 2020 dans l’Hexagone dans sa version. Pour les petits veinards qui peuvent se le procurer (et le lire optionnellement) en VO, il est sorti en octobre de l’année dernière.

Le Premier tome de cette nouvelle trilogie « Le Livre de la Poussière » par l’auteur anglophone Philip Pullman m’avait laissé un sentiment plutôt mitigé. Difficile, comme je l’avais noté à l’époque, de reprendre la suite d’une trilogie comme « His Dark Materials » ou dans sa version française « A la Croisée des Mondes » qui a bercé notre enfance, d’autant que la Trilogie était parvenue à toucher une très large communauté de fans. Cela n’a pas suffi pour me décourager et je me suis attelée à la lecture de ce petit pavé de 700 pages (mais vous verrez, ça passe comme une lettre à la poste).

L’Intrigue :

Plusieurs années après son retour du Nord, Lyra poursuit ses études dans une université réputée d’Oxford. Elle a vingt ans et on pourrait croire que tout va pour le mieux pour elle mais il n’en est rien bien sûr sans quoi il n’y aurait pas d’histoire (c’est dur la vie d’une héroïne…Tuer Dieu ne suffit pas pour avoir la paix). Lyra est depuis quelques années en froid avec son Daemon, Pantalaimon (pour rappel, les Daemons sont des créatures animales constituant une partie de chaque être humain, aucun ne pouvant vivre sans l’autre). Cela paraît impensable tant la relation Daemon/humain nous a été représentée comme fusionnelle et pourtant…Lyra et Pantalaimon sont en constant désaccord, se crêpe le chignon pour un oui ou pour un non et ne peuvent même plus se supporter l’un l’autre…La Pomme de Discorde, ce sont ces philosophes Talbot et un Allemand dont j’ai oublié le nom qui prônent un rationalisme extrêmement dur et rejettent les Daemons comme de simples projections de l’esprit. Lyra, comme beaucoup de jeunes étudiants de sa génération, est séduite par cette nouvelle approche qui place la logique et la raison au dessus de tout. Pantalaimon en revanche, son Daemon qui a pris la forme d’une Martre des Pins (sorte de belette rousse), l’accuse de fermer son esprit à l’imagination et au fantastique.

Pour couronner le tout, le Magisterium (qui rassemble l’Eglise de façon générale, simples bonnes sœurs et fanatiques assoiffés de pouvoir) affermit son influence sur l’Angleterre et plus largement sur l’Europe toute entière. Un homme appelé Delamare cherche à mettre la main sur Lyra par tous les moyens et la jeune fille pourrait bien voir sa vie basculer du tout au tout car il dispose de puissants soutiens et notamment d’un lecteur très expérimenté de l’Aléthiomètre, fort d’une nouvelle méthode se basant non plus sur les symboles mais sur une sorte de vision. Ce Lecteur, c’est le fils de Gérard Bonneville, le méchant extrêmement flippant de La Belle Sauvage, Olivier Bonneville. Fort heureusement, elle a également des protecteurs, Malcolm Polstead, le jeune homme qui l’a sauvé des eaux dans La Belle Sauvage et que je pensais vieux avant de lire qu’il avait mon âge, Alice Londale, Hannah Relf et plus largement, tout Oakley Street, organisation vieillissante financée par le gouvernement et charger de contrer la puissance du Magisterium pour que soient préservées la Liberté et la Connaissance.

L’histoire commence par quelques remous qui viennent troubler la vie tranquille de la jeune femme : une amie dont les parents ont fait fortune dans le commerce de l’huile de Rose et qui se sont trouvés ruinés, un nouveau maître à Jordan College qui lui retire la chambre dont elle avait jusqu’ici l’usage et la relègue dans un cagibi et lui demande de ne plus prendre ses repas qu’avec les Domestiques, et enfin, un botaniste assassiné par deux voyous qui a laissé derrière lui de mystérieux restes : des échantillons, un carnet répertoriant le nom et l’adresses de divers personnages à travers l’Europe, et surtout, un journal relatant une épopée hors du commun dans le fin fond du désert, où poussent les Roses gardées jalousement par de féroces sentinelles…Un jour, le Daemon de Lyra prend la fuite après une discussion particulièrement houleuse, et c’est le début d’un très long voyages entre dangers et rencontres, menaces et mains tendues, à la recherche de son Daemon avec toujours en toile de fond ce qu’on appelle pudiquement les « Troubles à l’Orient » et ces histoires de jardins de roses saccagés…A mi-chemin entre la quête et la voyage initiatique d’une jeune femme à la recherche de la Vérité et la course-poursuite de deux hommes, l’un bien décidé à l’attraper pour la tuer, Gérard Bonneville, l’autre essayant par tous les moyens de la protéger, Malcolm Polstead qui semblerait-il en pince légèrement pour la jeune aventurière, La République Secrète déroule le fil d’une histoire fantastique qui alterne entre Monde Tangible et Monde des Esprits. Inqualifiable, mouvementée, sidérante parfois, emplie de violence mais aussi de bonté, mettant en scène des situations qui rappellent dangereusement notre monde et proposent autant de réflexions, La République Secrète est la digne successeur de La Belle Sauvage.

Ce que j’en ai pensé :

Scénario :

Le Scénario est à la fois riche, fouillé, mouvementé et dynamique. Il alterne entre le périple de Lyra, celui de Malcolm, celui de Pantalaimon et l’auteur nous propose également d’aller faire un tour du côté du Magisterium, découvrir les luttes intestines et dissensions qui agitant cette organisation tentaculaire. C’est à la fois la quête personnelle de Lyra pour renouer avec une partie d’elle-même, découvrir les secrets du Monde des Esprits, trouver une voie moyenne entre sa raison et la part d’inexplicable qui existe dans le monde, et la quête de Malcolm qui, obéissant aux instructions d’Okley Street st chargé d’aller enquêter sur ce mystérieux jardin de roses loin à L’Est. On trouve également un Oliver Bonneville jeune et présomptueux résolu à trouver le meurtrier de son père.

Au final, les différents éléments s’imbriquent et se recoupent de façon à former un tout cohérent, comme le jeu de carte offert par le vieil homme dans le train. Il est à la fois la suite de ce qui a été entamé, approfondissant les motivations du Magisterium, explorant la relation entre les êtres humains et leurs daemons et le début d’une nouvelle aventure portée par des grands bouleversements politiques dans le Monde Arabe. Les parallèles avec notre propre monde sont faciles tant les références au Printemps Arabes, aux Chocs Pétroliers mais aussi au fanatisme religieux et aux flux de réfugiés cherchant par tous les moyens à mettre leur famille en sécurité (et soyez honnêtes deux secondes, peu importe ce que vous pensez de l’immigration : si un gouvernement autocratique fanatique qui commence à vous imposer de règles aussi sévères qu’absurdes, saccageaient votre maison et mettait en danger vos proches, ne seriez-vous pas les premiers à chercher fortune ailleurs ?) sont nombreux. D’ailleurs, le périple de Lyra est en ce sens très intéressant car il nous met dans la peau de ces gens qui voyagent dans des pays inconnus sans en connaître la langue, les usages ou la culture.

Le Scénario m’a séduite en dépit de ces passages un peu sortis de nulle part dont on ne sait pas trop ce qu’ils viennent faire dans l’intrigue. C’est un roman touchant, plein d’humanisme et de valeurs qui proposent une réflexion plus que jamais nécessaire dans l’époque complexe que nous vivons. Lyra découvre à travers les rencontres, les multiples visages de l’humanité et peut-être que plutôt que d’étudier reclus(e) dans un collège l’économie et la géopolitique, il est parfois nécessaire d’aller voir sur le terrain, de vivre et de sentir dans sa chair le mystère d’une rencontre, l’appréhension de l’Autre et l’extrême fragilité de l’être humain lorsqu’il est coupé de tous ses repères, contraint de placer son existence entre les mains d’un autre, suspendu dans cet intervalle où notre sort peut basculer d’un côté ou de l’autre…(Pardon, je m’emballe un peu :)). Je n’aurais pas imaginé d’emblée accrocher autant à un scénario aussi décousu et pourtant, il y a comme un charme qui opère…

Personnages :

On retrouve tous les Personnages croisés auparavant et quelques nouveaux protagonistes, notamment Delamare et Bonneville Junior, ma foi tout aussi abjecte que son père (lorsque Malcolm lui demande comment il connait unetelle, il insère et ressort son index à l’intérieur de son poing fermé pour mimer la pénétration…Tout en charme et en poésie, voilà un homme que j’adorerais).

L’évolution des personnages est assez intéressante, étonnante tout en étant crédible, que ce soit Malcolm devenu un super agent secret moitié chercheur moitié aventurier et Lyra devenue une thésarde sérieuse et rationnelle. Aucune nouvelle de Will mais on retrouve avec plaisir Alice et Hannah Relf.

Je ne mentionne pas la foule d’adjuvants que rencontrera Lyra au cours de ses pérégrinations, des rencontres éphémères, fugitives mais toute en intensité, chacune apprenant une leçon sur la générosité, l’hospitalité ou la tolérance. Certaines nous apprennent à quel point il est dangereux d’être une femme seul et à quel point l’opportunisme, la bêtise et l’égoïsme sont partout (et à cela, on répond à Lyra, si tu ne veux pas te faire violer, porte le voile…Cool, et si je suis ta logique, pour ne pas te faire tuer, porte en permanence un gilet en Kevlar ? Ou pour ne pas te faire détrousser tu mets des pièges à souris dans tes poches ? Sympa ce monde dans lequel vous semblez vivre où la victime devient coupable de négligence quand le prédateur n’est qu’une innocente créature qui obéit à ses instincts…).

Profondeur :

J’en ai déjà dis un petit peu sur ce sujet, La République Secrète est un roman de rencontres. C’est une sorte de voyage initiatique qui comporte toujours une double lecture. la quête de Lyra qui cherche à retrouver son Daemon est en fait le voyage intellectuel de l’érudit cherchant à concilier sa connaissance des faits naturels et son intuition des choses que rien ne peut expliquer : le hasard, les coïncidences, les mystères du rêve et de l’imagination, le surnaturel, les esprits…Les jalons d’une réflexion sur la politique et la façon dont la soif de pouvoir de certains influe durablement la vie de millions de personnes sont posés. On retrouve la critique de l’Eglise Romaine et son ambition démesurée.

Style :

Pullman charme comme toujours par sa maîtrise du récit et ses talents de conteur. C’est une plume fluide et claire (un peu moins sur les descriptions est on est parfois perdu dans la situation dans l’espace) toujours juste, émaillée parfois de métaphores tout à fait à propos et les métaphores sont plus souvent dans le récit que dans la forme. Les dialogues ne sont pas en reste et Pullman alterne joutes verbales pleines d’esprit entre jeunes gens prometteurs, récits transmis dans la façon de parler des Gitans, confrontation entre ennemis jurés. Les dialogues sont justes et témoignent d’une compréhension fine des enjeux psychologique.

Accessibilité :

700 pages cela vous fait peut-être part et pourtant, cela avance plutôt bien. La langue ne présente pas de difficultés particulières pour peu que vous ne puissiez attendre septembre 2020 et choisissez de tenter l’aventure en VO. Certains y trouveront peut-être des inégalités, des longueurs mais pour ma part, le roman a su me tenir en haleine. Pour tout vous dire, j’étais tellement dégoûtée à la fin d’avoir refermé le livre que je me suis lancée dans un calcul savant sur la probabilité que l’auteur meure avant d’écrire la suite basé sur l’espérance de vie moyenne des Britanniques, l’âge de l’auteur et le temps moyen qu’il mettait à produire un roman. Autant vous dire que j’attends impatiemment la suite.

A la question « Est-ce de la littérature jeunesse ? » en revanche, je répondrais oui et non. Je pense qu’il n’a pas été écrit pour les enfants mais plutôt pour des jeunes adultes ou des adolescents (ou même des adultes tout court). Les thématiques explorées (sexualité, désir, violence, violence sexuelle) en font un roman très adulte par rapport au reste de l’univers. Lyra est présentée comme un personnage sexualisé qui suscite l’intérêt des hommes et a elle-même des désirs. C’est assez marquant par rapport à la première trilogie où le thème de la sexualité était très peu abordé. Je pense que c’est une bonne chose car on ne devrait pas en faire un tabou mais je pense qu’un enfant de moins de douze dans ne comprendre peut-être pas de quoi il retourne.

Sexismomètre :

Il y a une raison qui fait que j’adore cet auteur et c’est essentiellement parce que les femmes sont bien représentées. Pullman nous prouve qu’on peut écrire un récit dans lequel les femmes sont présentes (y compris dans des postes à responsabilité) et agissent, s’impliquent, se battent elle aussi. Elles sont parfois de pures connasses (parce que la méchanceté et la bêtise s’accordent aussi bien au masculin qu’au féminin, ne l’oublions jamais), parfois des personnages exemplaires mais toutes sont actrices et plus seulement figurantes comme dans la majeure partie des romans écrits par des hommes (et y compris parfois par des femmes…). Que dire du trio Hannah Relf, Alice Londale et la mère de Malcolm qui se battent contre des hommes du Magisterium ou de la façon dont Lyra, pour échapper à une tentative de viol assène des coups de matraque et casse des nez, des bras, tout ce qu’elle peut atteindre ? De surcroît, ce roman s’intéresse réellement à la condition féminine et aux problèmes strictement féminins : voyager seule et supporter les regards salaces des hommes sur notre corps, avoir ses règles à dos de chameau…

En Général :

J’ai eu comme qui dirait un coup de coeur pour La République Secrète que j’ai même trouvé mieux que son prédécesseur La Belle Sauvage. Difficile à dire s’il sera du goût de tout de monde et si d’autres partageront cet avis car le roman a tout de même quelques défauts, quelques partis pris qui déplairont à certains (je pense que certains hommes grinceront des dents devant l’échange entre l’officier et Lyra dans le train sur le port du voile ou viendront chouiner que c’est abusé parce qu’il y a trop de femmes fortes mais j’ose espérer que la majorité sera suffisamment intelligent ne pas tomber dans ce piège). Ce fut en tout cas 700 pages que j’ai dévorée avec plaisir et j’attends la suite !

Au passage, je fais cette lecture dans le cadre du challenge Pavévasion qui était ma foi bienvenue en cette période de confinement ! Retrouvez toutes les inscriptions ICI et le récapitulatif ICI.

Pavévasion

La Prochaine fois :

J’espère vous présenter dès la semaine prochaine le fruit de mes lectures multiples et je ne peux à l’avance vous dire si ce sera une tragédie de mon dramaturge préféré ou un roman récent sur l’Angleterre des années 70 en pleines mutations sociales…Les paris sont ouverts !